DANS SA PLAINE D'ALLUVÏONS
La plaine du Sebou est limitée au Nord par les faibles hauteurs de Dar-el-Khereisi, à TEst par les derniers contreforts des massif s d'Ouezzan, au Sud
Sar la forêt de Mamora et à TOuest par une chaîne e hauteurs côtières, dunes mobiles ou fixées suivant un mode que j'ai déjà décrit dans le précédent numéro du Bulletin.
Le fleuve entre en plaine un peu avant le Mechraa-bel-Kçiri; c'est le gué, ou plutôt le passage où on le traverse en allant de Larache à Fez. Son cours se termine dans l'Atlantique par l'estuaire de Mehediya.
La plaine du Sebou.
Cette plaine est, à première vue, absolument plate (non pas horizontale). Les quelques accidents qu'elle renferme s'aperçoivent à la distance théorique de la visibilité, comme les navires en mer; ce sont, en plus du cadre de l'horizon, énuméré plus haut : la petite butte de Sidi-Liyazid, située à un kilomètre au Sud de Dar-Ouled-Daouïa, la butte des Ouled-Hammed, cimetière couronné d'une toufi*e de kseb (roseaux), et les collines de Sidî-Ali-Bou-Jenoun.
Ces deux premières buttes ont été élevées de main d'homme à une époque inconnue, pour se mettre à Tabri des inondations; elles sont cimetières, lieux de refuge et garennes à lapins. Je n'ai pas vu d'assez près les collines de Sidi-Ali-
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Bou-Jenoun, mais elles ont été visitées par Tissot. Il faut joindre à cela la porte de garde du chérif Meknaça et le splendide tombeau de Sidi Mohammed el Ahmer, le plus beau des cénotaphes ruraux que j'aie vus, enfin quelques arbres élevés et remarquables par leur rareté; le palmier de Dar-Ouled-Daouïa, Farbre géant de Tazib du qaïd Ed Gueddari, et le palmier de Tenaja, en avaL Tels sont, en somme, les seuls repères qni émergent au-dessus de la savane de verdure et guident les caravanes.
La plaine du Sebou est une plaine d'alluvions, argileuses, de couleur rouge, rarement grisâtre. Ces alluvions forment, quand elles sont mouillées, une vase fluide. Elles constituent à la fin de Tété un sol crevassé de nombreuses fentes; enfin, une motte écrasée dans la main donne une cendre impalpable sans résidu sableux. C'est une marne à peu près pure, amenée de la montagne par les eaux du fleuve. Celles-ci sont, en effet, extrêmement limoneuses (on pourrait presque dire bourbeuses). On ne voit pas une pièce d'argent dans le creux de la main pleine d'eau. C'est ce débit solide qui, déposé sur le sol aux époques des anciennes crues, a constitue peu à peu la plaine du Sebou et en fait la fertilité.
Le sol de la plaine elle-même offre un aspect légèrement variable, suivant les régions, et la végétation change, intimement liée au régime de la terre. Si nous coupons la plaine du N.-O. au S.-E. par exemple en partant de la mer, nous traversons d'abord les collines bordure de mer, sable et terre rouge (h'amra) ; végétaux caractéristiques : asphodèle et palmier nain; traversée 2 kilomètres, altitude SO à 60 mètres. On descend ensuite dans la merja Ras-ed-Dora, lagune sans profondeur, au niveau de la basse mer, encombrée de joncs et de roseaux; puis on traverse la zone que la merja couvre fréquemment en hiver,
dans la saison des pluies; terre noire; végétaux caractéristiques : petites touffes de joncs isolées. Ensuite Ton atteint la région exceptionnellement inondée, mais souvent mouillée, terre grise noirâtre, océan de chardons desséchés (en novembre). Cette région est sillonnée, non pas d^affluents, mais de lits d'écoulements d'eau, pistes rectilignes boueuses, plus basses de quel-
aues centimètres que le reste du sol, et qui font es trouées dans le champ des chardons comme le passage d'une faucheuse mécanique; enfin le vrai sol d'alluvions, gris, couvert de graminées et de feuilles de riarni ; et Ton atteint le fleuve.
Il est à remarquer que depuis la merja Ras-ed- Dora, Ton monte jusqu'au fleuve, et que les rives même en sont fréquemment surélevées (parfois d'un mètre) par un sillon de 20 à 30 mètres de large.
