Marescalchi à Melzi, 6 avril 1802. Arch.Vienne
en signalant ces intrigues à Melzi, lui écrivait avoir reçu luimême de Milan une lettre contenant ce passage : « La nullité du Ministre de l'Intérieur surpasse l’imagination ; toutes les affaires relevant de son Département sont arrêtées. » Plus tard il rapportait encore le bruit d’après lequel le Ministre de l'Interieur négligeait son travail pour passer ses nuits au jeu, laissant ses bureaux dans le plus fâcheux état de désorganisation *.
Passionnément dénigré à Paris, Villa était vigoureusement défendu à Milan par Melzi, dont il importe de reproduire le témoignage, pour placer la défense à côté de l'accusation.
« Accablé par une masse énorme d’affaires de détail, Villa, écrivait le Vice-Président, est forcé de se trouver en retard, et l’on crie à l’inaction lorsqu'il travaille depuis la pointe du jour jusqu’à minuit?. » — « Je vous répète que Villa et ses chefs de service travaillent à se tuer. Vous êtes tous loin de vous faire une idée du désordre dont nous. avons hérité ici, et vous ne pouvez par suite comprendre ni mesurer le labeur qui en était la conséquence. » — « Villa est accusé de hauteur, de lenteur et d’aristocratie. Sans doute il a un sentiment élevé de lui-même, mais ce qu'on prend pour de la hauteur n’est qu’une certaine gravité dans les manières, habitude naturelle à un magistrat, posé dans son faire comme dans sa démarche. Il peut paraître lent, mais certainement il ne reste pas en arrière ; sentant le poids de Ia responsabilité, se l'exagérant mème, cela gène un peu tous ceux qui voudraient profiter de la surprise pour se donner de l'influence. Quant à l'aristocratie, on dira que ses liaisons, ses idées, ses habitudes ly ramenaient; mais l’on ne pourra pas nier qu'il a servi constamment la République avec zèle comme un autre, qu’il a souffert toutes les humiliations de la part des Autrichiens, qu'il sert avec fidélité le Gouvernement actuel et lon serait même injuste de ne pas remarquer que non seulement dans les nominations en général il s’est montré à l’égard des partis tout à fait impartial, mais que, même autour de lui, il a voulu conserver les patriotes exaltés en d’autres temps. Il faut donc conclure que Villa mérite toute la confiance par ses sentiments, sa capacité, sa probité et son zèle... Je conçois qu'il serait possible de substituer dans ce Ministère quelqu'un d’une activité plus entrepre-
. Marescalchi à Melzi 27 avril et 11 juin 1802. Arch. Vienne, 30. Mers UE ZE . Melzi à Marescalchi 18 juin 1802, Arch. Vienne, 2.
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nante, mais On aurait de la peine à le remplacer pour les qualités solides et essentielles *. »
Les polémiques auxquelles donnait lieu la gestion de Villa furent bientôt interrompues par un événement inattendu. Surmené par le travail, il fut frappé d’une attaque d’hémiplégie (mars 1803) qui le força d'abandonner les affaires et le conduisit au tombeau, après une année de maladie (21 mars 1804). Lors de ses funérailles, célébrées en grande pompe à l’église des Capucins, un chroniqueur milanais annonçant sa mort résumait ses qualités en cette courte oraison funèbre « homme d'une probité singulière, d’une intégrité incorrupble, d'un talent et d’une expérience peu commune en fait de jurisprudence et de politique : ennemi déclaré des cabales, loyal et désintéressé *. »
On a vu plus haut comment Felici le remplaça au Ministère de l'Intérieur.
SPANNOCCHI
Parmi les ministres de Melzi, celui de la Justice, Spannocchi est un de ceux dont la physionomie a le moins de relief et dont la vie nous est le plus mal connue. Etranger par sa carrière à la politique, étranger même par sa naissance à l’État qu'il servait, il fut exclusivement un spécialiste et un fonctionnaire, que sa science juridique fit appeler passagèrement dans les conseils du gouvernement.
Né à Sienne d’une famille noble, et de bonne heure signalé comme jurisconsulte, il dut à sa précoce réputation d'être appelé à Milan par le comte de Firmian pour y faire partie du Sénat, haute cour de justice analogue aux Parlements français ; lors de la suppression de ce corps (1782), il entra naturellement dans ceux qui s’en partagèrent les attributions, d’abord