‹ Sur l'histoire de la République italienne 1802-1805Chapitre 55 sur 101 · Archivio di Stato de Modène, dossier Valdrighi · texte numérisé non relu

Archivio di Stato de Modène, dossier Valdrighi

la bonne éducation. » De son côté Melzi se plaint à plusieurs reprises dans sa correspondance de le voir grouper autour de lui tousles mécontents et diriger contre le pouvoir une sourde guerre d'épigrammes et de sarcasmes. La malveillance du Vice- Président exagérait peut-être ces accusations : elles valurent à Paradisi un renom de duplicité assez durable pour que Stendhal ne crût pouvoir le comparer qu'à Talleyrand, dans les rapprochements qu'il se plaisait à établir entre les hommes d'Etat français et italiens *. D’après Foscolo enfin, toujours sévère jusqu'à l’injustice envers ses contemporains, la réputation de Paradisi aurait été très supérieure à ses mérites : malgré ses prétentions à l’universalité, il n’était regardé comme un pote que par les mathématiciens et comme un savant que par les hommes de lettres ; malgré le mépris qu'il affectait pour les flatteurs dont il s'entourait, son attitude aurait abouti à rendre les Httérateurs méprisables en sa personne aux yeux de Bonaparte ?.

Ces critiques ne l’'empêchèrent pas de pousser sa fortune sous le royaume d'Italie. Il reçut en 180$, outre les distinctions honorifiques communément accordées aux autres Consulteurs (Grand Croix de la Couronne de Fer et Commanderie de la Légion d'honneur), la Direction Générale des Ponts et Chaussées instituée auprès du Ministère de l'Intérieur ; c'était un grand service public auquel le gouvernement napoléonien attachait une importance particulière et désirait imprimer une impulsion vigoureuse. Préparé à ce poste de confiance par ses études passées et ses connaissances techniques, Paradisi l'occupa avec distinction et ne l’abandonna que pour entrer au Sénaten 1809.11 reçut la présidence de cecorps(9 mars) ainsi quecelle de l'Institut national réorganisé (décembre 1810). Il se partagea désormais entre ces deux fonctions qui répondaient au double penchant de son esprit. Comme homme de lettres, il était, avec ses compatriotes Veneri, Vaccari et Valdrighi, le chef d’un cénacle fermé qui prétendait à une sorte de dictature intellec-

. Lettre de Melzi à Marescalchi du 17 septembre 1802. Arch. Vienne, 18.

2. STENDHAL, Rome, Naples et Florence (3° éd), p. 290. 3. Cité par TivaronI. Storia critica del Risorgimento, IT, 229.

tuelle sur les hommes et les choses de la littérature contemporaine ; ne dédaignait pas de jouer à l’occasion le rôle de poète officiel des fêtes de la cour'. Comme homme politique, il témoignait au gouvernement établi un dévouement qui paraissait sincère, et à ses compatriotes modénais une partialité assez exclusive pour exciter de nombreuses jalousies *.

En 1814, il présidait la fameuse séance du Sénat du 17 avril. Il chercha sans y réussir à faire triompher les propositions d'Eugène, et s’honora au moins par sa fidélité au régime auquel il devait son élévation. Quand la cause napoléonienne fut définitivement perdue, il se retira dans sa ville natale sans rien demander au gouvernement ducal restauré. Se consolant des déceptions de la politique par les joies de la famille et les délassements de l'étude, il devait y mourir le 21 août 1826. Sa vie a fait l'objet d’un éloge historique de PuGzra (inséré dans les Mémoires de l’Académie de Modène, 1862. t. IV) 5. Il peut être considéré comme le plus brillant représentant de cette pléiade d’administrateurs que les anciens Etats de Modène avaient donnés au Royaume d'Italie.

