‹ Sur l'introduction d'espèces méridionales dans la faune malacologique des encirons de ParisChapitre 2 sur 4 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Voici donc toute une faunule, comprenant une cinquantaine d'espèces, appartenant normalement à la faune méridionale et qui, cependant, ont toutes été recueillies aux environs de Paris. Quelques unes ont été récoltées mortes et en petit nombre, mais la grande majorité vivent en colonies populeuses, dans les localités que nous avons signalées dans la première partie de ce travail. Ces introductions sont certainement de date récente, aucun des anciens auteurs, Geoffroy !, Poiret ?, Brard*, Pascal“, ayant traité de la Malacologie parisienne, n'en ayant fait mention. En 1870, M. Mabille* ne pouvait encore recueillir que quelques rares Helix ademata dans la Plaine Saint-Denis et, en 1878,

M. le D' Jousseaumef ne signale que les /J. vartabilis et H. Pisana.

1 Geoffroy, Trailé sommaire des coquilles tant fluvialiles que terrestres, qui se trouvent aux environs de Paris, Paris, 1767, in-12, 144 p. Ouvrage parfois accompagné de 3 pl. gravées par Duchesne.— Traduction allemande par Martini. Nüremberg, 1767, in-8.

? Poiret (J.-L.-M.), Coquilles fluvialiles et lerrestres observées dans le département de l'Aisne et aux environs de Paris, Prodrome, Paris, avril 1809, iNn-12, 119 P.

3 Brard (C. P.), Histoire des coquilles terrestres et fluviatiles qui vivent aux environs de Paris, Paris et Genève, 1815, in-12; 10 pl. color.

4 Pascal, Catalogue des Mollusques terrestres et des eaux douces du département de la Haute-Loire et des environs de Paris, Paris, 1873, gr. in-8, 81 p.

5 Mabille (J.), 1870. Histoire malacologique du bassin parisien ou histoire nalurelle des animaux Mollusques terrestres el fluviatiles qui vivent aux environs de Paris, 1°* fasc., 1 vol. gr. in-8, 2 pl. color.

5 Jousseaume (D'), Faune malacologique des environs Paris, In Bull. Soc. Zool. France, 1876 à 1881, in-8, avec pl.

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C'est, comme on le voit, une modification profonde et récente dans l'allure normale, autochtone de la faune du bassin parisien, et dont il y aura désormais lieu de tenir compte lorsqu'un nouveau catalogue en sera dressé. Toutes ces espèces sont-elles définitivement acclimatées ; cela nous parait très probable, au moins pour la plupart d’entre elles ; en effet, il en est quelques-unes, sans doute parmi les plus anciennement introduites, qui ont pu donner naissance à des colonies très populeuses, montrant bien qu’elles ont eu à subir les rigueurs de plusieurs hivers consécutifs. Ajoutons que bien certainement cette liste est loin d’être close, et qu'avec le temps de nouvelles observations permettront de l'accroître encore !.

Examinons maintenant dans quelles conditions cet élément nouveau de la faune parisienne se présente, et quelles conclusions on est en droit d’en tirer.

Nous observerons que notre faunule introduite peut être groupée en plusieurs sections dont chacune correspond à une station constituant un milieu géographique différent. Nous étudierons d’abord, avec quelques détails, chacune des stations principales.

1° Borps DE LA MARNE (RIVE DROITE), ENTRE LE CONFLUENT ET JoiNvizze-1Ee-Poxr.— Cette station offre des particularités topographiques très spéciales. Le cours de la Marne, encom-

1 C’est ainsi qu'il faut probablement ajouter à cette liste le Zua Locardi, Pollonera (Pollon., 1885. Moll. Piem., p. 21) que nous ne connaissons que dans le Sud-Est de la France et en Italie, et que M. le marquis de Monterosato nous a adressé tout récemment, comme ayant été trouvé dans le bois de Boulogne.

bré de nombreuses îles boisées offre, sur la rive droite, des berges garnies d’une végétation luxuriante. A une vingtaine de mètres de la rivière court un talus élevé, séparant la Marne du canal latéral, et contre lequel pousse, sur le rebord sud, une riche végétation composée de nombreuses graminées : (Poa, Festuca, etc...) entremélées de touffes de Rubus, Potentilla, Galium, Rumex, Urtica, etc., etc .. C’est au milieu de ces plantes que vivent nos Mollusques introduits, d’ailleurs fort nombreux en espèces : elix Pisana, H. Pisanella, H. Cuttati, H. Mendranoi, H. Avenionensis, H. nemausensis, IH. Xalonica, H. Canovasiana, H. lineala, H. Mendranopsis, H. limbifera, H. acomptiella, H. leviculina, etc.

