‹ Sur l'InfantilismeChapitre 6 sur 20 · LA PUBERTÉ · texte numérisé non relu

LA PUBERTÉ

C’est la tendance intégrative qui domine toute l’enfan-

ce, mais ses marques sont à peine sensibles (faut-il citer

la gourmandise et la peur du danger, assez générales),

car les matériaux sont absorbés entièrement par l’accroissement de l’individu. Aussi les différences sont peu prononcées d’un sexe à l’autre. Pour que les signes de la constitution nutritive se fassent jour il faut attendre que l'être soit capable de travailler à la propagation de lespèce. Les caractères secondaires commencent d’éclore à : partir du temps où les primaires atteignent leur développement complet.

Chez la jeune fille, dès que l’apparition des règles a annoncé l’établissement de la fonction ovulaire les procédés d’oxydation se ralentissent. Sans doute l’aréole des seins se fonce, le poil pousse au pubis et aux aisselles et les glandes sébacées les génitoires secrètent abondam- , ment ; mais ce sont des effets de congestion locale. Et

les hanches qui s'étendent, le bassin élargi, les seins

développés, les membres arrondis par le tissu graisseux

témoignent de l'intégration dirigeante.

C’est dans le même sens que la fille se fait réservée,

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ses manières prennent plus de charme. Les sautes d’humeur, l'inconsciente mélancolie des premières phases passées, elle se prépare avec un goût très vif à sa mission de plaire et de séduire.

Chez le garçon, dès que l’aptitude génitale est prouvée par l’augmentation de volume des génitoires devenues propres à secréter le sperme, le corps commence à se couvrir de poils qui s’étendent jusqu’au visage. Le larynx s’aggrandit rapidement dans tous les sens, principalement en avant, pendant que se montre l’apophyse vocale du cartilage arythénoïde; les cordes gagnent en longueur et en épaisseur, le cartilage se fait plus dur et plus épais : la voix baisse d’un octave et devient grave. Les masses musculaires et les saillies osseuses se dessinent. Tous le corps prend peu à peu cette apparence de force et de vigueur que donne le renforcement des os et des muscles et qui signale l’éveil du courage physique. L’insouciance . du premier âge a fait place à l'inquiétude pour l’avenir, à l’avidité pour les aventures. De nouveaux éléments de personnalité interviennent : les diflérences entre individus se font vives et distinctes. La conscience plus accentuée du moi prédispose à l’indépendance. Le caractère subit une transformation ou plutôt se compose et donne son empreinte à la physionomie même. Un être nouveau vient de naître, l’individu chez qui prédominait l'instinct de con- “servation sent s’éveiller en lui un sentiment qui le rend maître de lui-même, qui proclame le besoin de son individualisation et le pousse à la transmettre pour la propa-

gation de l’espèce.

Dans les deux sexes, la croissance prend à l'époque

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pubère une allure accélérée : pendant deux ans environ, la taille s’allonge en des proportions qu'on n’observe à aucune autre phase de la vie. Qui donne à la néoformation osseuse cette énergie inusitée dans le même temps qui voit éclore la floraison sexuelle ?

IL s’en faut que le problème soit complètement résolu au moins dans ses détails, cependant il est légitime d’en chercher la clef dans le fonctionnement des glandes vas-

culo-sanguines, trophogènes : thyroïde et thymus, hypo-

physe, rate, capsules surrénales. Cest par elles que

s'exerce l’action directrice des centres trophiques. Leur extrême richesse en vaisseaux et en nerfs laisse deviner leur rôle important dans la nutrition. Le fait que certains d’entre elles cessent de s’accroître après la naissance et s’atrophient à partir de la fin de la période de croissance; que celles qui persistent alors s'altèrent et se modifient toujours avant les autres organes (car les capsules surrénales, la thyroïde, la rate elle-même sont toujours atrophiées chez le vieillard) montrent assez la partconsidérable qu’elles prennent dans l’accroissement de l'individu.

La clinique et l’expérimentation ont achevé de faire la preuve. S’il reste encore sur la nature et le mécanisme de l’action de certaines d’entre elles une obscurité que nous ne prétendons pas dissiper, on ne peut du moins mettre en doute le rôle prépondérant de la glande thyroïde dans le développement physique et même intellectuel. Nous essayerons plus loin de lui donner tout son relief; disons dès maintenant que : d’une part chez les sujets dont la fonction thyroïdienne est faible où nulle,

par suite de déchéance ou d’atrophie glanduluire, le

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développement se fait péniblement ou ne se fait pas; d'autre part, tant que les épiphyses ne sont pas soudées au corps de l'os, les arrêts ou les retards de la croissance sunt justiciables presque exclusivement de la médication thyroïdienne.

C’est ici le lieu de montrer plus spécialement les rapports intimes de la glande thyroïde avec le développement des organes génitaux, épisode capital dans le développement général. Ces rapports, soupçonnés de toute antiquité pour ainsi parler, nous les trouvons résumés dans une intéressante étude de Hertoghe (d'Anvers) (1). Comme sur l'accroissement du squelette, l'influence de l’iodothyrine sur le développement génital est expliquée par une stimulation imprimée à la vitalité générale et par la spécificité d’action résultant des relations sympathiques constatées même par l’observation populaire entre certains organes cervico-thoraciques et ceux de la génération. {

Le Cantique des Cantiques annonce ainsi aux filles de Sion qu’elles sont nubiles : « Pilus tuus germinavwtt, et ubera tua intumuerunt ». Les matrones romaines, expertes en ces choses, diagnostiquaient la fructuosité du coït chez les filles par la mensuration de la gorge, dont le contour et l’aspect, significatifs chez les anciens, le sont encore chez les Orientaux. Démocrite déjà, donnait le gonflement du cou comme un signe de conception.

Les premiers rapprochements sexuels, d’après une tradi-

1. F. Hertoghe, Bulletin de l'Académie Royale de Belgique, 1896, Id. 1897.

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