Aux galères le Corse
temps de guerre, parce que ce pays nous cause toutes les inquiétudes possibles à cause de ses funestes dispositions. Le sieur Guicciardi, qui est dans le gouvernement, y était aimé et tout puissant, et il a encore quelque crédit dans les villes, mais il en a perdu dans les campagnes. Cependant c’est le seul qui connaisse ce pays maudit de Dieu, où il existe sûrement des partisans pour l'Autriche : chaque jour, nous recevons des dénonciations. C’est cela, et ce qui se passe à Vérone, qui engage le Vice-Roi à demander que Guicciardi soit fait ministre, ou directeur, en seul ét sans consulte, de la police générale ; et il faudra bien le faire, car sans cela, en cas de guerre, la Valteline est très disposée à nous jouer un mauvais tour. Il y a peu de troupes, et hier on 2 résolu de les retirer jusqu’à Chiavenna, où on les réunit.
Vérone dans un autre sens nous cause des inquiétudes cruelles et, selon moi, encore plus fondées. Là ce ne sont pas les habitants, ce sont à présent de bons coioni, quoique j'aie failli être assassiné à Desenzano, et que les environs de Peschiera soient assez mauvais ; mais là, nous tenons les châteaux de Vérone, et là commencent la ligne et les garnisons francaises.
À Vérone, l'état-major de la place a reçu des commissaires de Saliceti pour tenir une intelligence à Venise ; j'ai été examiner leur travail et, malgré que les Autrichiens à Venise font tout pour nous donner des amis, je trouve là une foule de gredins, de voleurs, et pas un homme en état de mener les affaires. Je n’en ai fait changer aucun, car le parti dont je suis serait désolé que Bonaparte s’emparât de l’Europe, et bien aise qu’on le chassât d'Italie, où je forme mes plans pour m'établir moi-même, quoiqu'il arrive, si nous en sommes chassés. Je compte porter ma fortune à Livourne et m'y établir. Ainsi, d’après ce plan, je me conduis dans les vues du parti. |
Nous avons des intelligences à Venise, mais nous n’avons pas de moyens décisifs pour le plan de Bonaparte. Son plan est, en cas de guerre, de marcher sur le Vénitien. Il s'attend à une bataille entre Vérone et Padoue ; s’il la gagne, il s’avance jusque sous Conegliano, c’est-à-dire qu’il s'attend encore à être arrêté au Tagliamento. Cest alors qu’il compte proclamer la résurrection du gouvernement vénitien, telle qu’elle a été arrêtée en 1807 à Paris avec Foscarini, chef des mécontents". Le travail à cet égard a été arrêté à Milan, le jour même du couronnement. On espère que cette proclamation seule, après une victoire et lorsque nos troupes environnent la lagune, sufhra pour
1. Sur cette négociation voir Bonaparte Président de la République italienne, I, 79.
porter les Vénitiens à un soulèvement dans Venise, et à forcer les Impériaux d’en déloger : et c’est de cette manière que lon voudrait les en chasser, parce que, n'ayant pas une marine imposante, on pense qu’il est impossible de s’y prendre autrement avant qu’on ne soit maître de Trieste, et on voudrait avoir Venise avant.
Mais les partisans de ce complot pensent à présent qu'il devient impraticable, après nous avoir bercé pendant trois ans de son exécution. Ils prétendent que les Impériaux ont fortifié toutes les îles environnantes de Venise, y ont établi du canon à force, de manière à sy retirer et tenir Venise en respect. Bonaparte, à qui il importe peu que. Venise soit brûlée ou non, dit que cela ne peut empêcher le soulèvement. Ils répondent qu'ils n’en feront rien, parce que le peuple, dès qu’il verrait tirer contre la ville, les planterait là ; et ils exigent que nos troupes bordent la lagune depuis Malghera jusqu’à Ponte- Oscuro ; et qu’alors, la révolte éclatant, ils enverront des bateaux en quantité, pour que nos troupes y embarquent et viennent attaquer de vive force les îles principales. Ce projet paraît extravagant à Bonaparte, et il l’est, à ce que disent les gens de l’art, parce que le feu de ces îles détruirait bientôt nos embarcations. Cependant on a envoyé Prony lever les plans et examiner les lieux. On l’a arrêté , mais on neluia rien trouvé qui inquiète nos partisans ; et c’est un homme ferme, qui ne les compromettra pas ; mais l'affaire en est là, on ne s'entend pas. »