Les Variabiliana restent assez nettement cantonnés contre la levée faisant face à la Marne, mais les espèces du groupe Pisana ont rayonné et envahi les berges de la rivière où elles vivent au milieu des taillis les plus épais, en compagnie des 1. nemoralis, H. arbustorum et de nombreux Succinea. Toutes ces espèces conservent un galbe très constant et voisin de celui qu'elles affectent dans le Midi. Ce fait lient, sans aucun doute, aux conditions exceptionnelles de la station : le talus, bien exposé au midi, couvert d’une riche végétation et entretenu frais par le voisinage immédiat de la Marne est un milieu évidemment favorable au développement de nos Mollusques qui trouvent là un modus vivendi beaucoup plus avantageux pour eux que celui des talus arides, brûlés par le chaud soleil de Provence. Cette station nous rappelle de tous points celle déjà signalée par l'un de nous aux environs de Lyon, sur les bords du Rhône, entre le Parc de la Tête-d’Or et le fort de la Vitriolerie, station où abondent les Variabiliana qui, déjà introduits en

1 Locard (A.), 1882. Contrib., IV, p. 11.

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1840, ont pris tout à coup, entre 1880 et 1882, un remarquable développement.

Le mode d'introduction des Hélix de Charenton nous est parfaitement connu, au moins pour quelques-unes des espèces que l’on y rencontre; nous en avons fait l’histoire en traitant, dans la première partie de ce mémoire, l’'H. Pisana ; remarquons simplement que, très probablement, avec les 1. Pisana rapportés du Midi et jetés pêlemêle contre le talus de la Marne, se trouvaient quelques échantillons de formes affines qui ont fait souche et essaimé ensuite sur les talus, parallèlement aux Pisana.

29 CHoisy-Le-Roï, ROUTE DE CRÉTEIL, PRÈS LE PASSAGE A NIVEAU DU CHEMIN DE FER P.-L.-M. — La route qui, partant du pont de Choisy-le-Roi, conduit au chemin de fer du P.-L.-M., est bordée de talus assez élevés, dont l’un, exactement exposé au midi, sert d'asile à de très populeuses colonies de Variabiliana. Leur distribution est des plus intéressantes. Extrêmement abondants sur le talus sud, avant, mais surtout après le passage à niveau, ils deviennent de plus en plus rares si l’on s'éloigne de ce point précis : à quelques centaines de mètres, ils ont entièrement disparu!. La végétation de cette localité, assez luxuriante, offre surtout, outre de nombreuses graminées, des Arfemisia et des Carduus, plantes sur lesquelles nos Æelix se cantonnent de préférence. Nous avons pu voir un espace de plusieurs mètres carrés où poussaient exclusivement des chardons et littéralement envahis par les Variabiliana, à tel point que le sol disparaissait sous une couche blanche formée par les coquil-

1 En réalité, on trouve de loin en loin, en revenant vers Choisy-le-Roi. quelques rares Helir, mais il est impossible d'en recueillir un seul individu sur la route de Maisons-Alfort, située à moins de 100 mètres du passage à niveau, mais exposée au Nord.

les. À mesure que la saison s’avance, les Helix qui, l'été, habitent les flancs du talus et le rebord sud de la route, descendent etse cantonnent au pied du talus, mieux abrité des vents.

Les espèces sont assez nombreuses ; parmi les plus répandues, nous citerons : Helix ademata, H. Cyzicensis. [. Mendranopsis, H. fœdatina, H. fera, H. Guideloni, H. Avenionensis, H. Nemausensis, H. limarella, H. acompliella, H. ericetorum, etc.

Une particularité très remarquable chez des espèces introduites, et qui tient à la situation très favorable de la station, est la présence de var. major chez certaines formes comme H. Cyzicensis, H. Mendranopsis, H. limarella. Cette dernière espèce surtout, nous a fourni une forme major plus grande que toutes celles que nous connaissons du Midi.