La raison de ce fait est assez simple : quand ^ avant la crue, les eaux coulent dans le lit du fleuve, elles sont chargées de limon au maximum, d'autant plus que le courant est rapide ; vienne le moment du débordement, aussitôt sorties du lit du fleuve, elles s'étendent en nappe calme, ne
{meuvent plus porter le limon qu'elles contiennent, e déposent presque au sortir du fleuve. A mesure que la crue s'étend dans la campagne, l'eau plus pure laisse moins d'apports sur le sol et dépose une vase de plus en plus fine. Le fleuve a uonc tracé son lit en le limitant de berges un peu plus élevées que le reste de la plaine ; c'est d ailleurs là une théorie fort connue. Les bouches du Mississipi se prolongent fort loin en mer, séparées des flots par deux digues de sable que le fleuve apporte, allonge et répare; il en est de même des faux bras du Rhône sur le littoral de la. Camargue. Mais le fait n'avait pas été, à ma connaissance, signalé dans une plaine au lieu de la. mer.
De plus, lorsque Ton étudie les falaises des deux rives du fleuve, on trouve dans toute la longueur qu'une bande de terre noire apparaît dans la coupe, tranchant nettement sur la muraille grise des a.lluvions;elle estai mètres du sol auMecnraa-' bel-Kçiri, à 2 mètres au coude Nord de Bou-Ayyad,
Schéma delà plaine du Seboù.
à 50 centimètres à Sidi-Mohammed-ben-Yo, et enfin elle vient affleurer à Sidi-Assal, à côté de l'émissaire de Ras-ed-Dora. Il y a donc là un ancien fond de marais s'étendant sous toute la
Ê laine, et qui vient affleurer à la merja Ras-ed- >ora.
A une époque relativement récente, le Sebou ne coulait donc pas là. Une immense merja, dont celle des Beni-Hassen et le Ras-ed-Dora sont les restes, s'étendait dans l'espace quej'ai déjà défini plus haut, la plaine du Sebou, et ce n'était pas
un golfe, puisque la trace qui nous en reste est précisément une bande de terre végétale.
Depuis lors, le fleuve a pris son cours dans cette région et apporte avec lui de la terre ferme. Il a coupé en deux Tancienne merja et refoule actuellement les deux morceaux Ras-ed-Dora et Merja des Beni-Hassen, qui doivent être dans une période de diminution. La coupe idéale de Titinéraire que j'ai supposé tout à l'heure est donc la suivante :
Dunes libres ou fixes
Merja — Ras ed Dora
Plaine d diluviens
, Ancien fond de merja
Ceôulemeni dès eauK et terres de crue jrefèulanfe les tntrjfk
Le fleuve.
On peut distinguer sur le fleuve le Sebou trois sections :
1** Du Mechraa-bel-Kçiri à Sidi-ben-rBrahim, un peu en aval du coude Nord ; ' 2« De Sidi-ben-rBrahim à Siili-Abd-er-Rahman;
3** De Sidi-Abd-er-Rahman à l'estuaire.
Si Ton veut les caractériser d'un mot, nous dirons que, dans la première, le .fleuve se ressent encore de ses origines montagnardes : c'est un torrent assagi. Dans la deuxième, c'est le parfait fleuve de plaine. Dans la troisième, il subit les influences de la marée. Et si l'on étudie chacune de ces sections avec soin, on trouve qu'elles ont des caractères très différents et d'une constance remarquable dans chacune.
Je rappellerai ici pour mémoire les caractéristiques bien connues de tout fleuve en plaine : élargissement du lit aux coudes, transport du chenal
toujours vers la ber^e concave, sçuîls ou moindres profondeurs au milieu des lignes droites, etc.
Première section. — A Torigine de la première section, le Sebou a 80 mètres de large dans les lignes droites et ses berges sont hautes de 12 mètres. A la fin de la section il atteint 180 mètres et ses berges n'ont plus que 7 nxètres de haut Son cours est relativement peu sinueux; on peut observer sur la carte que les courbes qu'il forme sont moins fermées que le~denli-cercle. Son courant a une vitesse moyenne de 3 à 4 kilomètres.
Les deux caractéristiques principales que nous considérons dans chaque section sont : la répartition des profondeurs et la disposition du lit de crue, soit, dans l'ensemble, le profil en travers du fleuve. La profondeur moyenne du chenal dans une ligne droite de cette section est de 3 mètres
/firê c<?nvéxê Ri\t9 concave ^ ^^ crue
'imr^'y^
Coupe du Sebou
à 3 m. 50. Il n'y a pas de seuils, les profondeurs les plus petites du chenal sont de 2 m. 50. Quant aux profondeurs les plus grandes, elles sont fré-
Suemment de 8 à 10 mètres, exceptionnellement e 42. Sa profondeur habituelle dans les coudes est 6 mètres. Le chenal se tient à 10 mètres de la berge concave et traverse sans se perdre dans les lignes droites. Enfin les rives présentent les caractères suivants : en falaise à pic du côté concava, avec le chenal à son pied ; en pente très douce,
avec un banc de vas« la prolongeant du côté convexe lensemble donne les croquis ci-joints.
