VILLA
Le premier titulaire du Ministère de l'Intérieur, Villa, n'avait pas de passé politique lorsqu'il y fut appelé, et ne devait pas l’occuper plus d'une année. Bien qu'il n'ait fait qu'une brève apparition dans les conseils du gouvernement, 1l a occupé un poste assez important et y a déployé les dons d’une personnalité assez marquée pour provoquer des appréciations et des critiques qui permettent de reconstituer les principaux traits de sa physionomie.
Ses origines nous sont assez imparfaitement connues. Né à Milan (ou à Côme), à une date qu'il n’a pas été possible de préciser, il se distingua d’abord comme avocat, se prononça en 1796 pour les idées nouvelles et dut à ses opinions comme à ses mérites l'accès des hautes fonctions judiciaires. Membre du Tribunal de Cassation de 1797 à 1799, révoqué, sans être pourtant inquiété, lors de la réaction austro-russe, il fut replacé en 1800 au Tribunal de Révision, et s’attira en cette qualité l’animosité du « Comité de Gouvernement » dont son honnêteté n'approuvait pas les pratiques : aussi ne fut-il pas envoyé à la Consulte de Lyon, où sa place semblait pourtant marquée’. Cet oubli devait être bientôt réparé par Bonaparte, qui l'avait distingué dès 1797, et fait alors entrer dans les
1. Notes de Melzi sur les nouveaux ministres 26 avril 1802. Arch. Vienne, 17. Quoique absent de la Consulte, Villa figura pourtant sur les listes de candidats que la Commission des Trente présenta à Bonaparte pour les nominations aux hautes charges de l'Etat. (CoproNcH1, Rivista del Risorgimento, 1, 734).
Comités chargés d'organiser à sa naissance la première Cisalpine. Nommé à l'issue de la Consulte membre du Conseil Législatif (26 janvier 1802), Villa était appelé le 24 février suivant au Ministère de FIntérieur. Il devait peu après (6 novembie) entrer à l’Institut National, lors de sa formation.
Sa nomination comme ministre parut, d'après des témoignages impartiaux ‘, accueillie avec faveur par la majorité de l'opinion publique. Melzi, après quelques semaines d’épreuve, se félicita, dans les notes qu'il consacrait à ses collaborateurs, d'avoir trouvé en lui « des talents distingués, l’habitude des affaires, une conduite régulière, une probité irréprochable » ; il notait seulement que ses manières graves et réservées passaient pour de la hauteur de caractère et commandaient l'estime plus que la sympathie *.
S'il avait su gagner la confiance de son chef, Villa n'avait pas tardé à s’attirer d’ardentes inimitiés, principalement parmi les partisans de l’ancien Comité de Gouvernement, qui ne lui pardonnaient, ni de les avoir autrefois combattus, ni de leur faire une part insufhsante dans la distribution des emplois, ni de professer des opinions trop peu démocratiques à leur gré. Ne pouvant au début le condamner sur ses actes, ils lui firent un procès de tendance, en lui attribuant des sentiments austrophiles que trahissaient, d’après eux, ses relations intimes avec le marquis d'Adda, gendre d’un Khevenhüller, sa correspondance suivie avec son compatriote Landriani, fixé à Vienne, et enfin sa reconnaissance avoue à l'égard de son ancien bienfaiteur, le comte de Wilczek, autrefois gouverneur autrichien de la Lombardie 5. Ces accusations parvinrent jusqu'à Paris, où elles étaient inspirées et propagtes par Sommariva, l’un des anciens membres du Comité de Gouvernement‘. Marescalchi,
1. Dépêches de Taglioretti, ministre de Suisse, du 13 mars 1802 (Arch. Berne, Corr. Milan, 3391), et de CATTANEO, ministre de la République Ligurienne, du 11 avril. (Arch. Gênes, Corr. Milan, 27).
2. Notes de Melzisur les nouveaux ministres, 26 avril 1802. Arch. Vienne, 17.
3. Dépêche de Moll du 12 mai 1802. Arch. Vienne, Corr. Milan, 1802.