FONTANELLI
Dans la galerie des généraux italiens, la figurede Fontanelli, ainsi que celle de Teulié, s'oppose par un vigoureux relief à celles de Pino et de Lechi. Ceux-ci n'étaient que des soldats arrivés, n'ayant pour seul mérite que le courage personnel. Fontaneili possède sur eux cette supériorité d’avoir uni les vertus morales aux talents professionnels, le caractère à la valeur militaire, les qualités de l'administrateur à celles de l’hommede guerre. Il se distingue aussi de ses collègues en ce qu'il a représenté dans l’armée l'élément modénais, auquel appartenaient tant de hauts fonctionnaires de l’ordre civil, et dont il semble avoir personnifié les dons naturels.
Né à Modène le 18 novembre 1775, d’une famille noble, il paraissait destiné au métier des armes par la profession de son père, ancien ministre de la Guerre du Duc. Au début de la Révolution, dont il adopta les principes, il entra comme chef de bataillon dans cette «Légion italienne» dont le congrès réuni à Modène (octobre 1796) avait décidé la formation en même temps que l’union fédérative des gouvernements provisoires de l'Emilie. Après avoir fait ses débuts militaires en réprimant, avec autant de modération que de fermeté, une émeute rurale à Mirandola, il prit part successivement : aux opérations en Romagne contre l’armée pontificale (janvier 1797); à l’expédition des Iles loniennes, où il fit la connaissance d'Eugène de Beauharnais ; au siège d’Ancône, d’où il put s'échapper sans être fait prisonnier ; à la campagne de Marengo ; enfin à celle de Toscane (1800), où il tomba entre les mains des Autrichiens. Libéré à la paix, 1] reçut le commandement d’un régiment, puis la direction du personnel au ministère de la Guerre. Il passait dès ce moment pour un officier d'avenir; après lavoir signalé à Marescalchi comme le « meilleur» parmi sescollègues, Melzi
voyait déjà en lui un candidat possible à la succession de Trivulzio :
€ Parmi les chefs de corps, écrivait-il au Premier Consul, j'ai trouvé
que le chef de brigade Fontanelli réunissait à un degré distingué l’opinion générale. 11 n’a pas tout à fait trente ans. Mais j'observe qu'il se faisait beaucoup respecter et se conduisait très bien à la tête de la Première Légère, qu’il avait lui-même organisée et disciplinée, de manière qu'elle passait pour le meilleur corps de chez nous et pour le mieux instruit. J’ai entendu le général Murat lui rendre cette justice’. »
Malgré ces témoignages favorables, Fontanelli avait une situation inférieure à celle de Pino, Teulié ou Lechi, et il y aurait peut-être longtemps végété si Bonaparte n'avait, à l’automne de 1803, manifesté le désir d'appeler à Paris, avec sa Garde italienne, un aide de camp italien pour faire le service auprès de sa personne. Le Vice-Président tint à désigner pour ce poste de confiance un homme sûr, capable à l’occasion de devenir son fidèle interprète auprès du Premier Consul : « Je vous expédie Fontanelli, écrivait-il à Marescalchi le 29 décembre 1803, c'est un officier de mérite très-versé dans son métier. Je vous préviens seulement qu'il est timide, et qu’en se présentant il a un certain air d'embarras * ». Ces défauts extérieurs n'empêchèrent le nouvel aide de camp, ni de se distinguer par son application, ni même de se répandre dans la société parisienne *. Sa fortune fut dès lors assurée ; il n'eut plus qu'à attendre, sans même devoir les provoquer, les marques répétées de la faveur impériale : en 1804 le grade de général de brigade, en 1805 les fonctions de gouverneur du Palais de Milan, en 1806 le commandement du régiment des vélites, en 1807 celui de la Garde Royale tout entière, en 1808 le titre de comte, qu'accompagna bientôt l'attribution d’un majorat de 10.000 livres. Noté, en 1806, par le Vice-Roi comme un officier de la plus grande valeur, « promettant beaucoup‘ », il débute la même année dans la grande guerre et commande une division de l’armée que le prince Eugène conduit des bords de l'Adige à ceux de la Raab. Peu après, le mouvement ascensionnel qui l'entraînait