SOCIÉTÉ DOTANIQUE DE FRANCE
Si l’on compare le tissu d’une feuille atteinte de la cloque avec celui d’une feuille saine de Pêcher, on voit que toutes les cellules de la feuille malade ont été le siège d’une multiplication considérable. Dans le parenchyme vert qui est composé de cellules allongées perpendiculairement à la surface, on voit d’abord apparaître des cloisons transversales ; puis la multiplication des cellules se continue par la formation de cloisons à peu près dans tous les sens, et il se produit ainsi un tissu charnu homogène, composé de cellules pressées les unes contre les autres et dans lesquelles il n’y a point de chlorophylle. Pendant ce temps, les cellules de l’épiderme se multiplient aussi, par suite delà formation de cloisons perpendiculaires à la surface ; et ainsi, dans tous les points particulièrement atteints par la cloque, la feuille croît notablement en surface. De là les boursouflements, les saillies en forme de cloque qui caractérisent cette maladie. Quand la cloque prend un développement considérable, on constate que l’altération du tissu ne porte pas seulement sur les feuilles, mais aussi sur l’extrémité jeune des rameaux qui, sur une partie de leur étendue, deviennent épais et charnus. Dans ce cas, c’est le parenchyme vert de l’écorce qui est le siège de la multiplication des cellules : les parties profondes, tout en prenant plus de développement qu’à l’ordinaire, contiennent encore de la matière verte, mais les couches les plus rapprochées de l’extérieur en sont dépourvues; elles se sont multipliées, connue le parenchyme de la feuille, par la formation de nombreuses cloisons qui se sont produites à leur intérieur dans tous les sens. On voit que l’altération duc à la cloque est profonde et qu’elle peut s’étendre assez loin de la surface où se montre le petit Champignon parasite que M. Tulasnc a nommé Taphrina déformons.
Si l’on enlève un petit lambeau de l’épiderme d'une feuille manifestement atteinte de la cloque, on voit à sa surface une très-grande quantité de cellules souvent pressées les unes contre les autres. Elles sont à peu près globuleuses ou un peu anguleuses quand les faces par où plusieurs d’entre elles se touchent sont planes. Ces cellules ne sont pas disposées en files régulières, mais forment au-dessus de l’épiderme une sorte de membrane lacuneuse. Si l’on fait des coupes transversales de l’épiderme, on peut arriver à reconnaître que ces cellules globuleuses se développent entre l’épiderme et la cuticule, comme l’a déjà indiqué M. Tulasne. Si le Champignon était ainsi réduit à ces simples cellules juxtaposées se maintenant entre la cuticule et l’épiderme sans prolongements qui pénètrent dans l’intérieur du tissu sous-jacent, il serait bien difficile de comprendre comment il pourrait vivre et exercer au loin une action si considérable sur la constitution des tissus de la plante qui le porte. Mais il n’en est pas ainsi, en réalité ; le petit végétal possède un mycélium très-ramifié qui se glisse dans l’intervalle des cellules et pénètre tout le parenchyme en s’étendant le long des parois des cellules, mais sans les perforer.
Les cellules qui composent ce mycélium sont généralement très-allongées, mais elles sont souvent dissemblables de forme, irrégulières et anguleuses ;