‹ Sur la déligation populaire et sur la cautérisation avec le marteauChapitre 4 sur 6 · OBLIGATION POPULAIRE · texte numérisé non relu

OBLIGATION POPULAIRE

Quand on réfléchit à l’affreuse condition des blessés après une affaire générale , lors d’une retraite précipitée, d’une déroute, d’un encombrement et des désordres inséparables qui s’en suivent; dans des contrées plus ou moins ravagées , et où l’on est privé d’établissemens convenables pour recevoir les malades, ou de moyens propres à les y faire transporter ; quand on pense, d’ailleurs, au petit nombre de chirurgiens capables de distribuer à ces infortunés les soins nécessaires, et à l’impossibilité que les officiers de santé puissent se porter partout et s’entourer toujours des secours sans lesquels leur présence est inutile : quand , dis- je , on pèse toutes ces fâcheuses circonstances , et d’autres encore non moins graves qu’il est inutile d’énumérer, on se sent comme entraîné vers les administrations sanitaires , et on voudrait pouvoir voler à leur aide. Quels que soient leurs moyens , leur vigilance et lenr sollicitude , on reste convaincu qu’une foule de braves doi~

vent nécessairement succomber faute de secours , ou parce que ceux-ci n'ont pas été portés à temps et assez promptement, qu'ils ont été mal administrés , qu'ils n'ont pas été suivis et continués convenablement , ou enfin qu'on manquait des objets nécessaires à un bon pansement.

Deux causes essen tlell es semblent s'opposer à Un service sanitaire plus efficace , et aggravent même la position des blessés : l°. les procédés déligatoires trop variés , trop compliqués et 5 partant trop difficiles , qui sont généralement usités ; et 2°. le trop petit nombre d’individus qui savent faire un pansement* et la difficulté d'en former qui puissent, au besoin , en appliquer un tant soit peu passable.

Il est donc important, si l’on veut se garantir d'une des suites les plus désastreuses de la guerre , de chercher à simplifier, autant que possible , tous les appareils, à les réduire à leur plus simple expression , et à les rattacher tous à un principe unique et uniforme , de telle manière qu'ils puissent être facilement inculqués et saisis par tout le monde , et que chacun soit à même d'apprendre à les appliquer aisément au besoin. Il faut de plus encore , et ceci n'est pas moins essentiel , que

les pièces de ces appareils, et tous les objets matériels d’un pansement quelconque se trouvent toujours sous la main , dans toutes ou -presque toutes les circonstances.

On comprendra donc déjà qu’à la charpie, aux compresses de tous genres, aux bandes de toute espèce , aux liens , aux remplissages , aux cataplasmes, aux emplâtres, aux onguens et autres applications variées, je dois substituer quelque chose de beaucoup plus uni et de bien autrement dégagé et expéditif* Il est, en effet, évident qu’il convient d’introduire dans les armées un mode de pansement si peu difficile et compliqué, qu’il puisse être promptement compris et exécuté^ non-seulement par les aide-chirurgiens , les fraters et les infirmiers , mais encore par les malades eux-mêmes et par leurs camarades. Il faut, en quelque sorte , populariser la chirurgie, sous le rapport déligatoire et la mettre à la portée de tout le monde , que chacun puisse se suffire à soi-même, et trouver toujours sur soi , ou à côté de soi , de quoi faire et mettre un bon appareil , quel que soit l’accident ou la blessure qui lui surviennent.

Célui que je propose, et dont j’ai faitl’ex**

pénence à l’hôpital de Lausanne et dans une pratique assez longue et assez étendue , me paraît devoir réunir tous ces avantages. Il justifiera , j’espère , les espérances que je fonde sur son adoption , et les instances que je mets à le faire prévaloir presque exclusivement à tout autre , et comme pouvant parfaitement répondre à toutes les indications.

