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guer et s'attacher par tous les moyens de la politique et de la prédilection.
Quel qu'ait été le développement de la révolution en Italie, il est incontestable que sa première impulsion eut les mêmes principes que la révolution française, quoiqu’elle se soit terminée bien différemment. J'ai toujours observé que l’indépendance politique et une représentation nationale furent les principes moteurs originels et constants qui, à travers tous les eflorts et toutes les horreurs des factions, conduisirent la France à la forme actuelle de son gouvernement ; et qu’il me soit permis de le dire, c’est en cela même que je vois l’apologie de la Révolution française et le fruit le plus glorieux que la France ait pu recueillir et se promettre de ses sacrifices et de ses prodiges.
Il est de l'essence des révolutions de décomposer les hommes et les choses pour les recomposer ensuite dans des formes analogues aux principes qui ont produit ces crises. Cette recomposition s’est opérée en France et c’est pour cela que l’on peut assurer que la Révolution y est entièrement terminée. On ne peut en dire autant de l'Italie. Cette recomposition homogène ne s’y est pas encore perfectionnée et l’effort des principes qui poussent sans cesse une révolution vers son but est celui qui fait nécessairement surnager le parti que j'appelle républicain. L'action de ces principes est si réelle que, si l'Italie était abandonnée à elle-même et pouvait se livrer à l’impulsion politique qui est maintenant la plus générale, elle adopterait entièrement la théorie du gouvernement représentatif. Le meilleur des gouvernements est celui où les meilleurs citoyens gouvernent. Cette grande vérité, fille des lumières et de l’expérience, est la devise du siècle de Bonaparte.
Cette nouvelle division de opinion devait nécessairement avoir lieu par la nature des choses, et deux faits nous prouvent qu'elle a nécessairement eu lieu.
Le premier fait est que les anciens gouvernements, presque tous oubliés, n’ont aucun parti ; ils n’ont que des réminiscences, nées du sentiment des maux présents, mais qui servent plus à accuser leurs faiblesses qu’à rappeler leur souvenir *.
Le second fait, plus important encore, est que parmi les gouvernements actuellement existants, celui qui obtient le plus les suffrages des Italiens est celui qui exprime le mieux à leur idée la forme d’une re-
1. Sur l’impopularité, ou au moins l'indifférence où étaient tombés les anciens gouvernements, on trouvera plus loin la même opinion exprimée dans le rapport de
Méjan.
présentation nationale. Aussi, en même temps que l’on déteste le gouvernement napolitain, que lon s'élève contre l’absurdité du gouvernement papal, que l’on méprise celui d’Etrurie, tous les regards en Italie se tournent, par un sentiment unanime de prédilection, vers la République italienne. Et poufquoi cette partialité en faveur de la République italienne ? Parce que, si je ne me trompe, d’après son organisation constitutionnelle, il semble que la révolution soit terminée dans la forme des principes qui l’ont fait naître ; parce qu’elle offre un gouvernement fondé sur la représentation nationale.
Cette propension générale, que je regarde comme un des signes caractéristiques de l’esprit dominant en Italie, doit encore être considérée par la France comme une base importante de la conduite qu’elle doit tenir, en cherchant à s'attacher le parti qui fait naître et maintient ces dispositions.
Je ne ferai pas une application générale des principes que je viens d'établir ; mais je me bornerai à présenter deux des conséquences qui me semblent les plus naturelles et qui sont intimement liées à mon sujet. La première est que l'esprit républicain ira croissant en Italie, à mesure que l’on verra s’accroitre la prospérité de la République italienne. L'autre est que la France aura concilié en sa faveur l'esprit dominant de l'Italie, quand la République italienne sera en parfaite harmonie avec la République française.
Mais la République italienne offre-t-elle aujourd’hui laspect de cette prospérité séduisante ? Est-elle plus que les autres parties de lItalie attachée d’esprit à la France ? Je ne déciderai point ces deux questions. Je me permettrai seulement de poser une observation.
L’attente des résultats du Congrès de Lyon s'était soutenue dans tous les esprits par les plus grandes espérances. La présidence du Premier Consul Bonaparte surpassa l'attente elle-même et fut accueillie avec enthousiasme. Le nom du citoyen Melzi était avec raison d’un heureux présage ; les élections des fonctionnaires furent généralement approuvées ; la constitution offrait en abstraction une contexture de pouvoirs bien combinée : enfin le gouvernement constitutionnel commença sous les plus favorables augures.
Mais l'observateur attentif ne put partager entièrement les communes espérances, ni se défendre de quelque appréhension. Il craignit que le système d’amalgame qui dirigeait les opérations de Lyon, et auquel on donnait à Milan plus de latitude encore, ne produisit un effet contraire à la sagesse de l'intention, et que les partis amalgamés, loin de se concerter et de fortifier le gouvernement par des efforts communs, ne
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parvinssent à l’aflaiblir par le choc de leurs principes différents et par l'opposition de leurs intérêts. Cette crainte est fondée sur la nature même des hommes et des choses :.
