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LES CARACTÈRES SEXUELS

IL n’est pas besoin de mettre en lumière la valeur des signes du sexe et l'importance des moindres manifestations de cette « diathèse sexuelle » qui donne sa direction initiale à notre organisme et laisse au tempérament psychique ‘une si forte empreinte. Mais en les regardant de plus près, on saisira mieux leur parallélisme étroit avec le développement de l’individu.

Distinguons, pour un instant, suivant la coutume, des caractères primaires, — associés aux fonctions essentielles des sexes, organes produisant, conduisant et portant l’œuf et le spermatozoïde — les secondaires, représentés par les nombreuses différences de dimensions, de couleur, de squelette, etc., qui séparent les mâles des femelles, et qu’on peut résumer en deux mots, les armes et les charmes. |

Les moyens de combat sont les plus nombreux peutêtre, car c’est la loi de force qui prime la sélection : crinières, COrnes, andouillers, défenses, serres, erqgots, becs acérés, etc. Les moyens d’attraction ne sont pas moins va-

riés : barbe, crêtes, aigrettes de poils, plumages splendi-

Se

des, « livrée de noces », bigarrures des toisons, appels d'amour bruyants ou mélodieux, parfum des glandes odorantes, il y aune incomparable richesse d’hommages offerts à la beauté.

Tous ces caractères, quela lutte pour la vie et la sélection sexuelle ont transmis et exaltés, ont ce'a de commun avec les caractères primaires qu'ils sont le reflet expressif d’un tempérament nutritif, et qu'ils laissent transparaître chez l'animal l’un ou l’autre des courants spéciaux de la nutrition.

La nutrition est la vie elle-même. Son étude se confond avec l’histoire du développement de l'individu et de l’espèce.

Avant tout et toujours la matière vivante a faim. Chaque être, du plus simple au plus complexe, quand il a jaltéré ses protoplasmes par une dépense d’énergie, tend avidement à se réparer, et si les matériaux réclamés sont enplus grande abondance que l’exigent les nécessités de l'heure présente, l'excès est employé à une édification nouvelle, la masse s’augmente : c’est la crorssance, produit de la prépondérance d’une direction constructive des processus nutritifs.

Mais l’espèce a une grandeur maxima qu’elle ne dépasse pas. Suivant la théorie de Spencer, « l'augmentation du volume tend continuellement à dépasser celle de la. surface », la masse s’accroissant comme le cube du diamètre, la surface seulement comme le carré, la limite de la croissance est atteinte, L'état d'équilibre ne saurait se prolonger longtemps et l'organisme se trouve aux prises

avec les difficultés physiologiques que suscite la richesse

croissante, Il y pare soit en se vouant à la désassimilation prépondérante, qui trop longtemps continuée, aboutit à la mort, soit à l’assimilation prédominante, et doit alors se diviser : c’est la reproduction, excès de croissance de l’organisme qui dépasse son volume normal, La croissance n’est elle-même que la reproduction #n se du protoplasma.

Ces deux grandes modalités de la nutrition : assimilation et désassimilation, construction et destruction, éparyne et dépense, origines lointaines et constantes de la reproduction, déterminent encore ses formes et jusqu’à ses instruments, pour ainsi parler. Le dimorphisme des sexes en dépend, depuis les cellules reproductives, jusqu'aux êtres complets. |

-Ilest logique de rechercher dans l’œuf et le spermatozoïde, fruits spécifiques des organismes mâle et femelle, l'expression fondamentale des différences sexuelles, « car

les corps, après tout, ainsi que l’a dit Weissmann (1), ne

4, Dans des conditions où ils peuvent se conjuguer, presque tous, sinon tous les Frotozoaires, sont immortels. Les êtres multi-cellulaires, colonies où les unités de composition perdent — par suite de la division du travail et des pouvoirs restreints qu’implique leur spécialisation — l’iftégrité de leurs facultés de récupération, et sont fatalement condamnés à s’éteindre. La mort règne universellement sur les groupes de cellules qui ne se conjuguent pas.

Cependant l’êtrene meurt pas tout entier. Les éléments reproducteurs, tels des Protozoaires, échappent à l'extinction générale quand ils rencontrent leurs protagonistes et les épousent. Au milieu de la division qui suit leur coalescence, — tandis que leurs cellules-filles se transforment et se disposent pour former les tissus, et se vouent à la caducité en perdant le « bon à tout faire » du Protozoaire, —

sont que les appendices de cette chaîne immortelle de cellules sexuelles ».