Mon premier besoin , ainsi que je l’ai déjà fait presseutir, c’est de bannir de mon système déligatoire certaines pièces au moins superflues. Les bandes , proprement dites, sont d’abord en première ligne.

Mes motifs pour cette exclusion sont les suivans : On ne les a pas toujours sous la main, comme dans les hôpitaux; il est difficile et, par fois impossible, de s’en procurer au besoin ; leur application , pour répondre bien au but, et n’ètre pas sans de graves in~ convéniens, doit être confiée à des mains bien exercées; cette habitude et cet exercice ne s’acquièrent , comme on sait , que lentement; les bandes sont sujettes à se relâcher , à se déranger facilement, à se corder , et à blesser de plusieurs manières, de sorte que leur réapplication se reproduit trop fréquemment.

Notez encore l’ennui, je dirai presque l’im-

possibilité de bien rouler une bande avant de l’appliquer , quand on ne s y est pas exercé ; la difficulté de la laver et soigner ; le peu intérêt que mettent les malades à la conserver dès qu ils n en ont plus besoin ; son peu de valeur ? puisqu elle n’offre aucune utilité hors les cas de blessures , et qu’elle n’est plus alors qu’un sale et étroit chiffon;

son usage presque éphémère dans beaucoup de cas , etc. , etc.

Un autre inconvénient majeur des bandes ressortira des considérations qui vont suivre, et qui serviront comme d’introduction au moyen plus universellement convenable que je leur préfère.

Deux choses essentielles caractérisent les moyens contertifs en général.

i°. Le Corps même du bandage, et 2°. ses deux extrémités . J’appellerai le corps la partie qui appuie , soutient et serre réellement, et qui , dans le bandage roulé ordinaire , est représentée par une succession de tours de bandes supperposés les uns aux autres. Les extrémités de ce corps sont particulièrement destinées à être arrêtées et fixées convenablement, afin de maintenir le bandage sur l’endroit même où il doit agir. On les assu-

jettit, dans ce but, soit par la compression , soit avec des épingles , des points d'aiguilles, des attaches , ou en liant ensemble les deux bouts de la bande (i ). Ce dernier mode d’arrêter la bande , est assurément, tout à la fois le plus simple, le plus solide , le plus commode et, sous tous les rapports, de beaucoup le préférable. On n’en fait cependant que rarement usage , parce que la bande a ordinairement trop d’épaisseur et de largeur pour pouvoir être nouée comme une attache, et que plus elle se rapprochera par son étroitesse des conditions de l'attache ou du lien , et plus aussi elle devra perdre des qualités qu’on

recherche dans la bande proprement dite. Voilà pourquoi on a coutume de faire coudre des rubans étroits au bout des bandes, lorsqu’on veut les nouer facilement ensemble • Quant aux qualités du bandage ou du corps de la bande en particulier, il est évident qu’ils blesseront moins, qu’ils seront plus faciles à appliquer et moins sujets à se déranger ou à se corder , si on peut leur donner un certain degré dèpaisseur et le plus de largeur pos-

(i) Dans, un traite de la délitation ^ la manière de lier peut bien tenir une petite place.

sîble. Sous ces deux derniers rapports , et sous celui de la plus grande facilité d’assujettir ses extrémités , d’ôter et de remettre un bandage quelconque , les mouchoirs de col et de poche , une serviette et meme un drap ou une nappe se présentent de la manière la plus avantageuse. Pliés de toute façon, mais surtout en cravate , ils offrent l’extrême facilité de remplacer très-bien et instantanément la plus grande partie des bandages et appareils , même les plus cômpliqués et les plus indispensables. C’est surtout des mou~ choirs dont il sera question dans cette note; et j’en parlerai principalement comme d’objets ou de moyens qui n’ont aucun des inconvéniens qu’on peut justement reprocher aux bandes, et qui présentent, au contraire, des avantages précieux qu’on rechercherait en vain dans les moyens ordinaires de délégation. Ainsi, les mouchoirs se trouvent partout ; leur application est des plus faciles 5 car chacun , dès son enfance , est habitué à les manier; ils ne se relâchent ni ne se dérangent facilement ; jamais ils ne se cordent; et s’ils venaient à blesser , leur changement et leur réapplication auraient lieu sur-lechamp avec facilité ; ils n’exigent presque