Il existe entre la France et l'Italie, entre les Français et les Italiens, une différence qu'il ne faut point perdre de vue pour ne pas enlever aux systèmes là propos qui est le premier élément de la bonne application. En France, presque tous les citoyens ont un intérêt général à soutenir la révolution et conséquemment le gouvernement actuel ; en Italie au contraire, cet intérêt ne touche qu’une partie des citoyens. Chaque Français est animé d’un esprit national qui facilite dans tous
la direction vers un but commun ; eu Italie, l'esprit public est plus pro-
vincial que national, plutôt senti par réflexion que par habitude, et il n’a d'autre force que celle qu'il tire naturellement de son existence. En France, la classe des ex-nobles joint à l'esprit national un certain point d'honneur qui tient lieu, je dirais presque, de toutes les vertus civiles ; en Italie, la noblesse n’a pas ce point d'honneur, ou le mêle avec l'esprit de parti. Un ex-noble en France, élevé à un emploi, sera forcé par l'honneur de remplir inviolablement son devoir ; un ex-noble italien trouvera dans son honneur même un prétexte plausible à le violer. Le noble français est attaché à sa nation ; le noble italien est attaché à son prince.
Cette différence morale entre les Français et les Italiens une fois reconnue, il est certain que le système d’amalgame ne devait pas recevoir la même application en France et en Italie. On devait l’étendre en France pour multiplier les forces d'union, et il fallait le restreindre en Italie pour ne pas rompre l’union des forces. Il en a été tout autrement. On a établi une majorité prise hors de la sphère des forces homogènes. On a appelé aux emplois d'anciens personnages influents, des 1impartiaux, des opposés, etc., ce qui ne s’est point fait en France, des ennemis déclarés du système républicain. Chaque parti a conservé ses maximes, chaque individu ses opinions, et tous ont pour principe ou pour habitude de contrarier de tout leur pouvoir les opérations du parti opposé. La divergence des esprits et des opinions, se portant dans les discussions, éloigne de plus en plus luniformité et la sagesse des délibérations. Ce défaut de l'individu se communiquant à l'autorité qu'il
1. Sur les difficultés particulières que présentait en Italie l’application du principe de l’amalgame, l’auteur se trouve en communauté d'idées, non seulement avec l’auteur du précédent rapport, mais encore avec Melzi lui-même, qui signale à plusieurs reprises, dans ses lettres à Marescalchi, les inconvénients de ce système.
exerce, rompt l'équilibre des pouvoirs, et cependant le gouvernement, sans ensemble, sans accord, sans plan convenu, sans but commun, sans forces combinées, est le jouet d’impulsions contraires ; et s’il marche et se soutient, il se soutient et marche par la seule habileté, par la seule force personnelle du Vice-Président, et plus encore par une des merveilles de la présidence du Premier Consul’. Achille qui lutte contre les flots du Xante irrité et qui, tout Achille qu’il est, a besoin pour se sauver du secours de Jupiter, est un emblème frappant et parfait de la situation du citoyen Melzi.
S'il est permis d’exposer sa manière de voir sur ce point, je pense que si l’on eût suivi d’autres principes et un plan d'élections plus adapté aux circonstances où se trouve l'Italie, on aurait obtenu des résultats infiniment meilleurs. Il convenait, à mon avis, d’asseoir la constitution sur une majorité prononcée de fonctionnaires et d’administrateurs républicains, de donner au gouvernement un esprit et une physionomie qui lui füssent propres et qui ne fûssent pas empruntés au système dont on a aboli les principes. Il convenait d'établir un plan d’amalgame progressif pour les autres partis ; d'attendre que le temps et les circonstances fissent naître dans l’amour-propre des opposants le désir de participer à l’éclat des fonctions publiques ; en les appelant ainsi successivement au gouvernement, on ne serait pas tombé dans le grave inconvénient de l’assujettir à l'influence des hommes qui ne l’aiment pas. De cette manière le républicanisme, qui cependant cherche à s'établir, aurait conservé son éclat et son crédit; on aurait donné au gouvernement un caractère de vérité et son énergie naturelle ; et la constitution, conséquente dans ses principes, dans ses institutions, dans les formes et dans les personnes, aurait commandé le respect et marcherait d’un pas ferme au but de sa prospérité.
