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on voit se détacher, rares et disséminés, quelques bacilles bien colorés beaucoup plus petits que les précédents, qu’au premier abord nous avons cru être des bacilles de Lôffler. Cependant, à un examen plus approfondi, leur forme en sablier, leur épaisseur, leur rareté sur un milieu extrêmement favorable à la pullulation de ce dernier, ont dû nous faire écarter cette hypothèse. On constate également quelques très rares streptocoques.
Ces derniers éléments, spectrocoques et bacilles, restant colorés par le Gram sont si peu nombreux que, sur un tube de gélatine ensemencé le 7 décembre et enroulé par le procédé d'Esmarch pour la séparation des divers agents microbiens contenus dans un milieu, nous n'avons pu le 24 décembre, c’est-à-dire au bout de dix-sept jours, nous n’avons pu trouver qu’une seule espèce de colonies, à aspect tellement particulier, semblables à des gouttes de cire très saillantes, luisantes, épaisses, blanchâtres, transpa-. rentes, etc., qu’il et été impossible de les confondre, à l’examen microscopique, avec des colonies d’une autre espèce microbienne. Toutes d’ailleurs étaient formées par de gros bacilles absolument identiques à ceux trouvés dans les préparations faites avec les cultures sur sérum.
Nous ferons observer dès maintenant que le fait de donner en seize à dix-huit heures sur sérum gélifié à la température optima de 38 degrés, des colonies nettement apparentes, ne peut être regardé comme absolument caractéristique du bacille de Loffler, celui que nous avons trouvé formant dans le même laps de temps des colonies beaucoup plus grandes et plus apparentes que celles dues à l’agent de la diphtérie.
10 décembre. — M, Courmont me conseille alors les cautérisations avec une solution de sublimé dans la glycérine dans les proportions de 1/50. C'est M. Dreyfus, interne des hôpitaux, qui veut bien exécuter ce nouveau traitement. Suivi pendant plusieurs jours, il ne semble avoir aucune efficacité contre l’état des fausses membranes. Gelles-ei sont toujours moins abondantes le soir, mais reparaissent le matin en grande quantité et toujours avec les mêmes caractères. <
13 décembre 1894. — Deux nouveaux tubes de sérum sont
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ensemencés l’un avec des fausses membranes prises sur l’amygdale droite, l’autre avec des fausses membranes prises sur l’amygdale gauche, l’exsudat ayant un aspect un peu différent sur les deux amygdales et sont ensuites placés à l’étuve à 38 degrés.
14 décembre, — Les deux tubes sont examinés au bout de dixhuit heures. Sur tous deux, culture d’aspect absolument identique à celui de la culture précédente examinée le 7 décembre; grosses colonies, saillantes, blanchâtres, épaisses, grasses, luisantes, sans aucune colonie rappelant l’aspect du bacille de Lôffler.
Les préparations faites avec des échantillons des deux tubes sont exactement semblables :
Par la coloration simple au violet de gentiane, gros bacilles, en général courts, quelques-uns même très courts, presque cocciformes, quelques uns assez longs, trois ou quatre fois la largeur.
Par la méthode de Gram : quelques rares éléments restés colorés, rares bacilles, diplo ou streptocoques, sur un fond très- pâle formé par les silhouettes des gros bacilles déjà décrits.
15 décembre, — Une injection de sérum de Behring de 20 centimètres cubes est faite dans la fosse iliaque gauche ; elle n’occasionne sur-le-champ qu’une légère douleur qui persiste pendant deux ou trois jours, mais sans aucun autre incident,
L'amélioration ne se faisant pas sentir les jours suivants, d'autre part les cautérisations au sublimé continuant à avoir une action nulle, M. le D' Rabot me conseïlle de me borner à des gargarismes au chlorate de potasse dans du sirop de mûres.