Le mode d'introduction de cette colonie ne saurait être, pour nous, douteux; son area l'indique suffisamment ; il faut l’attribuer au chemin de fer : les nombreuses marchandises qui arrivent du Midi par le P.-L.-M., expliquent suffisamment leur présence et le voisinage de l'important dépôt de Villeneuve-Triage ne fait que fortifier notre opinion.

3° SQUARE ALBONI À Paris (Passy). — Ce square, de plantation récente, est établi sur un terrain fortement en pente dominant la rive droite de la Seine. Relativement accidenté, bordé de hautes constructions, élevées au moment de l'Exposition de 1900, qui le mettent à l'abri des vents, ce square sert d'asile à des colonies très populeuses de Variabiliana, qui, parfois, ont complètement envahi les arbustes et les hautes Composées. On peut y observer la grande préférence de ces Mollusques pour ces hautes Composées et surtout pour les Fœniculum, préférence que l’un de nous a déjà signalée à propos des espèces de l'Anjou.

1 Germain (L.), 1903, Et. Moll. Maine-et-Loire, p. 19 et p. 129.

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Les Variabiliana du square Alboni, en général de grande taille et bien typiques, sont nombreux en espèces et vivent en compagnie de riches colonies de grandes striées. Nous citerons notamment :

Helix Cyzicensis, H. fera, I. Nemausensis, H. Avenionensis, H. Mendranopsis, H. Guideloni, IH. Xalonica, H. Canovasiana, H. acomptiella, H. lineata, H. Grannonensis, Ü. pilula, H. papalis, H. scicyca, II. alluvio- TUTTNELC. re.

Le mode d'introduction de ces espèces nous est également connu : nous verrons plus loin que les talus des fortifications nourrissent de nombreux Variabiliana, et nous dirons comment, selon nous, ils ont dû être introduits. Or, de l'autre côté de la Seine, en face le square Alboni, la gare de marchandises de Grenelle-Ceinture a amené de nombreuses Xérophiliennes qui ont rayonné jusque sur les quais herbeux de Javel. La construction du chemin de fer de l'Ouest (gare Saint-Lazare aux Invalides) a établi la jonction entre les deux rives du fleuve et nos espèces, suivant le chemin de fer, se sont peu à peu répandues, d’abord dans l'ile des Cygnes, ensuite dans le square Alboni. Ajoutons que les travaux, entrepris pour la ligne métropolitaine n° 3, ont déjà notablement modifié l'aspect de cette station : la partie centrale du square, qui servait d'asile à de nombreuses colonies a été éventrée, et nos coquilles ont dû se réfugier vers le mur d'enceinte de la rue des Eaux.

4. SENNEVIÈRES, PRÈS NANTEUIL-LE-HAUDOUIN (Oise). — Nous ne reviendrons pas sur cette station que l’un de nous a étudiée avec tous les détails que comporte un tel sujet'. Bornons-nous à rappeler ici que, dans cette localité où la

1 Locard (A.), 1895. Notices conchyl., XXXV, Nouv. stat, esp. méridion., ete, in L'Echange, XI, p. 121-122.

faune malacologique est si pauvre, une riche colonie de Variabiliana s'était cantonnée exclusivement sur le talus sud d’un fossé bordant à droite la route conduisant de Sennevières à Chevreville. Les espèces, assez peu nombreuses mais bien typiques, sont : Helix variabilis (A. R.), H. Cyzicensis (C.), H. lineata (C.), H. Mendranopsis (C. C.) et A. acompliella (A. C.) qui vivaient en compagnie d’une colonie médiocrement populeuse d’/. ericetorum de petite taille. Quant au mode d'introduction de ces espèces, il est des plus curieux : il faut l’attribuer à des nomades qui, ayant stationné avec leur roulotte dans cet endroit désert et éloigné de tout centre de population, ont laissé là quelques jeunes Mollusques qui ont fait souche et semblent s'être acclimatés définitivement dans le pays.