Le lit de crue est donc toujours à la berge convexe qui présente une pente douce sur laquelle se fait le débordement des eaux.
Deuxième section. — La largeur moyenne du fleuve atteint bientôt \ SO mètres pour être de 200 à la fin de la section, les berges diminuent toujours de hauteur. Elles n'auront guère plus de 3 mètres aux environs de Sidi-Abd-er-Rahman.
Le cours devient très sinueux, certaine boucle de 6 kilomètres de développement étrangle un isthme de 200 mètres. Le courant diminue à 2 et 1 kilomètre, les fonds diminuent également; le maximum n'est plus fréquemment que 1 m. 80 et cette profondeur se rencontre dans toute la traversée
P/ve conca¥é ^tre toffrêxe-
Coupe du Sebou
du fleuve dans une ligne droite. Le chenal dans les coudes est moins bien marqué et sa profondeur n'est souvent que 3 mètres; entre deux courbes il cesse d'être net puisqu'on a, comme je le disais, une môme profondeur d'une rive à l'autre. Enfin les berges sont entièrement différentes ; la berge concave présente bien la falaise, mais séparée de Teau par une banquette horizontale boueuse qui a jusqu'à 30 mètres de large avec m. 40 à i mètre de hauteur. La berge convexe est en dos d'âne très bombé et couvert de végétation. Le lit de crue est donc sur la berge concave.
Troisième section, — A Sidi-Abd-er-Rahman commence la zone non pas maritime, mais soumise à rinflu'ence de la marée par suite du remous des eaux douces. L'oscillation y est de quelques centimètres. De ce fait, les caractères cnangent encore une fois complètement. La largeur atteint, puis dépasse 300 mètres. Les berges s'abaissent à 2 et 1 mètre. Le cours a un tracé plus inégal, parfois droit pendant 10 kilomètres, puis tour-
- .^ Coupe du Sebou /
nant brusquement. Le courant, nul pendant de longues heures, se dessine un peu au moment correspondant à la mer descendante. Quant aux fonds, ils deviennent très inégaux et le chenal vagué entre les bancs de sable grossier apportés
5 aria marée, sans suivre de loi régulière ; il sinue ans le lit du fleuve comme le fleuve lui-même dans la plaine. Les deux berges sont semblables, à pente assez douce, avec une petite falaise en haut.
Tout cet état du fleuve a été observé dans la saison dite sèche. Les eaux étaient certainement basses. Je les ai repérées facilement tout au long <lu cours de deux manières : par la hauteur de berge en un point donné, et par la distance à des lits de marne diversementcolorés. Il n'y a pas en efi'et de points fixes naturels qui puissent servir d'échelle de crue.
Les crues, les affluent^.
Quelles sont les crues habituelles de l'oued Sebou ? Je n'ai sur elles que peu de renseignements,
mais le régime général du fleuve est connu. On sait qu'il s'accroît dans la saison des pluies, c'està-dire en décembre, janvier et février, et que pendant le reste de Tannée, c'est la fonte des neiges de l'Atlas qui alimente son débit. C'est à cette particularité qu'il doit de n'être pas asséché en automne. En cette saison, son débit ne doit pas être loin de 100.000 mètres cubes à l'he^ire, soit 1.700 mètres cubes à la minute. Mais en hiver? Des constatations jointes aux renseignements indigènes m'ont permis d'avoir quelques indices sur ces crues. Il ne fallait pas songer, à la fin de l'automne, à trouver sur les berges des traces remontant à l'hiver précédent, mais je vais étudier maintenant les affluents du fleuve, et cela nous mènera à quelques conclusions intéressantes.
Du Mechraa-bel-Kçiri à la mer, le Sebou ne reçoit pas d'affluents à proprement parler, mais la
Embouchure.
d'un nffhfetrë"
dans le Scbeu
plaine est parcourue par quelques fossés sinueux et vaseux qui servent d'écoulement en hiver aux eaux de pluie qu'elle reçoit et qui viennent finir soit dans les merja, soit dans l'oued ; les indigènes donnent à ces émissaires le nom spécial de ghfeïra (ce mot est local et ne se trouve pas dans Parabe littéraire).
