CHAPITRE IL
LES ENSEMBLES DÉNOMBRABLES.
13. La remarque de Briot el Bouquet conduit^ comme je l'ai déjà fait observer, au théorème suivant :
Soit f{z) une fonction de variable complexe, définie dans un domaine D et monogène pour tout point intérieur à D, sauf peut-être pour un point Ç, intérieur à D. 5* la fonction f{z) est continue au point s elle est aussi mono^ gêne en ce point,
La théorie des ensembles permet de donner tout de suite Texlension la plus complète à ce premier résultat. On a ainsi la proposition générale suivante :
Soit f{z) une fonction de variable complexe y définie dans un domaine D. On suppose que cette fonction est monogène pour tout point intérieur à D, sauf peut-être pour certains points Ç formant dans l'intérieur de D //// ensemble réductible. Si la fonction f(z) est continue pour tout point ^ elle est aussi monogène en ces points.
Je n'entrerai pas dans les détails du raisonnement qui permet de passer du cas d\in seul point ^ au cas où les points ^ forment un ensemble réductible. Ce rai-^ sonncment est, en quelque sorte, indépendant de la nature particulière du théorème qu'il s'agit d'établir et il a été exposé pbis d'une fois et très complètement à l'occasion d'autres recherches. Je citerai, par exemple, la Thèse de M. Baire : Sur les fonctions de variables réelles, où (p. 32-37) '^ notion d'ensemble réductible s'introduit dans une (piestion de nature tout à fait diflerenle. Le raisonnement est d^ailleurs absolument le même, que les points ^ soient situés sur une droite ou distribués dans le plan»
14. Je me propose d'établir un théorème qui comprendra celui qui précède comme cas particulier.
Soitf{z) une fonction de variable complexe, définie dans un domaine D ( * ). Je suppose que cette fonction est monogène pour tout point intérieur à D,
Cj Pour simplifier je suppose toujours que D est un domaine simplement connexe.
l4 D. POMPEIU.
sauf peut-être pour certains points s, formant dans D un ensemble dcnomhrable.
Je dis que si la fonclioiiy(^) est continue aux points ^ elle est aussi monogène en ces points.
On remarquera que cet énoncé est plus général que celui du. numéro précédent. En eflTel, il s^agit ici de Tensemble dénonibrable le plus général, qui peut être partout dense, tandis que Fensemble réductible étant fermé est nécessairement non dense.
15. Diaprés nos hypothèses, il y a dans Tlntérieur du domaine D deux sortes de points : d'abord les points z pour lesquels la fonction est supposée monogène; ensuite les points !^, pour lesquels on sait seulement que la fonction est continue.
Je désignerai par u tout point intérieur à D lorsqu'il n*j aura pas lieu de distinguer si ce (^nt est un point z ou un point ^.
Cela posé, prenons un point z fixe. Je lui fais correspondre le plus grand cercle G, de centre Zj et tel que Ton ait
pour tout point u intérieur au cercle G.
La lettre t désigne un nombre positif donné à Tavance.
Considérons maintenant les points !^. Je suppose que ces points ont été rangés en suile simplement infinie
Au point !^A je fais correspondre le plus grand /cercle F^, de centre ^a? le! que Ton ait
pour tout point u intérieur à F^*
De cette façon, chaque |:oint intérieur à D est le centre d*un cercle, de rayon non nul, attaché à ce point.
16. Cela étant, traçons, dans Fintérleur de D, un contour fermé quelconque C. J'appelle R la région délimitée par le contour C. Maintenant servons-nous du lenune de M. Goursat pour partager II en réglons, en nombre fini et assez petites |)0ur que chacune d'elles satisfasse à la condition (a).
Pour fixer les idées je suppose qu'on partage 11 en carrés par des parallèles aux axes des coordonnées.
17. ^intégrale de la fonclion f{z)^ prise le long du contour C,
esl égale à la somme des intégrales prises le long des conlours partiels déteniiinés par la division de la région R.
Considérons d*abord les carrés complètement intérieurs au conlour C. Un de ces carrés, Q/i, par exemple, est complètement intérieur à un des cercles G
ou r.
Supposons d^abord que Qa soit intérieur au cercle Gh de centre Zh* On a, le long du périmètre (Qa) du carré Qa,
d'où Ton conclut facilement
r Ali) du
\i sj'^ Ê,
en désignant par r^ la longueur du côté Q>^.
Si Qy^ était intérieur au cercle T/i, du centre 2^a, on pourrait écrire
C /( u) du =zf [/( ^/) ~ /(Kn)] du.
puisque le long du contour fermé (Qa) l'intégrale
est nulle.
Donc
f{Kh)fdu
f Ali) du
En définitive, si Ton fait la somme des intégrales relatives aux carrés complets, on trouve un nombre dont le module est certainement inférieur à
a étant Taire de la région R et p une limite supérieure des longueurs des côtés /•/,.
Passons maintenant aux carrés écornés par le contour C. Sait Qa un de cv9>
D, POMPEIC.
carrés. Si Qa esl inicrieiir à un cercle G on aura
f{u)du
S(4a-+-/A)aV^£,
/> élant la longueur du côté de Q^el /a la longueur de la parlie curviligne du con« tour (Qa).
Si le carré Qa élail inlérieur au cercle Fa de centre sa^ on aurait
C /{u)du = f [/{u)-/(K,)]dii
et, par conséquent,
f\,u)du
et, a fortiori^
f{n)dtt
À étant la longueur du contour C.
De sorte que la somme de toutes les intégrales relatives aux carrés écornés est inférieure, en module, à
en supposant que le nonibre p, de tout à Theure, est aussi une limite supérieure pour les côtés Ta*
Faisons maintenant la somme des intégrales relatives à tous les carrés tant écornés que complets.
On trouve que
/(ti)dii
^ (8flC 4- Xp) s/'i £ -f- (8p 4- l) B.
Puisque ^intégrale du premier membre est une constante et, dans le second membre, le nombre e est arbitraire, on conclut que cette intégrale est nulle.
18. Maintenant, si Ton se rappelle que le contour C est un contour fermé quelconque, intérieur à D et que la Tonction /(u) est continue dans D, on conclut, d'après le théorème du Chapitre précédent, que la fonction /(w) est holomor|)lie dans D.
C'est ce que l'on voulait démontrer.