COSTABILI-CONT AINI

Tandis que Luosi, Moscati et Paradisi ont joué un rôle de premier plan dans l’histoire du régime français, soit par leur valeur personnelle, soit par l'importance des fonctions dont ils furent revêtus, leurs collègues Costabili, Fenaroli et Caprara n'ont pas laissé de trace dans l’histoire et n’ont été tirés un instant de l'obscurité que par la nécessité de représenter au sein de la Consulte les régions dont ils étaient originaires.

1. Dépêche de Marcacci (chargé d’affaires de Suisse) du 28 février 1810. Arch. Berne,

2. LEZAT DE PONS, Etude sur l'Histoire de la Lombardie dans les trente dernières années, p. 16. On trouve dans cette brochure de nombreux détails sur le rôle joué par Paradisi dans les journées d’avril.

3. Une notice biographique plus courte, mais complète et critique, a été consacrée à Paradisi par A. LUMBROSO, dans le 2e fascicule de ses Miscellunea napoleonica (Modène, 1896, pp. 91-97). Le portrait de Paradisi figure dans CoMaxDINI, I, 536.

Le marquis Giovanni-Giambattista Costabili-Containi appartenait à une vieille famille de Ferrare; il naquit dans cette ville le 29 janvier 1756. Sous l’ancien régime, il mena la vie oisive des grands propriétaires, sans autre occupation que la gestion de ses immenses domaines et l'exercice de quelques charges municipales. En 1796, il fut envoyé comme député de Ferrare au Congrès de Reggio; l’année suivante (2 août 1797), Bonaparte le désignait pour compléter le premier Directoire cisalpin, composé jusqu'alors de deux Milanais, d’un Bergamasque et d'un Modénais, et où l’on voulait faire entrer un représentant des provinces pontificales. Costabili donna d’ailleurs sa démission dés le 10 juillet 1798, sur les instances de l’ambassadeur français Trouvé, qui préludait ainsi à sa réforme constitutionnelle. II n’accepta le ministère des Finances, offert comme compensation, que pour démissionner au bout de quelques jours, et retourna vivre sur ses terres, où il resta Jusqu'en 1802, sans autre incident qu’une relégation temporaire à Legnago, lors de la réaction austro-russe. Il rentra dans la vie publique comme député à l’Assemblée de Lyon, où il représenta le Bas-Pô comme notable, et où il obtint, sans l'avoir sollicité, le poste de Consulteur d'Etat.

Bien que Melzi le représentât comme un excellent fonctionnaire, homme de tête et de caractère, bien considéré parmi ses collègues, Costabili ne tarda pas à prendre sa charge en dégoût. Sa présence à Milan devint de plus en plus rare, et il annonça même en 1804 l'intention de donner sa démission‘. Il en fut empêché par les changements qui s’accomplirent dans la République Italienne. Maintenu malgré lui dans la carrière des honneurs, il passa d'abord au Conseil d'Etat (9 mai 180$) et reçut successivement la Grand’Croix de la Couronne de Fer (16 avril 1806) la décoration de commandant de la Légion d'honneur, la place d’Intendant Général des Biens de la Couronne, enfin un siège au Sénat (1809), dont il fut le Trésorier. En 1814, la chute du régime lui permit de réaliser enfin ses rêves de retraite et de retourner danssa ville natale, pour s’y livrertout

1. Lettres de Melzi à Marescalchi des 23 juin et 11 juillet 1804. Arch. Vienne, 8.

entier à ses goûts de collectionneur. Devenu aveugle en 1835, il ne mourut que le 17 mars 1841. Bien que sa vie ait fait l’objet d’une biographie complète ‘, son nom n’a été sauvé d’un oubli total qu’en raison de ses relations avec le poète Monti, qui ctait un de ses correspondants et l’a nommé souvent dans ses lettres. À côté des ambitieux avides d'emplois, il a représenté sous le régime français le type — presque aussi répandu parmi les riches propriétaires — des indifférents qui préféraient les douceurs de l'existence privée aux émotions et aux profits de la politique.