5. CARRIÈRES D'ARCUEIL. — Si quittant, à Arcueil, l'avenue de la Liberté, on se dirige vers les carrières, on pénètre bientôt dans un chemin bordé de talus qui, d’abord élevés et escarpés, ne tardent pas à s’abaisser presque au niveau de la route. C’est contre ces talus, et surtout contre l’un d'eux parfaitement exposé au Midi, que vivent, au milieu d'une belle végétation composé de Graminés, de Chardons, de Centaurées, de Rubus, etc., de populeuses colonies de Vartabiliana qui se sont aussi un peu dispersées sur la lisière des champs qui dominent le chemin. Les espèces y atteignent une taille voisine de celle qu'elles ont normalement dans le Midi, leur galbe ne subit que des modifications légères et leur test, un peu brillant, est assez richement décoré. Nous y avons récolté quelques espèces fort intéressantes, comme par exemple : l'A. Trapanica, forme rare du littoral méditerranéen; l’Æ]. melantozona, gardant son galbe élevé, etc. On recueille encore, en plus ou moins grande abondance : Helix leviculina, H. Nemau-

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sensis, 1. Avenionensis, H. Grannonensis, H. fera, H. terraria, H. limbifera, H. subtassyana, H. mendranopsis, H. Cyzicensis, I. Xalonica, H. alluvionum, H. Salentina, H. acomptiella, H. lineala, I. fœdata, etc.

Cette colonie est en pleine prospérité et son introduction ne doit pas remonter à plus de huit ou dix ans, au dire des agriculteurs des environs que nous avons pu interroger. Sans aucun doute, ces Variabiliana ont été apportés avec les détritus des Halles employés pour fumer les cultures. Ils se sont alors dirigés vers les talus de la route, beaucoup mieux abrités que les champs environnants. Certaines années, d’après les cultivateurs, les coquilles sont beaucoup plus abondantes et atteignent la taille du pouce. Nous avons pu d’ailleurs observer que les formes élevées ou de grande taille {/elix fœdata, H. melantozona, H. Salentina, H. acomptiella, etc.) se localisent sur les talus de la partie la plus encaissée de la route ; un peu plus loin, les champs étant presque au niveau du chemin, on ne rencontre plus guère que les petites espèces si répandues dans toute la banlieue parisienne (Helix fera, H. Grannonensis, I. Nemausensis, elc.).

G. TALUS DES FORTIFICATIONS DE PARIS ET RÉGIONS AVOISI- NANTES. — Tout autour de Paris on peut observer, en plus ou moins grande abondance, suivant les localités étudiées, de riches colonies de Variabiliana vivant sur les talus herbeux des fortifications. En comparant les échantillons recueillis avec ceux des localités que nous venons d'étudier, on observe en général d'assez grandes différences : les coquilles des fortifications étant plus petites, moins chaudement colorées, ce qui tient évidemment à l’aridité plus grande de la station. Ici, sauf de rares exceptions, pas de taillis ni d’arbustes, mais un simple gazon, exposé en

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plein soleil, parsemé de rares Chardons et de nombreux pieds de Centaurea calcitrapa, L., que nos /elix envahissent avec avidité. Les espèces sont fort nombreuses, et si quelques-unes se localisent volontiers (comme par exemple l'A. Kalona près de la gare d'Orléans), la plupart sont partout très répandues. Nous citerons notamment :

Helix ambielina, H. mucinica, H. limarella, H. suberis, H. Mendranoi, H. Cyzicensis, H. fera, H. Guideloni, H. Avenionensis, H. Nemausensis, I, Xalonica, H. acomptiella, H. Canovasiana, H. Jusiana, H. Mendranopsis, H. Grannonensis, H. pilula, H. papalis, H. lineata, H. limbifera, H. Germaint, etc., etc.

En dehors des fortifications, la grande majorité de ces espèces se retrouvent dans toutes les communes de la banlieue parisienne : elles abondent à Ivry, Gentilly, Bicêtre, Arcueil, Montrouge, Malakoff où elles ont rayonné jusqu’au delà du plateau de Châtillon! !., à Issy-les-Moulineaux, Boulogne, etc. Elles sont moins répandues dans la banlieue nord et du côté de la plaine Saint-Denis, mais on les retrouve abondantes à Nogent, au Perreux, à Joinville, à Charenton, et même à Vincennes où elles sont beaucoup plus rares et n'existent pas dans le bois.

