LEZAT DE PONS, p
3. Rapport de police autrichien, du 22 juillet 1814. Arch. Vienne, Int. 595.
4. Cette question a été longuement étudiée par ZANoII I, pp. 441-445) qui se borne à rapporter les témoignages favorables ou défavorables à Pino; elle a fait . l'objet d’un travail récent de SILvIO PELLINI, Il generale Pino e la morte del ministro
Prina, Novare, 1907
couramment de s'être vendu aux Autrichiens; c’est qu'à la veille de l’'émeute du 20 avril, prévue et même annoncée par la voix populaire, il éloigna à dessein de Milan les seules troupes qui eussent été en mesure d'y maintenir l'ordre, écouta avec complaisance des cris de « Vive Pino! », qui n'étaient sans doute pas entièrement spontanés, et évoqua avec intention, dans ses entretiens particuliers, l'exemple de soldats couronnés, tels que Napoléon et Bernadotte; c'est que le lendemain 21 il se promena dans les rues en grand uniforme, comme pour provoquer des manifestations en sa faveur; c'est qu’enfin dans la journée du 24, après le départ d'Eugène, il se déroba aux propositions de quelques-uns de ses compagnons d'armes, qui l’adjuraient de défendre à leur tête l’indépendance italienne contre les envahisseurs ?. — Quand cette cause eut été définitivement perdue par son refus, il accepta de l'Autriche le grade de feld-maréchal-lieutenant, se rendit à Vienne (juillet 1814) et s'offrit spontanément pour jouer vis-à-vis de la nouvelle domination un rôle d'informateur qui touchait de bien près à celui de délateur’. En ayant été d’ailleurs insuffisamment récompensé, il prit presque
1. Stendhal (Journal d'Italie, p. 371) rapporte ce bruit comme un fait acquis. Le jour même de l’émeute du 20 avril Melzi écrivait d’autre part au Vice-Roi «: Le général Pino et le chevalier Fagnani marquent beaucoup dans tout ce mouvement. S'ils pouvaient être éloignés d’une manière quelconque, ce serait un bien, surtout pour le premier ». MELZI, II, 439.
2. ZANOLI, Sulla miligia cisalpino-1taliana, I, 309 et LEZAT DE Pos, pp. 14 715% 78, 91-92.
3. La lettre suivante (en français) que Pino envoyait le 18 juillet 1816 à la Direction de police à Vienne semble suffisamment transparente à cer égard : « Quoique en mon particulier je n’aie pas à me louer des administrations italiennes, néanmoins je veux encore rendre des services importants à mon pays et au gouvernement. Je vous préviens donc que plusieurs individus napolitains et romains parcourent l'Italie, poussés par le parti anglais, afin d’organiser une nouvelle insurrection. Vous n’ignorez pas que dans d'autres circonstances je n'ai pas manqué de vous prévenir bien avant ‘des orages qui se préparaient. » Cette dernière phrase semble caractéristique si l’on songe qu elle fut écrite au moment des procès de Mantoue, alors que divers compagnons d’armes de Pino étaient poursuivis pour avoir ourdi une conjuration militaire contre la domination autrichienne. En transmettant la lettre précédente au Ministére de l’Intérieur, la Direction de Police y ajoutait ce commentaire (22 juillet 1816) : « Cette lettre ne fait que confirmer ce que nous savons d’ailleurs; mais par ses liaisons anciennes et militaires, ce général peut en savoir davantage que nous, Je tâcherai de l’engager à suivre l'affaire. 1 est bon diable et voudrait se faire du mérite. » Arch, Vienne, Int., 595.
aussitôt sa retraite, et ne songea plus qu’à jouir de la fortune que lui avait valu son mariage avec une riche veuve (1808). Il acheta à Oggiono et à Cernobbio deux magnifiques maisons de campagne où il entassa des objets d'art et des tableaux commémoratifs de ses exploits. Stendhal, qui alla en 1818 le visiter dans la première, le représente comme « assez beau, mais peu général » et d’« une générosité étonnante »°. Il mourut avant d'avoir atteint la soixantaine, le 29 mars 1826. Sa vie qui fut l'objet d’un éloge funèbre prononcé aussitôt après son décès ?, a été assez longuement racontée dans l'ouvrage de Lombroso (p. 126-174) sur les généraux italiens.