‹ Sur l'histoire de la République italienne 1802-1805Chapitre 67 sur 101 · MEx71, Il · texte numérisé non relu

MEx71, Il

4. « Le général Pino s’est tellement monté la tête pour cette expédition qu’il s’imagine, je crois, aller à la conquête du Mexique ou du Pérou, Il achète des mai-

Ces espérances furent bientôt dissipées par un accident vulgaire. Le général se cassa la jambe au passage des Alpes, dut revenir pour se faire soigner, passa le temps de sa convalescence à intriguer pour remplacer Trivulzi au ministère de la Guerre et finit par se faire nommer à ce poste par décret impérial du 13 août 1804. Melzi, à l'insu duquel cette décision avait été prise, ne put réprimer un mouvement d'indignation, dont il exposa en ces termes les raisons à l’envoyé autrichien, Mol]:

« Après avoir tracé à Napoléon le portrait sincère du général Pino, soldat, mais dans le sens de grenadier, non dans celui de capitaine, joueur, dissipateur, banqueroutier, homme immoral, ennemi de l’ordre et de l'exactitude, sans talents et sans connaissances dans la partie administrative de son métier, et par conséquent, nul à tous égards pour le ministère de la Guerre, après un tel portrait, dis-je, je ne devais certainement pas m'attendre à le voir nommer tout d’un coup à cette place sans même me consulter. Trivulzi doit maintenant recevoir les ordres du mauvais garnement qu’il commandait hier encore '. »

Il convient sans doute de faire la part de l’'amour-propre froissé dans la sévérité de ces appréciations, et de les mettre au point au moyen du témoignage plus désintéressé du Ministre de la Guerre français, lorsqu'il proposa Pino pour la Légion d'honneur. « Il a le caractère militaire, aime son métier, est brave et déterminé. Il est meilleur en guerre qu'en paix, car il manque de jugement, et penche pour le parti révolutionnaire » *. Ce qui semble toutefois hors de conteste, c'est l'incapacité de Pino comme administrateur. Dès 1806, le Vice-

sons, parle d'immeubles. et voudrait emmener avec lui toute sa division depuis le dernier tambour jusqu’au général. » MEzz1, IT, 602. « Pino écrivait encore Melzi à Marescalchi à cette occasion ($ nov. 1803. Arch. Vienne, 22) a besoin d’être continuellement tenu sur la ligne droite, parce qu’il a une tête très légère et accessible à toutes les impressions. »

1. Dépêche de Moll du 6 sept. 1804. Melzi écrivait encore à Marescalchi (5 juil. 1804), au moment où la nomination de Pino n’était pas encore un fait accompli : « Pino est une tête folle telle qu’il n’y en a pas de pareille... il n’a jamais reconnu ni loi ni réglement et il suffisait qu’il se trouvât dans un département pour vouloir faire tout à sa tête. » Arch. Vienne, 25.

2, Arch. Guerre. Corr. Armée d'Italie 1804. Propositions du 10 août.

Roi Eugène signalait son insuffisance en transmettant à Napoléon une nouvelle demande d’argent, destinée à éteindre 300.000 francs de dettes ‘. L'Empereur paya *, mais saisit l’occasion (mars 1806) pour donner un successeur (Caffarelli) au ministre de la Guerre, qui reçut en compensation (10 fév.) le titre honorifique, mais bien rétribué, de Premier capitaine de la Garde Royale et la Grand Croix de la Couronne de Fer (20 fév.), ajoutée à celle de Grand Officier de la Légion d'honneur. Par la suite, les traitements et les dotations devaient s'accumuler sur la tête de Pino pour atteindre à la fin du régime le total de 145.500 francs ÿ.

Son remplacement comme ministre le rendit à sa véritable vocation. Il demanda aussitôt un poste actif aux armées : « Je n'ambitionne, écrivait-il à l'Empereur, que de verser jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour prouver combien je suis pénétré de reconnaissance et du plus respectueux dévouement‘».— À partir de ce moment, Pino, réalisant ses désirs, ne quitta guère les champs de bataille. En 1807, on le trouve d’abord en Allemagne, où il succède à Teulié à la tête de la division qui assiège Colberg. Après la prise de cette place, il ramène sa troupe en Italie et fait à Milan une entrée triomphale (28 fév. 1808), dont il prend soin d’ailleurs de fixer le souvenir par un tableau de grandes dimensions, commandé au peintre Bosio *. Il part aussitôt après (sept.) pour la Catalogne, où il restera trois ans. Pendant cette guerre cruelle, où tant d’autres succombèrent à des tentations d’arbitraire ou d'argent, il eut le mérite, assez surprenant chez lui, de se signaler par des traits de désintéressement, et d’acquérir parmi ses ennemis une telle réputation d'humanité que

1. Lettre d'Eugène à Napoléon 17 mars 1806 (AF 1v 1684). Cette lettre ne figure pas dans les Mémoires du prince Eugène.

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