Une classification naturelle, adoptée le plus souvent, en somme, sous des titres différents, conduirait à diviser les protozoaires, — très comparables aux cellules sexuelles — en cellules actives (ex. :infusoires); cellules tranquilles, où la vie semble dormir (ex. : grégarines) ; cellules amtboïdes, émettant des prolongements, à vie moyenne, également éloignées de la mobilité inquiète des: unes et de lapathie des autres.

L'histoire d’une forme simple nous montrerait également le Protomyxa de Hæckel, par exemple, vivant successivement à l’état de spore active, d’amiboïde et de

cellule enkystée, reflétant ainsi au cours de son exis-

des cellules reproductrices sont mises à part, « qui conservent les traditions anatomiques et physiologiques de la cellule-germe “primitive ». Echappées de l'organisme, et réunies à d’autres germes, el'es fondent un nouveau corps : leur substance s’y conserve pour de nouvelles formes vivantes.

Ray Lankester le formule ainsi : « Les corps des animaux Supérieurs peuvent, à ce point de vue, être considérés comme quelque chose de temporaire et de non-essentiel, destiné seulement à porter, pour un temps, à soigner et à nourrir les produits immortels bien plus importants de la fissiparité de l'œuf unicellulaire. |

En remplaçant, comme le veut Weissmann, continuité des cellules par « continuité du protoplasme germinal » plus .exact en général, on peut dire que la chaîne de la vie se continue sans interruption dans la matière sexuelle. Suivant le mot de Geddes, « les corps ne sont que les torches, brûlées, tandis que la flamme vivante a traversé sans s’éteindre, toute la série organique : ici vraiment l'amour est plus fort que la mort,

ns

LR tence la physionomie des grands groupes unicellulaires. L’analogie se poursuit dans les cellules des animaux

supérieurs. Là encore la tapisserie des chambres aérien-

nes de lPhomme est tissée de cellules ciliées actives ;

les tissus adipeux, osseux, sont faits de cellules enkys-

tées, et nous retrouvons les amibes dans les globules blancs du sang. L'étude même de leurs maladies nous les ferait voir passant d’une forme à l’autre.

Ceci mène à la conception d’un cycle cellulaire dont la physiologie donne la justification.

Le protoplasme, la ma‘ière vivante, substance ou mélange de substances en variation perpétuelle, alterne des processus de construction, d'étapes vers l’extrème instabilité chimique aux changements moléculaires de rupture, aux produits de plus en plus stables.

Les . oscillations entre l’intégration et la désintégration permettent aux cellules, trois possibilités physiologiques : |

a). L'état d'équilibre entre la dépense et, le revenu, pour les amiboïdes, avec d’ailleurs une large marge de variation ;

b). La prépondérance des changements destructifs, la vie à perte, pour les cellules remuantes, ciliées ou flagellées :

c). L'excès de l'accumulation conservatrice, l’accroissement incessant de richesse, pour les cellules quiescentes, enfermées ou enkystées.

« Supposons (1) dans une cellule un excédent prolongé

1, Geddes et Thomson. The evolution of sex,

2 ÉTOt

ca

de l'assimilation sur la désassimilation, le résultat sera nécessairement une croissance de volume, une réduction

d'énergie cinétique et de mouvement, une augmentation

potentielle et de matière nutritive en réserve. Les irré-

gularités tendront à disparaître, et, la tension superficielle aidant, la cellule acquerra une forme sphéroïdale. Le résultat est un œuf, gros et immobile. |

« Si la tendance désassimilatrice devient de plus en: plus dominante, la mise en liberté croissante d’énergie cinétique ainsi impliquée doit trouver son expression au dehors, dans un accroissement de mobilité et une diminution de volume, les cellules les plus actives se modifient dans leur forme, pour s’adapter au passage au travers du milieu fluide environnant et le résultat naturel est une spermatozoïde flagellate.

« Bref, les caractères anatomiques respectifs des cellules sexuelles mâles et femelles peuvent être expliqués par le même raisonnement physiologique que les grandes phases passives enkystées, etles phases plus petites actives et ciliées, du cycle cellulaire en général. Nous arrivons donc de nouveau, à la même formule : les fonclions sont soit conservatrices de l'individu, soit conservatrices de l’espèce, individuelles ou reproductrices : les premières se divisent en intégrantes et désintégrantes, les dernières en mâle et femelle ».

Quand ces deux formes se seront fusionnées par la fécondation, le produit prendra, sous l'influence des déterminants du sexe, une de ces deux directions nutritives et la conséquence sera une femelle comme expression de

3° QE . TX L .

lintégration dominante, un mâle dans le cas contraire,

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