aucune préparation préliminaire avant d'être mis en place ; ils sont faciles à laver et soigner ; leur utilité, pour une foule d'usages habituels , fait qu'on les conserve avec intérêt , alors même qu'ils ne servent plus comme d'objets de pansement ; ils sont donc plus de durée que les bandes ; on peut de suite donner aux mouchoirs tel degré d’épaisseur et de largeur qu'on désire , et dont on peut avoir besoin, et cependant les attacher toujours avec une extrême facilité.

Toutes ces qualités essentielles et précieuses les recommandent singulièrement aux praticiens ; et pour faire mieux ressortir leurs avantages , j’indiquerai rapidement les cas où l’on a coutume d'en faire usage , ceux ou ils peuvent suffire au besoin , et ceux qui réclament leur heureux emploi.

J’insisterai tout premièrement sur cette observation importante, c'est qu'il est peu de cas où l'homme de l'art ne puisse très-bien atteindre son but avec ces seuls moyens; car depuis la simple saignée ou la plus légère blessure, jusqu'aux lésions les plus graves et les plus compliquées, un ou deux mouchoirs doivent,, le plus souvent „ suffire aux praticiens pour remplir, comme bandage , les in-

di cations tes plus variées. J’appuie à dessein, sur cette assertion, parce que j’ai fréquemment observé combien, dans Poccasion ou le besoin , on était, par fois, emprunté et on se croyait dénué de toutes ressourcs, alors même qu’on avait , sous la main , les moyens les plus appropriés, les plus simples et les mieux choisis. On me saura donc gré, tout en instruisant de simples militaires ou de grossiers campagnards , de venir au secours de certains docteurs , dont la présence d’esprit pourrait être mise en défaut, et le jugement pris au dépourvu , en leur rappelant tout le parti qu’ils peuvent tirer des mouchoirs dans la pratique. Mais en jetant ainsi la défaveur sur les bandes en général , je ne prétends pas qu’on puisse s’en passer en chirurgie ; car personne , plus que moi, n’apprécie les bienfaits d’une compression méthodique; je suis même le premier qui en ai particulièrement étendu l’usage dans ce pays , et j’y ai très - fréquemment recours avec le plus grand succès ; mais je ne crois pas qu’on doive aller si loin , que de la confier à des mains peu exercées. Si , d’ailleurs, elle est quelquefois nécessaire et urgente c’est précisément alors qu’elle requiert une

plus grande habitude de diagnostic et d’exécution , qu’on n’ose pas présumer chez des hommes étrangers aux principes de la médecine opératoire. Ifs ne devront y recourir que sur l’invitation expresse d’un chirurgien éclairé 5 et seulement lorsque celui-ci aura acquis la certitude de leur habileté dans cette partie : ils n’auront donc exclusivement recours qu’aux mouchoirs.

Dans toutes les lésions du crâne et de la face , un mouchoir plié en cravate , et mieux encore en triangle , suffira toujours, en effet , pour fixer convenablement toutes les pièces d’appareil ; et la facilité qu’on aura de l’assujettir , en réunissant par un nœud ses deux bouts, rend ce bandage on ne peut plus commode. Je n’ai pas besoin de dire que, lorsque le mouchoir affectera la forme triangulaire , sa pointe pourra , à volonté, être placée en avant, en arrière, ou sur les côtés de la tête, suivant le siège de la blessure et l’indication qu’elle présente.

Il est assez inutile que je recommande le mouchoir pour les lésions et pansemens de la nuque et du cou. Il est là à sa place naturelle , et rien ne peut le surpasser.

Les blessures de la bouche et de la ma-

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