FENAROLI

Fenaroli est l’un des personnages les moins connus du régime napoléonien, sous lequel il ne cessa pourtant d'occuper de hautes dignités. Les rares renseignements que l’on possède sur lui doivent être vérifiés avec d'autant plus de soin qu'il avait trois frères, dont l'aîné joua comme lui un rôle politique.

Né à Brescia, en 1759, d’une riche famille noble, Giuseppe Fenaroli appartenait à cette aristocratie de Terre-Ferme qui, supportant impatiemment son exclusion des emplois sous la domination vénitienne, profita de l'invasion française pour secouer le joug de la Métropole. La part que Fenaroli avait prise à ce soulèvement fut l’origine de sa fortune politique. Après avoir été nommé député de la Mella au Conseil des Juniori, lors de la formation du Corps Législatif cisalpin (9 novembre 1797), il en fut éliminé lors de la réforme de Trouvé (août 1798) et rentra dans la vie privée. Ce fut son frère aîné Antonio qui le remplaça dans la vie publique, fut élu membre du Directoire (14 décembre 1798) mérita les éloges de Faypoult et de Monti*, mais donna quelques jours

1. Ou plutôt d’un éloge historique composé après sa mort sous ce titre: Elogio storico del marchese G. B. Costabili Containi, Ferrarese, scritto dal avvocato Giuseppe Petrucci, Novi, 1841. Les éditeurs des lettres de Monti ont consacré à son cOrrespondant Costabili une courte notice biographique. (MoNT1, Lettere, I, 253).

2. « On a fait hier un Directeur dont tout le monde s'accorde à dire du bien. I se nomme Fenaroli (Antonio). C’est un homme connu et fort riche. » Lettre de Fai-

après sa démission, au témoignage de ce dernier, « par une lettre si bêtement écrite qu'elle fit rougir les patrons même de sa candidature ! ». Giuseppe lui-même ne paraît pas avoir eu une valeur intellectuelle très supérieure à celle de son aîné, car il est défini par l’auteur d’un pamphlet anti-révolutionnaire comme « ne connaissant rien et ayant beaucoup de prétentions * ».

D’autres témoignages postérieurs devaient confirmer, au moins en partie, la sévérité de ces appréciations. A la Consulte de Lyon, où il siégea comme notable de la Mella et fit partie du Comité des Trente, Fenaroli se vit distingué par Bonaparte moins pour ses mérites que pour son origine, sa fortune et ses opinions. « Lorsque j'écrivis les noms de Fenaroli et de Caprara sous la dictée du Consul, écrira plus tard Melzi, ce fut en ces termes que j'entendis motiver leur nomination : il faut les placer dans la Consulte d'Etat, puisqu'ils ne savent ni lire, ni écrire’. » Dans cette dernière assemblée, Fenaroli encourut le reproche de s’absenter trop souvent sous des prétextes de santé et d'employer ses périodes d’assiduité à intriguer pour se former un parti +. Grâce à la protection impériale, il n’en fut pas moins inscrit, lors de la transformation dela République en Royaume, parmi les Grands Officiers de la Couronne (comme Grand Majordome). Nommé successivement Grand Dignitaire de la Couronne de Fer, comte et sénateur, il se retira après 1814 dans sa ville natale, où il mourut en 1825. Coraccini le dépeint en trois mots comme un homme « froid, méticuleux, et circonspect * ». Cette absence d'abandon explique peut-être en partie la sévérité des jugements portés sur lui par ses contemporains.

poult du 15 décembre 1798, reproduite dans les Mémoires de LAREVELLIERE-LÉPEAUX, III, 478. « Habemus pontificem. Fenaroli est directeur. Ce n’est pas l’ancien représentant, mais Antonio, l'aîné des quatre frères. J'en entends dire du bien de tous côtés, par la raison qu’il est l’antipode de son frère. » Lettre de Monti à Costabili du 15 décembre 1798. MoNTi, Lettere, I, 321.

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