Bollettino delle Leggi, 1802, p
et en 1811 (2 janv.-15 mai) à Paris pour lui présenter le budget. Le premier de ces déplacements présenta les fatigues et la rapidité d’une véritable expédition guerrière. Parti de Milan le 4 décembre 1806, Prina arriva le 2 janvier suivant à Varsovie, en plein hiver, après avoir visité en cours de route les établissements financiers de Munich, Leipzig et Berlin, mais sans jamais s'être arrêté pour dormir. Son voyage de retour Ç18 février-13 mars) fut encore plus précipité S'il se dépensa sans compter pour satisfaire Napoléon, Prina fut au moins récompensé du dévouement le plus complet par la faveur la plus éclatante. Outre les dignités communément accordées aux hauts fonctionnaires (Grand-Croix de la Couronne de Fer, titre de comte, entrée au Sénat), il se vit attribuer la plus haute récompense que l'Empereur püût réserver à ses serviteurs : il fut, avec Melzi et le duc Litta, le seul Italien décoré du Grand-Aigle de la Légion d'honneur. A ces distinctions s’ajoutèrent pour lui d'abondantes libéralités : en 1807, à Varsovie, une tabatière en or et une garniture de diamants, d’une valeur de 20.000 francs ; l’année suivante, à Milan, une gratification extraordinaire de 50.000 francs; enfin, en vertu d’un décret spécial, une pension viagère de 20.000 francs, qui vint grossir son traitement de ministre. Grâce à la simplicité de sa vie, il put ainsi amasser une fortune dont la calomnie exagéra l'importance, mais dont l’origine était irréprochable. Cependant, s’il se vit honoré et distingué par son maître, il fut loin d’inspirer les mêmes sentiments à ses compatriotes, naturellement portés à ne le juger qu’en contribuables, et à ne voir en lui qu’un exacteur. Son rôle n'était pas de nature à le rendre sympathique et son impopularité s’accrut vers la fin du régime en proportion des charges fiscales que les dépenses croissantes de l'Etat et de la guerre le forçaient de rendre chaque jour plus pesantes. On le rendit bientôt responsable, non seulement de l’aggravation des impôts, mais encore de toutes les misères qui marquèrent les derniers mois de la domination napoléonienne.
r. Ce voyage a fait l’objet d’une note intéressante de Frulli, compatriote de Prina, reproduite par PELLINI, p. 93.
LRoje) HISTOIRE DE LA RÉPUBLIQUE ITALIENNE
Cette réputation le destinait à devenir, en cas de revers, le bouc émissaire des colères populaires. En 1814, après l'armistice conclu par le prince Eugène avec les Autrichiens (16 avril), lorsque quelques nobles lombards eurent décidé d’intimider ses partisans par un mouvement dans la rue, Prina apparut comme une proie toute désignée aux vengeances des paysans à leur solde qu'ils avaient introduits à cet effet dans Milan. Averti des haines amassées sur son nom et des périls que courait sa sécurité, il refusa de déserter son poste, et répondit simplement à ceux qui l’en pressaient : « Si je fuyais, Je ne serais pas Piémontais. »
Il devait succomber le lendemain à sa fidélité au devoir, au cours de l’une des plus tristes scènes dont fasse mention lhistoire de Milan. Dans la matinée du 20 avril, par un temps pluvieux, une foule agitée de gens du peuple et de paysans remplit les rues de la ville. Ils se portent d’abord au Palais du Sénat, dont ils interrompent la séance par leurs menaces ; puis ils se dirigent soudainement vers la demeure de Prina, y pénètrent à l’instigation de meneurs inconnus, avant qu'il n'ait eu le temps de fuir, l’en arrachent de vive force et le traînent dans les rues où, après une interminable agonie de quatre heures, il succombe enfin aux coups dont ils l’accablent et dont la plupart, portés avec des parapluies, n'étaient pas mortels. Les autorités chargées du maintien de l’ordre restaient impuissantes ou inertes. À l'assassinat de Prina succède le pillage de sa maison, où ses agresseurs espéraient découvrir des trésors, mais ne trouvent à s'approprier que ses effets personnels. Ainsi périt, par la main de ses compatriotes, le seul homme d'Etat digne de ce nom que le royaume d'Italie eût donné à la domination napoléonienne ‘.
Pour exposer son œuvre après avoir retracé sa vie, il faudrait refaire toute l'histoire financière du régime français. Sans
1. Le récit le plus clair et le plus impartial de la journée du 20 avril se trouve dans Cusant, Sioria di Milano, VII, 75 seq. Une note publiée par M. PELLINI, pp. 108- 114 y ajoute quelques détails nouveaux. Les questions de responsabilité soulevées par le meurtre de Prina ont inspiré de nombreuses brochures de polémique, dont on trouvera également la liste dans la bibliographie de Pellini, pp. 124-131.
LES MINISTRES IOI
entrer dans cette étude, qui demanderait de longs développements, on peut du moins préciser l'importance de son rôle et les principaux traits de sa physionomie d’après les appréciations concordantes de ses contemporains.
Les premières en date sont celles de Melzi, qui ne l'avait pas choisi, mais qui, après lavoir vu à l’œuvre pendant un mois, sexprimait sur son compte, dans une lettre à Marescalchi (26 avril), en ces termes flatteurs :
« Esprit des plus prompts, vues étendues, beaucoup de connaissances théoriques et pratiques, caractère résolu et supérieurement doué pour diriger les subalternes. Il a des ennemis-et cela n’a rien de surprenant, car il unit à une véritable supériorité de talents une grande liberté de langage. Je le regarde comme le principal fondement des espérances que nous avons de réorganiser les finances. Tous ceux qui ont servi sous ses ordres ou qui ont eu, soit à traiter avec lui, soit à voir ses travaux, en ont conçu la même idée". »
Quelques jours plus tard (15 mai), Melzi précise et motive le même jugement dans une lettre à Bonaparte.
« Quant à Pnna, dit-il, il est Piémontais, et c’est ici un grand tort ; il est sec et tranchant dans sa manière de raire, il est étranger à tous les rapports de faveur qui existaient dans son ministère : tout cela doit contribuer à ce qu'on ne l'aime pas, et qu'on agisse en conséquence. Au reste, il me paraît avoir précisément les qualités et les défauts qui conviennent pour la besogne du jour, qui est celle de monter la machine pour qu’elle puisse marcher et l’organiser de manière à garantir ses effets 2.» — « Sa manière sèche et tranchante, écrira encore Melzi (xs octobre), son activité extrème, même dans les détails, l'ont rendu nécessairement incommode à beaucoup de personnes. Voilà de grandes raisons pour faire crier. Le fait est qu'il a fait beaucoup d'ouvrage et qu'il en a préparé encore plus. l'ouvrage est vaste et demande de la constance et de l’activité. Prina a bien ces qualités, mais il faut avouer que son état de santé est menaçant au point qu'il me donne de la peine i. »
r. Note de Melzi sur les nouveaux ministres, 26 avril 1802. Arch. Vienne, 17. 2. MELz1. I, 25.