18 décembre. — A partir de ce jour, l’état général est bon, l’anorexie a disparu complètement, le sommeil est revenu. Du côté du pharynx, l'amélioration reste peu sensible, aucun changement n’est apparent dans les caractères des fausses membranes ; toutefois le volume des amygdales a considérablement diminué; l’engorgement ganglionnaire a presque complètement disparu à gau che ; il est plus léger à droite. Une nouvelle culture sur sérum faite par M. Dreyfus ne donne pas de bacille de Lôffer.
19 décembre. — Un urticaire généralisé survient dans la soirée du 19; il s'accompagne de démangeaisons très pénibles, mais disparaît dans les vingt-quatre heures,
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Le même jour je quitte l'hôpital : les amygdales vont mieux et les fausses membranes semblent se cantonner sur les piliers ; elles paraissent n'être plus aussi épaisses depuis l'emploi du chlorate de potasse ; cependant, le traitement étant cessé à ce moment, et n'ayant duré que cinq jours, il est difficile de donner des preuves sérieuses de son inefficacité,
20-31 décembre. — Je retourne à Aix où je reprends mon service : tout traitement est abandonné pendant quelques jours : l'exsudat est persistant, mais moins marqué ; il est balayé complètement par les aliments et n’amène en se détachant aucun suintement sanguinolent. 11 laisse au- dessous de lui une muqueuse rouge, mais régulière. | :
3 janvier 1895. — M. Rabot ayant vu tour à tour échouer des médications aussi nombreuses, songe alors à la syphilis, quoique aucune manifestation antérieure ne puisse y faire songer. La médication choisie est le sirop de Gibert. Pendant quinze jours je le prends à la dose quotidienne d’une cuillerée à bouche : aucune amélioration ne se produit. Je double alors la dose et je continue ce régime pendant un mois environ. Les accidents pharyngiens ne disparaissent pas et le traitement n’a d’autre résultat que de me procurer destroubles digestifs et une gastralgie assez vive. Aucune autre manifestation syphilitique n'ayant surgi, je cesse alors tout traitement.
3 mars. — A cette date je reviens à Lyon. L'état général est satisfaisant ; mais les fausses membranes n’ont pas diminué d’étendue. - Un engorgement ganglionnaire peu marqué persiste à droite; les ‘troubles fonctionnels se bornent à une gêne légère de la déglutition.
7 mars 1895. — Revenant au laboratoire faire examiner ma gorge, on constate toujours de larges plaques blanchâtres légèrement surélevées occupant les piliers ct le tiers postérieur du voile du palais, on les voit s'étaler sur les amygdales puis passer en arrière d'elles. Les bords en sont réguliers à contours plus ou moins arrondis, elles sont épaisses et présentent un aspect lardacé.
Il y atoujours un peu de douleur et de dysphagie. Engorge
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ment ganglionnaire surtout accusé et douloureux à droite, beaucoup moins marqué à gauche.
Etat général excellent.
Deux tubes de sérum ensemencés avec les fausses membranes sont placés à l’étuve à 38 degrés.
8 mars1895.— Les tubes examinés après vingt heures présentent un grand nombre de colonies épaisses, saillantes, etc., en tout semblables à celles déjà observées dans nos précédentes cultures. Mais à côté on trouve un certain nombre d’autres colonies beaucoup plus petites, d’un blanc laiteux.
L’examen des préparations faites avec ces deux variétés de colonies montre les premières formées de gros bacilles absolument identiques à ceux trouvés dans nos précédentes cultures; les secondes sont constituées par des chaînettes d'éléments microbiens ovoïdes, bacilles courts ou cocci allongés.
Ces dernières reportées en bouillon ont donné des cultures dont l’aspect macroscopique, flocons nuageux nageant dans un liquide clair et microscopique, chaïînettes de cocci allongés restant colorés par le Gram a révélé la nature streptococcienne.
Nous n’avons cette fois-ci constaté aucun élément bacillaire resté coloré par la méthode de Gram. Tout doute était donc levé au sujet de la possibilité de la nature diphtérique de ces fausses membranes.