En donnant au contraire la préférence à certaines classes privilégiées, à certains talents routiniers plutôt qu’à certains principes, on a irrité plutôt qu'humilié le parti républicain, on a fourni à l’orgueil des oligarques et au pédantisme de leurs affiliés le prétexte de croire qu’on a besoin d’eux et de leur système pour avoir un gouvernement solide ; on a aliéné les républicains et l’on a tari ainsi la seule source de force et d'activité qu'on puisse maintenant trouver en Italie, tandis que les
1. Melzi lui-même faisait la même constatation dans un rapport à Bonaparte « Il résulte de tout ceci, lui écrivait-il, qu’il y a bien assez de confiance en moi comme individu, mais trop peu comme gouvernement. C’est un bien sans doute que la confiance dans l’homme qui est à la tête des affaires, mais, si elle n’est que dans l’homme, le système est précaire comme lui. » MEzzx, IL, 50.
oligarques et les pédants se sont d'autant moins attachés au nouvel ordre de choses qu'ils avaient plus de motifs de se confirmer dans leurs anciens principes. Ainsi le gouvernement, déjà faible par l'éloignement de la majorité active, plus faible par l'opposition de la majorité dominante, et extrêmement affaibli par la lenteur des méthodes et par l'opposition des principes, ne peut offrir ni l’apparence de force, ni les fruits salutaires de la perfection constitutionnelle.
Je ne sais si je me trompe dans la préférence que j'aurais donnée au plan de réunion progressive des différents partis au parti républicain ; mais, connaissant les hommes et les choses dont je parle, j'ai lieu de croire que si on l’eût suivi, l’attitude politique de ce pays serait beaucoup mieux assortie au but de sa destination. Je vais établir un fait qui, sous le rapport de la morale, présente un phénomène difficile à expliquer, maïs qui sous le point de vue politique trouve son explication naturelle dans les principes développés jusqu'ici. Il n’y a pas un honnête homme qui, en comparant les personnages des divers gouvernements que nous avons vus se succéder, abstraction faite des opinions et des talents politiques et sous le seul rapport de l'intégrité personnelle, il n’y a pas, dis-je, un honnête homme qui ne donne la préférence à ceux qui sont actuellement en place. Mais si, ne parlant plus des personnes, on compare gouvernement à gouvernement, il n’est personne qui ne puisse s’apercevoir que le gouvernement actuel est moins soutenu que les autres par l’opinion publique et qu’il est isolé, de manière à n'avoir aucun parti qui lui soit véritablement dévoué. La raison en est évidente : le gouvernement n’est point dans le sens de l'esprit dominant, tandis que les autres y étaient, quelles que fussent les personnes. Réunissez donc les personnes, les talents et l'esprit dominant, et vous obtiendrez tout.
Il n’est pas nécessaire que j'entre ici dans des détails sur ce vice radical du gouvernement italien, dans les différentes branches de ladministration civile, économique et militaire. Il n’est pas plus nécessaire que je décrive la situation dans laquelle se trouvent les esprits, séparès comme ils sont d'affection et d’inclination au gouvernement et soumis à des administrations radicalement mauvaises. Une telle situation peut facilement se concevoir.
Jobserverai seulement que chacun, voulant se soustraire aux reproches qu’il peut avoir mérités dans le commun désordre, s'empresse d'attribuer ce désordre à une cause qui flatte l’amour-propre des uns, qui seconde les passions des autres, et qui sert à pallier les fautes de tous. Cette cause générale, les ennemis de la France s’eflorcent de l’attri-
buer à la France même, et l’on peut croire que leurs eflorts ne demeurent pas sans effet. Dans les autres parties de lItalie, on accuse la France des maux que l’on souffre, et l’on a soin de les exagérer : on l’accuse de même des biens dont on ne jouit pas. Ces deux moyens conduisent également au même but, qui est de soulever les esprits contre la France, et il semble qu’on ne les emploie pas vainement.
En observant les mouvements secrets de tous les partis, les manœuvres que l'intrigue emploie pour les fomenter et les diriger contre la nation française ; en observant les fréquentes circonstances où cette agitation se manifeste, malgré les soins et les moyens de prudence que prodiguent les principales autorités pour l’apaiser, et pour rappeler les esprits à l'union, je ne crains point d’assurer que les choses sont dans une position telle qu’elles exigent de prompts remèdes de la part du Premier Consul.
Ennemi comme je le suis de tout changement de gouvernement, à cause des tristes effets qui suivent toujours cette instabilité, je prends la hardiesse de proposer un moyen, qui, en conservant les choses comme elles sont, pourrait cependant donner à la République une nouvelle attitude et un nouvel esprit qui, conciliant de plus en plus les esprits italiens, donnerait à l’Italie entière une nouvelle direction en faveur des intérêts de la France. Ce moyen consiste dans la réunion de l’état exvénitien à la République italienne. Je prie mes lecteurs de suivre mes .dées avant de me juger