Tous ces ghfeïra viennent se terminer dans le fleuve à un niveau très supérieur aux basses eaux
et il est certain qu'au moment' où ils débitent, o'est-à-(|ire quand la plaine est inondée par la pluie, l^s eaux de l'oued atteignent au moins le niveau de leur lit, sans quoi celui-ci se serait raviné plus bas. Exemple : un de ces ghfeïra vient aboutir en aval et près de Sidi-JVfohammed-ben-Yo (rive droite) à un niveau de 1 m. 50 au-dessous de la plaine. C'est donc que les eaux du fleuve Tatteignent au moins en hiver.
D'autre part, les douars, de la région ne sont nullement défendus contre l'inondation et n'ont aucun refuge ; et les indigènes affirment catégoriquement que Toued ne déborde plus.
Plus en aval, à Sidi-Mohamed-ben-Ayyach, ils m'ont dit que la dernière inondation remontait approximativement à six ans (soit en 1900), mais comme nous sommes là dans la région maritime, elle pouvait être due à la coïncidence d'une crue et d'un raz de marée provoqué par le vent d'Ouest (il y aurait eu des noyés, c'est 4onc assez exceptionnel). Il semble donc que, dans la période actuelle, le fleuve ne déborde plus fréquemment. Je serais heureux d'ailleurs d'avoir des renseignements précis, même et surtout contradictoires, à ce sujet. J'admets néanmoins pour le moment que Toued suffit à écouler sans débordement les eaux qu'il reçoit.
Mais il y a, un autre élément d'inondation de la plaine à envisager. Ce sont les deux merja rive droite et rive gauche. Comme je l'ai démontré plus haut, ce sont les deux gouttières d'un toit dont le fleuve occupe la ligne de faîte. Les eaux tombées dans la plaine, en abondance (50, à 60 centimètres par hiver), vont en grande majorité dans les merja, mais celles-ci n'ont aucune réservé de capacité, et le moindre accroissement de volume les force à s'étendre à perte de vue dans la plaine, vers le fleuve; c'est d'elles que proviennent les inondations périodique» qui
n'atteignent pas* les rives de Foued. Celie$-ci restent ainsi le refuse des populations. Voyons, par exemple, la mena Ras-ed-Dora frive droite). Elle reçoit par l'oued Segmet (ou Maa) non seulement les eaux de la plaine, mais tout le bassin versant des montagnes d'Ouezzan. L^oued Segmet a au gué d'Ouiajna 40 mètres de large et 4 mètres de creux. Or le ghfeïra, qui déverse lamerja dans le Sebou à Sidi-Assal, n'a que 2 mètres de large et 1 mètre de creux ! On voit donc que la mena sert d'accumulateur de toutes les eaux qu'elle reçoit, se dilate en conséquence dans la plaine et ne les reverse que lentement par son émissaire à l'oued Sebou.
Il en est de même sur la rive gauche. L'oued Bhet, que tous les voyageurs ont vu au Mechraaer-Remla dans la région de Lalla-Ito, porte à cet endroit les eaux du massif des Zemmour vers la merja des Beni-Hassen. Il ressort de la merja ensuite sous le nom de Bheïta et vient se jeter dans le Sebou à Tenaja, confluent que je faillis ne pas avoir le plaisir de voir par suite de l'im-
f>rudence d'un tireur indigène (on ne devrait pas aisser de fusils dans les mains de gens aussi maladroits) .
Théorie du régime du fleuve.
Il reste, pour terminer cette étude, à expliquer le régime du fleuve et les caractéristiques de ses différentes sections.
D'abord la diminution des profondeurs vers l'aval. Le graphique ci-joint le fait comprendre : par les nombreux ghfeïra qu'il reçoit,roued débite évidemment en hiver une partie des eaux de la plaine; en chaque point passe donc un débit de plus en plus considérable si l'on se place vers l'aval et on peut les représenter par une courbe quelconque croissante vers l'embouchure. Le lit du
fleuve se conforme naturellement aux crues habituelles et s'élargit aux embouchures, d'où la courbe largeur du lit. Mais en été le débit du fleuve vient uniquement de la montagne; il est constant d'un bout à l'autre dans la plaine. Il
Cmbouehure
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Profondeur d'été
. $^hémâ du dçbjt du Sebou
s'ensuit que sa valeur relative au lit est de plus en plus faible, d'où la diminution des profondeurs.
