‹ Sur l'histoire de la République italienne 1802-1805Chapitre 58 sur 101 · TASSONI · texte numérisé non relu

TASSONI

Tassoni a été le plus connu, sinon le plus éminentdes diplomates improvisés par la Cisalpine et la République Italienne. S'il ne s'est pas élevé au-dessus d'eux par ses mérites personnels, c'est au moins lui qui, au cours de la carrière la plus

variée, a occupé les postes les plus en vue et s’est trouvé mêlé aux affaires les plus importantes.

Né à Modène, d’une famille noble, le 20 mars 1759, Giulio Cesare Tassoni suivit d’abord dans son pays natal la carrière militaire, devient lieutenant (1778), puis capitaine dans la Garde ducale et joignit même à ces fonctions celles de chambellan de la princesse Mathilde d’Este. Sa fortune semblait ainsi attachée à celle de son souverain, auquel il devait offrir en 1796 de le suivre dans l'exil. — Ce sacrifice ayant été refusé, Tassoni changea brusquement de camp et devint, par intérêt ou faiblesse de caractère plus peut-être que par conviction, aussi ardent républicain qu'il s'était montré zélé courtisan. On le voit successivement présider à la plantation d’un arbre de la liberté à Modène, recevoir le titre d’Inspecteur général de la Légion cispadane, première troupe permanente formée après l'invasion, se faire nommer enfin par Bonaparte (9 nov. 1797) député du Panaro au Conseil des Juniori cisalpin, où Monti le signale comme s'étant laissé entraîner par un certain Cavedoni dans le « parti des fous », c’est-à-dire parmi les membres les plus exaltés de la gauche avancée *.

Compromis par ces exagérations dans cette assemblée, ilcrut prudent d'émigrer en 1799. À son retour en Italie, il obtint l’accès d’une carrière plus conforme à ses goûts que les agitations de la vie parlementaire, et où il devait trouver, à défaut de l'illustration, une honorable notoriété.

Nommé d’abord (octobre 1800) agent diplomatique à Gênes, il fut au bout d’un an (octobre 1801) transféré à Florence. Il y arriva le 27 décembre 1801, y échangea presque aussitôt son titre contre celui de « Chargé d’affaires de la République Italienne auprès du roi d'Etrurie », et remit au nouveau souverain, en audience solennelle (18 mars 1802), un exemplaire de la Constitution de Lyon *. Sa situation à la cour était assez délicate au début, car sa conduite pendant la Révolution lui

1. MONTT, Letlere, I, 300 (lettre du 24 août 1798). Les détails biographiques qui précèdent sont extraits d’une note de Marescalchi de mai 1805, AF 1v 1709. 2. Nouvelles politiques de Leyde, n°s des 22 janvier et 13 avril 1802.

avait valu la réputation d’un jacobin, presque d’un traître à la cause des monarchies légitimes ; il représentait d'autre part un pays auquel les Toscans reprochaient, non sans quelque raison, de chercher un agrandissement au détriment de leur territoire. Tassoni réussit à désarmer en partie ces défiances. Bornant son rôle à renseigner exactement son gouvernement‘ et à tenir à Florence un grand état de maison et un salon très fréquenté, il semblait ne chercher qu’à faire oublier les anciennes ardeurs du politicien par la correction un peu effacée du diplomate. Melzi, si peu indulgent d'ordinaire pour les anciens révolutionnaires, lui reconnaissait d’abord « des formes et de la bonne volonté » * et plus tard « une conduite constamment honnête et sage, du bon sens et de l'application à ses devoirs. » ?. D'autre part, son collègue français à Florence, Beauharnais, se louait d'avoir trouvé en lui « aptitude, franchise et attachement véritable à la France » +.

Lorsqu'au cours de son second voyage en Italie (déc. 1807), Napoléon, trompant les espérances milanaises, eut décidé de faire de la Toscane des départements français, la mission de T'assoni à Florence se trouvait désormais sans objet. Il se vit envoyé à Naples dès que l'annexion fut devenue un fait accompli (1809). Ce poste diplomatique était le plus important de ceux qu'avait conservés à cette date le royaume d'Italie. Tassoni y serait probablement resté jusqu’à la fin de la domination napoléonienne, sans une fâcheuse affaire à laquelle il se trouva mêlé malgré lui. Lors des réceptions des ministres étrangers par Murat, le 1° janvier 1812, ceux de France et de Russie Durant et Dolgorouki en vinrent aux mains à la porte de la salle du trône pour se disputer la préséance. Par crainte des responsabilités, Tassoni, témoin de la scène, évita d'y intervenir ; et plus tard, lors de l'enquête ordonnée à ce sujet, il déclara n'en

1. CANTù reproduit dans son recueil (Diplomatici) une partie de sa correspondance diplomatique de Gênes (pp. 27 et 229-235) et de Florence (pp. 558-612). On trouve également un rapport intéressant de Tassoni dans P. MARMOTTAN, Le royaume d'Etru- LEP RRO:

Page 1