22 mars. — Je me présente à M. le professeur Lépine qui, au premier examen, pense à une angine syphilitique et institue un traitement mercuriel ; onguent napolitain en frictions 4 grammes par jour. M. le professenr Lépine me conseille de plus de fréquents lavages de la bouche avec une solution de chlorate de potasse à 10/300.
26 mars. — L'effet du traitement est désastreux ; une violente odontalgie et une gingivite intense se déclarent. Les productions pseudo-membraneuses envahissent non seulement les piliers et les amygdales, mais encore toute la région pharyngienne et semblent progresser vers la voûte palatine,
27 mars. — Je me présente alors de nouveau chez M. le professeur Lépine qui constate cette aggravation notable après cinq
jours seulement de traitement, Le mercure est supprimé et je borne alors la médication à des gargarismes avec :
HA DA VOIS photon SA Thtre; Chlorate de potasse. . , . . . 20 grammes.
Mai. — A partir du commencement du mois de mai, sous l’influence de ce dernier traitement, continué pendant un mois et demi je constate que l’amélioration est très sensible. De jour en jour les pseudo-membranes perdent de leur étendue; le voile du palais et la voûte palatine qui avaient été envahis les derniers recouvrent les premiers leur aspect normal. Les piliers et les amygdales se débarrassent à leur tour de l’exsudat qui les recouvrait, et vers le milieu du mois de mai, M. le professeur Lépine et M. le professeur agrégé Courmont peuvent constater qu’il ne reste, comme trace de cette longue affection, qu’une hyperémie assez marquée des muqueuses qui avaient été envahies par les fausses membranes,
28 mai. — La guérison est complète ; l’état général est parfait. M. Nicolas fait alors une nouvelle culture sur sérum à 38 degrés. En touchant les amygdales avec le fil de platine, on constate une exagération du réflexe pharyngien qui était complètement aboli au moment de l’existence des fausses membranes.
29 mai. À l'examen macroscopique, le tube ensemencé hier présante une culture épaisse, visqueuse, etc., identiques en tous points aux colonies du gros bacille trouvé dans nos précédentes cul- . tures,
Au microscope : énormes éléments bacillaires, quelques-uns extrêmement longs, d’autres très courts, presque arrondis, Pour la première fois notre attention est attirée sur l'existence à la périphérie du bacille d’une zone un peu plus colorée que le fond de la préparation et limitée par une ligne nette ressemblant à un exoplasme, Le bacille paraîtrait donc encapsulé. Nous verrons d’ailleurs qu’en nous reportant aux préparations anciennes, nous avons retrouvé cette apparence de capsule qui avait passé inaperçue, Mais c’est surtout l’examen du sang ou de la pulpe de divers organes d'animaux morts à la suite d’inoculations avec ce bacille, qui nous a montré cette capsule d’une manière non douteuse.
25 juin 1895. — Nouvel ensemencement sur sérum du produit de raclage des amygdales et de la luette qui présentent encore un peu de rougeur. Le tube est porté à l’étuve à 38 degrés.
26 juin 1895. — Sur le sérum ensemencé hier, on observe de nombreuses petites colonies punctiformes, blanchâtres, et au milieu d’elles, quelques grosses colonies de 3 à 4 millimètres de diamètre saillantes, en forme d’hémisphère, luisantes, transparentes semblables à celles trouvées jusqu'à ce jour formées par l’agglomération de gros bacilles.
Au microscope, les petites colonies se montrent formées de cocci réunis en amas ou en chaînettes. On constate également la présence d’assez nombreux éléments bacillaires, les uns grêles, plus ou moins allongés, parfois réunis en chaînettes, les autres volumineux semblables à ceux qui entrent dans la constitution des grosses colonies. Par la méthode de Gram, seuls les cocci réstent colorés,
Les grosses colonies sont formées presque exclusivement par de très gros bacilles tels que nous les avons déjà décrits, quelquesuns très longs. Au milieu d’eux, on trouve des bacilles de dimensions moindres analogues à ceux décrits dans les petites colonies et quelques cocci. Là encore, seuls les cocci restent colorés.
Depuis cette époque tous les accidents ont complètement disparu.