Quant au profil, en travers du fleuve, il s'explique également bien. Dans la section amont, le courant, plus violent à cause du voisinage de la montagne^ creuse davantage la plaine et dans les coudes il attaque la berge concave sur toute la hauteur. La crue ne peut s'étendre sur le côté concave, car les éboulements de la berge ont lieu jusqu'au fond. En aval, au contraire, le courant de crue, moins violent, se localise, n'attaque que le haut de la berge et laisse subsister au niveau inférieur cette grande banquette sur laquelle il s'étend.
Pour terminer,je parlerai d'un élément nouveau
3ui, je crois, pourrait être d'un examen intéressant ans l'étude des fleuves de plaine.
On a donné des règles, assez vagues d'ailleurs,
sur leurs courbes : elles augmentent de rayon vers l'embouchure, etc. On a remarqué à ce sujet des coïncidences entre certains fleuves, on a constaté une moyenne hors de laquelle ils ne s'écartent pas, etc.. Or, il y a un moyen de rassembler dans une seule donnée ces éléments, c'est parla considération de largeur totale : j'appellerai ainsi la largeur obtenue en menant des tangentes communes à toutes les berges concaves et en considérant ces tangentes comme bornant vraiment le lit di; fleuve. Rien n'est moins stable en effet que les anneaux par lesquels se déroule le fleuve en
f daine; telle presqu'île devient demain une île; le it qui la contournait devient un bras mort, etc.; mais la largeur totale est un élément presque invariable qui tient compte des différentes courtes des boucles, tout enles réduisant à une moyenne. Dans le Sebou, par exemple, la largeur totale pour de grandes périodes est constante dans chaque section ; elle est de 1.200 à 1.500 mètres pour la première section, de 3 km. 100 pour la seconde; dans la troisième, elle est de 2 km. 5 à l'amont et 4 kilomètres en aval.
Il y a dans chaque section d'un fleuve en plaine un rapport direct entre le régime des eaux, la pente, la nature du terrain traversé et la largeur totale (celle-ci déterminée par les autres éléments). Je compte traiter prochainement ce sujet peu marocain dans une revue spéciale; mais je tenais à le signaler ici, car c'est à l'étude du Sebou que j'en dois l'idée.
Enfin, voici quelques remarques sur certains aspects de la plaine du Sebou au voisinage de la côte.
Partant du douar du chérif Meknaça, situé à 3 km. 750 et 86** Ouest du tombeau de Sidi Mohammed el Ahmer, un peu à FEst de l'extrémité Nord de la merja Raz-ed-Dora, on rencontre, en se dirigeant vers la source Aïn-Felfel, une plaine légère-
ment mamelonnée (petites hauteurs de S à 15 mètres, terre rougeâtre, sous-sol calcaire). Cette réffion est semée de dépressions parfaitement circulaires bien caractérisées par leur niveau, un peu inférieur à la plaine, et 1 humus noir qui les remplit. Leur diamètre varie de 50 à 500 mètres. Elles présentent tous les caractères d'effondrements katavothriques anciens qui auraient été comblés ensuite par les apports des eaux.
Un autre de ces cirques, le plus net peut-être, se trouve au bord de la merja, à 5 km. 250 du tombeau et 73*^ Ouest.
On pourrait penser que ce sont de simples fonds de marais, occupant des dépressions où se serait étendue autrefois la merja, mais leur forme circulaire très caractérisée, la petite différence de niveau (40 centimètres) presque verticale qui les sépare delà plaine, me portent à. repousser cette hypothèse.
Une autre région beaucoup plus au Sud, que Ton rencontre en allant du tombeau de Sidi Mohammed el Mlih vers le minaret de Mançour el Baraoui, présente des caractères un peu analogues : ici, les cirques sont très petits, 2 mètres de diamètre environ, presque jointifs, séparés seulement par des sillons de 50 à 60 centimètres de large. Sa différence de niveau atteint parfois 50 centimètres et la marche, à pied ou à cheval, y est extrêmement pénible. J'ai parcouru au moins o kilomètres dans ce terrain^ en suivant la direction donnée plus haut; on croirait que quelque géant a voulu découper dans la superficie du sol d'immenses pains à cacheter en en perdant le moins possible.
Je n'ai pas trouvé de cause à ce dispositif curieux; les effonarements mêmes, en l'état actuel des connaissances que l'on en a, ne semblent pas pouvoir le justifier. J'ai donné les indications suffisantes pour que d'autres puissent les retrouver.