‹ Sur l'histoire de la République italienne 1802-1805Chapitre 56 sur 101 · CAPRARA · texte numérisé non relu

CAPRARA

Le nom de Caprara a été éclipsé par celui de son oncle, le cardinal-archevêque de Milan, avec lequel il a été parfois confondu. Lui-même, né à Bologne en 1755, dut à l’ancienneté de sa famille de devenir à sa majorité sénateur de sa ville natale. Avide de changements, d’honneurs et d'émotions, il se jeta avec ardeur dans le mouvement révolutionnaire. Lors de l'arrivée des Français, on le voit successivement : se faire envoyer par le Sénat er mission auprès du vainqueur de Lodi (12 mai 1796) ; aller à la rencontre d'Augereau, commandant de l'avant-garde française, pour lui souhaiter la bienvenue et rentrer à ses côtés en ville (19 juin); réserver dans son palais une réception somptueuse à Joséphine, qui passait par Bologne en revenant de la Toscane (juillet) ; porter au camp de Bonaparte, en compagnie de Marescalchi, quelques réclamations de ses concitoyens ; présider à l’organisation de la Garde Nationale ; se faire de nouveau le guide du Général en chef lors de son second passage à Bologne (février 1797); s'employer enfin avec zèle à la réduction du nombre des couvents '. Toutes ces manifestations d’une activité un peu agitée et d’un dévouement sans réserves anx idées nouvelles eurent l'avantage de fixer pour toujours sur lui l'attention de Bonaparte : ce souvenir devait le suivre et le protéger pendant toute sa carrière.

Sous la première Cisalpine, il ne semble pas avoir exercé d'autres fonctions que celles de Commissaire du Directoire dans son pays d’origine’. Pendant la réaction austro-russe, il expie par une détention temporaire à Palmanova sa participa-

1. Sur le rôle de Caprara à Bologne pendant cette période cf. UNGARELLI. Bonaparte in Bologna (Bologne 1911), pp. 28, 35, 58, 102, 131 et 182. Il semble s’être séparé de Marescalchi, avec lequel il collaborait étroitement au début, à la suite d’une querelle dans laquelle Monti lui attribue tous les torts. (Mori, Lettere, I, 266).

2. D’après Monrt (Letlere, I, 292), il aurait été question de le nommer ministre à Gênes, quelques jours avant le coup d’état de Trouvé (août 1798). Mais il aurait repoussé cette offre, dans laquelle il ne voyait que le résultat d’un complot pour éloigner.

tion activé au mouvement révolutionnaire’. — C'est avec l'établissement de la République Italienne qu’il va monter au premier plan de la scène politique. Nommé membre de la Consulte d'Etat (26 janvier 1802), il s'y distingue d'abord, au témoignage de Melzi, sinon par ses capacités, au moins par son bon esprit et par un zèle au travail que dépare malheureusement un caractère difficile *. Mais bientôt il se lie étroitement avec Murat* et se révéle au Vice-Président comme un joueur incorrigible, dont il faut sans cesse payer les dettes pour éviter un scandale, et comme un intrigant toujours préoccupé de supplanter ses collègues ou de faire pièce au gouvernement #, À la fin de 1804, sa situation est délicate à Milan, où il a fait de nouvelles pertes au jeu, après avoir promis solennellement de ne plus s’y livrer. Il est heureux de s’en échapper pour se rendre à Paris, avecles autres membres de la Consulte convoqués par Napoléon à Paris. Toujours attentif aux occasions de jouer un rôle et de se donner de limportance, il y excite par de nouvelles intrigues l'attention soupçonneuse de Melzi.

Ses fautes ne semblent pourtant pas nuire à sa fortune, ni empêcher, lors de la création du royaume d'Italie, sa nomination à la dignité de Grand-Ecuyer. Presque aussitôt après, ses embarras d'argent recommencent et ses dettes deviennent assez criardes pour attirer l’attention ; l'Empereur écrit à Eugène :

« J'achèterais volontiers le palais de Caprara ; quand il devrait m'en coûter quelques centaines de mille francs, j'en ferais volontiers le sacrifice, pour le retirer de l’abîme où il est. Je connais tous ses défauts; je vous le recommande, car c’est l’un des, premiers et des plus constants

amis que j'ai eus en Italie’. »

1. Ces représailles servirent d’argument à Bonaparte pour dénoncer avec fracas, lors de son retour en Italie, les cruautés du gouvernement autrichien, Le Bulletin de l'armée de réserve du 3 juin 1800 (Corr.; V, n° 4864) contenait ces lignes : « Caprara, de l’une des plus riches et des premières maisons de l'Italie, est dans les fers. Il n’a jamais été membre d’aucune administration cisalpine: mais, sénateur à Bologne lorsque les Français y entrérent, il fut de la partie du Sénat qui y appuya la cause de la liberté et de l’égalité. »

2. Lettre de Melzi à Marescalchi, 1e mars 1802. Arch. Vienne, 17.

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