Dans toutes ces localités, les Variabiliana recherchent les talus abrités et exposés au Midi; sur telle route où ils abondent sur le talus sud, il sera impossible d'en trouver un seul échantillon sur le talus nord. Ce fait est des plus caractéristiques, et nous avons eu maintes fois l’occasion de le constater. Mais en outre, il arrive que, presque toujours, ces colonies nouvelles, même lorsqu'elles deviennent populeuses, sont très localisées, soit parce que leurs éléments constitutifs n’ont pas encore eu

! Le plateau de Châtillon a surtout donné asile à l'A. fera,

le temps de se disperser, soit parce qu'elles éprouvent quelques difficultés à retrouver plus loin un milieu aussi propice à leur développement.

ET

Les causes très multiples qui président à de telles migrations peuvent se grouper sous deux chefs principaux : causes naturelles, causes accidentelles.

Les Mollusques se déplacent parfois lentement, suivant de préférence les lignes isothermes, et gagnant de proche en proche, se fixent plus ou moins loin de leur habitat normal, ainsi que nous aurons occasion de le voir plus loin. Si de telles migrations peuvent expliquer la présence d'espèces méridionales sur certains points, on ne saurait s'en contenter pour la banlieue parisienne. C’est encore à ces mêmes causes que l’on peut attribuer l'extension lente et progressive d’un grand nombre de formes malacologiques normalement méridionales et qui pourtant, sous l'influence bienfaisante du gulf-stream, ont pu remonter tout le littoral océanique et même les bords de la Manche, jusque dans le Pas-de-Calais, franchissant des cours d'eaux comme la Gironde, la Loire, la Seine. Il est du reste à remarquer que plus on s’éloigne du centre d'origine, plus le nombre des espèces ainsi dispersées devient restreint, tout en donnant lieu parfois à des colonies très populeuses, lorsque la nature des milieux vient à favoriser les conditions de développement de ces espèces.

Les causes accidentelles sont fort nombreuses : en dehors des déplacements volontaires ou tentatives d’acclimatation faites par les naturalistes eux-mêmes, et dont il nous serait

facile de citer de nombreux exemples !, il faut surtout tenir compte des apports faits, soit avec les fourrages, soit avec les légumes importés en si grande quantité du Midi depuis quelques années, soit avec tout autre véhicule.

C’est ainsi que l’J. Pisana, qui a si bien prospéré à Charenton, doit son acclimatement, ici involontaire il est vrai, à la main de l’homme. Mais la grande, l'immense majorité des Vartabiliana introduits aux environs de Paris, l'ont été avec les marchandises transportées par chemin de fer. Depuis quelques années surtout, les légumes du Midi de la France, de l'Algérie, de l'Espagne sont expédiés aux halles de la capitale en quantités considérables : ces légumes, les feuilles de salade notamment, donnent facilement asile à de nombreuses coquilles jeunes, peut-être même à des œufs qui, rejetés avec les débris maculés et invendables, ont rapidement prospéré et donné naissance à de nombreuses colonies?. Il importe d’ailleurs de remarquer que ces introductions ne viennent pas uniquement du Midi, mais encore avec les nombreux légumes exportés de l'Ouest de la France, de la Normandie, de la Bretagne ou de l'Anjou. Les coquilles ainsi transportées, ayant déja subi un premier acclimate-

1 Nous rapporterons ici un curieux fait d’acclimatation de Mollusques du fait volontaire de la main de l'homme. En 1883, M. Roy, cultivateur au Moulin-à-Vent près Lyon, très épris de toutes choses touchant à l'histoire naturelle, avait lâché dans son jardin un petit lot d'Jelix Lucorum (Linné, 1708. Syst. nal., éd. X, p. 773); cette espèce vit comme on le sait, dans l'Italie septentrionale et centrale, dans le Piémont, la Lombardie, la Toscane et jusqu’en Vénétie, jouant dans ces pays le rôle de notre 11. pomatia. Maloré la différence de latitude, ces 1Z. Lucorum se sont développés en telle abondance, qu'à diverses reprises M. Roy a dû leur faire la chasse. Malgré les rigueurs de plusieurs hivers survenus depuis vingt ans, la colonie continue à être des plus prospères., Une telle observation peut avoir son importance au point de vue de l'élevage et de la domestication des escargots.

2 C'est ainsi qu'ont été introduits les A, Pisana des environs de Lyon. Locard (A.), 1881. Variat, Malacol. Bassin Rhône, t, II, p. 130,

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