PINO
Par la rapidité de son avancement, les succès constants de sa carrière, l'éclat des honneurs et des dignités dont il s’est vu comblé, Pino a été la personnalité la plus en vue, sinon la plus éminente et surtout la plus estimable du corps d’officiers généraux italiens; il ne peut sans doute en être considéré comme le type, car il a été inférieur à la moyenne par un manque de caractère et une absence de sens moral que met en Jumière le simple récit de sa vie, mais il a incarné certaines des qualités et surtout des imperfections communes à beaucoup de ses collègues.
NE à Milan, le 1° octobre 1767, d’une famille de banquiers aisés, Domenico Pino avait eu une jeunesse orageuse, que la passion du jeu et des femmes jetait dans de continuels
embarras pécuniaires. Il se trouvait en Suisse où il fuyait les poursuites de ses créanciers ‘, et il accourut en hâte à Milan quand linvasion française, inaugurant un nouvel ordre de choses, lui offrit l’occasion d’un passé à effacer et d’une existence à refaire. Ses goûts le portaient vers la carrière militaire, Si favorable aux jeunes gens de bonne famille et de bonne volonté en temps de révolution : il en franchit au pas de course les différentes étapes. Improvisé chef de bataillon le 1°* octobre 1796, à son entrée dans la Légion Lombarde, il parvenait dès le 27 avril 1800 au grade de général de division®. Sa seule campagne avait été celle de 1799, où il avait joué dans la Romagne un rôle politique assez équivoque, paraissant incliner d’abord aux doctrines unitaires et anti-françaises dela « Société des Rayons » fondée par son ami Lahoz, puis se ressaisissant pour aller s'enfermer à Ancône avec les troupes du général Monnier, et se comporter vaillamment à leurs côtés. En 1801, il commandait une division cisalpine envoyée en Toscane contre les Napolitains de Damas et s'y distingua par plusieurs actions d'éclat.
La guerre finie, 1l revint à Milan, où la vie oïsive de garpison devait devenir fatale à une nature désordonnée comme la sienne. Faute de trouver un élément à son activité un peu agitée, il se lança à corps perdu dans Pintrigue et dans Île jeu. Désireux de se mettre en avant par tous les moyens, il cherche à gagner la faveur de Murat, auquel il vient s'offrir, d’abord pour conduire un régiment italien à Saint-Domingue’, puis pour aller révolutionner le royaume de Naples‘; desservi par les officiers français, qui le représentent comme « le coryphée et le point de ralliement des indépendants »ÿ, il rencontre de ce côté des préventions très longues à surmonter*.
. Notes de Cusropi. Bibl. Nat., Mss. ital., 1559, fo 50. . Etats de service dans AF 1v 1300.
. MURAT, Il, 320.
Murs SA
s. Lettre du commandant Noré-Pontevés au général Verdier, 30 juin 1803. Arch. Guerre, Corr. Armée d'Italie, 1803,
6. Avec sa versatilité ordinaire, Murat semble avoir souvent varié sur le compte de Pino. Il le représente d’abord (II, 286) comme ennemi des Français, par opposition à
Il n’a garde pourtant de négliger Melzi, qui possède à ses yeux l'avantage de tenir les clefs des caisses publiques. Il obtient de lui (déc. 1802) 200.000 livres pour payer des dettes de jeu, en sollicite aussitôt après (janv. 1803) 120.000 autres comme avance remboursable sur un héritage prochain et, à force de quémander, trouve moyen d'en toucher 81.462 pendant la seule année 1803, à titre de traitement ou de gratifications extraordinaires’. Sorti pour un temps de sa détresse financière, il se voit peu après l’objet d’une faveur précieuse pour son avenir. Le Vice-Président, qui conserve sur lui des illusions destinées à bientôt disparaître, l'envoie en mission à Paris, et le présente en ces termes à Marescalchi :
« Quant à Pino, je dois vous prévenir que depuis quelques mois il a témoigné au gouvernement et à moi un attachement assez marqué pour mériter toute votre attention : et de fait, bien que fruste et léger de cervelle, il a bon cœur; il peut être séduit et dévoyé, mais je le crois incapable d’une mauvaise action. Je vous le recommande donc, et vous engage à profiter de l’occasion pour lui donner de bons conseils 2. »
Parti de Milan le 29 juin, Pino rejoignit le Premier Consul à Gand (14 juillet 1803), l’accompagna pendant sa tournée en Belgique, gagna sa confiance en l’accablant de protestations de dévouement, et revint à Milan (20 sept.) après avoir réussi à lui suggérer l'envoi au camp de Boulogne d'une division italienne placée sous son propre commandement : « J'ai été fort aise de revoir ici le général, écrivait (s sept.) Bonaparte à Melzi:. Il se rend en Italie, plein de zèle pour organiser la division. » Plus sceptique, le Vice-Président jugeait ce zèle un peu encombrant, et inspiré peut-être par le désir de trouver en Angleterre le moyen de payer les dettes nouvelles que Pino laissait à son départ de Milan #.
Lechi ; il déclare ensuite (IT, 321) avoir fait prendre sur son compte des informations qui sont toutes favorables et le regarder même (II, 335) comme le seul général italien qui soit ami des Français.
1. Lettre de Melzi à Marescalchi, 27 janvier 1804. Arch. Vienne, 8.