‹ Sur l'histoire de la République italienne 1802-1805Chapitre 85 sur 101 · MURAT · texte numérisé non relu

MURAT

Si la République italienne possédait un gouvernement national ne relevant que du Premier Consul, son territoire restait néanmoins occupé, ainsi que celui du Piémont et de la Toscane, par des garnisons françaises placées sous les ordres d’un « Général en chef de l’armée d'Italie », résidant à Milan. Il avait été convenu à Lyon que les attributions de Murat, titulaire de ce poste au début de 1802, seraient désormais exclusivement militaires et se réduiraient au commandement des troupes. Il ne devait pas tarder de chercher à les élargir pour tenter de jouer un rôle politique *. Des raisons d'ordre divers se réunissaient pour l’y entraîner : l'exemple de ses prédécesseurs, qui,

1. Cf. MURAT, Il, p. 302 : « … La plupart des préfets vivent à l'auberge à six ou sept francs par jour. Quelle considération peut avoir d’après cela un gouvernement ! Les ministres vivent de même... »

2. Nommé à son commandement le 27 juillet 1801, Murat avait été presque constamment absent pendant la fin de l’année. Au retour de Lyon il ne séjourna à Milan que le temps nécessaire pour l'inauguration du nouveau gouvernement (31 janvier- 17 mars 1802) et n’y revint pour s’y installer définitivement que le 19 octobre suivant.

sous la première et la seconde Cisalpine, avaient disposé en maîtres absolus du gouvernement, des institutions et des richesses du pays ; les sollicitations des généraux de son entourage, intéressés à prolonger le régime du bon plaisir; la tentation de transformer en pouvoirs effectifs les honneurs extérieurs prodigués au beau-frère du Premier Consul; la facilité de trouver dans les affaires de police et de garnison des prétextes à intervenir dans l'administration civile ; enfin et surtout, la vanité de tenir à Milan le rang d’un représentant diplomatique du gouvernement consulaire, et plus tard l'ambition de monter encore plus haut, soit comme successeur de Melzi à la tête de l'état italien, soit comme gouverneur de la Lombardie réunie à la France.

Ces tentatives d’empiètement sur le pouvoir civil ne pouvaient qu'être préjudiciables à la marche des affaires, et elles devaient amener des froissements continuels, suivis d’un conflit ouvert, entre le Vice-Président et le Général en chef ; mais elles n’ont pas été inutiles à l’histoire, car, pour les justifier, Murat se croyait obligé d'adresser à Paris une correspondance active, à la fin tellement surabondante qu'il se vit invité à la restreindre '. Il y tenait son beau-frère informé des principaux évènements de la vie politique italienne et lui en fournissait une version inspirée par le désir de représenter Melzi comme incapable, son entourage comme hostile aux Français et ses administrés comme soupirant après une annexion à la France. Toutes ces lettres, déposées aux Archives historiques de la Guerre * où je les ai consultées, ont été reproduites depuis dans la publication de M. Le Brethon, mais sans les rapports qui les accompagnaient et qui servaient à en établir les conclusions. Ce sont les deux principaux de ces rapports dont on trouvera le texte plus loin. Malgré leur caractère tendancieux, tous deux apportent une utile contribution à l'histoire du gouvernement

de Melzi.

1. « Mon général, je garderai mes rapports pour moi, puisque vous me l'ordonnez, mais j'aurais peut-être dù m’attendre à recevoir un autre prix de mon zèle o\ettre de Murat à Bonaparte du 16 août 1803 (MURAT, II, 469).

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