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CHAPITRE VII

Etude du procédé dJégou

Nous allons étudier maintenant le procédé Jégou de dosage de l'acidité absolue de l'urine.

Détermination de l'acidité urinaire. — La méthode de Jégou est basée sur la propriété que possède lacide phosphorique de former un phosphate ammoniaco-magnésien de formule PO#AzH {Mg + 6 H°0 insoluble dans l’eau ammoniacale. On ajoute à un volume déterminé d'urine de la mixture magnésienne (dont nous indiquons plus loin la composition) et de lammoniaque en solution titrée. Il se forme un précipité de phosphate ammoniacomagnésien, les radicaux phosphatiques urinaires sont remplacés par du magnésium et de lammonium et une quantité équivalente d'acide chlorhydrique est mise en liberté. On dose l'excès de la quantité d'ammoniaque en solution titrée employée qui n’a pas réagi et on en déduit l'acidité de l'urine examinée.

Technique de l'opération (64). — Les réactifs nécessaires sont :

10 Une solution d'ammoniaque titrée au 1/4 d'équivalent par litre (N/#) ;

20 Une solution d’aciae chlorhydrique titrée au 1/4 d'équivalent par litre (N/#) ;

30 Une solution magnésienne renfermant :

Chlorure de magnésium. . . 12 grammes, Chlorhydrate d'ammoniaque . . . 17 grammes, Hau distillée, 4 =," . "as pour 1i00omes:

49 De la teinture de tournesol.

Mode opératoire. — On met dans une fiole de 100 cm° jaugée à un trait et bouchée 25 cm d'urine et 10 emÿ de solution magnésienne puis 20 cm° d’ammoniaque N/#4. On complète les 100 em? avec de l’eau distillée, on agite vivement pendant quelques instants et on Jette sur un filtre plat dès que le liquide surnageant le précipité est clarifié ce qui demande 5 à 10 minutes.

On prélève 80 cm du liquide clair et peu coloré sur lesquels on dose l’ammoniaque en excès au moyen de l'acide chlorhydrique N/# en prenant la solution de tournesol comme indicateur.

La formule (16— n) <19,5 —A, dans laquelle » représente le volume en centimètres cubes d'acide employé, fait connaître l’acidité par litre exprimée en liqueur normale.

En effet 100 emÿ de liqueur contenant 95 em? d'urine et 20 cm° d'ammoniaque N/4, 80 cm contiennent :

ee — 20 cm* d'urine et 20 >< 80

Tee 16 em° d'ammoniaque N/4

46— n exprime en liqueur N/4 lacidité de 20 cm. Connaissant l'acidité de 20 cm d'urine on a celle du litre par l'expression :

Elle est exprimée en liqueur N/4. Pour convertir en liqueur N il suffit de diviser par 4. La formule devient : (16 — n)>x 1000

EVE — (16 —n)12,5 = A en liqueur N

La coloration peut être assez intense pour masquer le virage même lorsque l’urine est diluée au 1/4. IT faut alors augmenter davantage la dilution et avoir recours au procédé à la touche.

Etude théorique du procédé. — Dans une fiole de 100 cm° jaugée à un trait et bouchée nous mettons 25 cm* d'urine et 46 cm? de solution magnésienne puis 20 cm° d'ammoniaque N/4. Sous linfluence de ces solutions les phosphates urinaires passent

mn 90 —

à l’état de phosphate ammoniaco-magnésien insoluble selon les réactions suivantes. En partant de l’acide phosphorique nous écrivons :

40 Pour Po#H: :

pau PO<—OH + MgOl + AzH'Cl = OH

O0 poo 2 M8 + 3Hct.

O— Az

20 Pour le phosphate monométallique (en supposant qu'il s'agisse du phosphate acide de soude) :

Ur POZ OH + MgOl + AzH'CI — OH

POLOZME + Na! + 2 HCI O— AZHS Cu

30 Pour le phosphate dimétallique (en supposant qu'il s'agisse du phosphate disodique) :

re PO<—ONa + MgCl' + AzHiCI —

No

(e) poZ O2 ME + NaO1 + HCI O— AzH“ en à 40 Pour le phosphate trimétallique (en supposant qu'il s'agisse du phosphate trisodique) :

Ps ONa

PO—ONa + MgOl + AzHiCI = ONa

O0 P0Z0 2 M8 LS Nat = an O— AzHi = —

De même les carbonates et les urates sont tranformés en sels

22) less

correspondants d’ammoniaque et de magnésie : ce qui a pour effet comme on le voit de remplacer les radicaux acides de l’urine par un nombre équivalent d'hydrogènes chlorhydriques :

3 HCI se substituent aux 3 OH de PO‘H;,

2 HCI se substituent aux 2 OH de PO“NaH?,

4 HCI se substitue au radical OH de PO{N#H, PO*Na* donne 3 Nacl.

Nous complétons les 100 cm° avec de l’eau distillée. Nous agitons vivement pendant quelques instants et nous jetons sur un filtre plat dès que le liquide surnageant le précipité est clarifié, ce qui demande cinq à dix minutes.

Nous prélevons 80 cm° du liquide clair et peu coloré qui renferme du chlorure d’ammonium, du chlorure de sodium plus un excès de la liqueur N/4 d’ammoniaque sur laquelle l'acide chlorhydrique représentant la valeur absolue des radicaux acides de l'urine n’a pas réagi et nous y dosons cette ammoniaque en excès au moyen de l'acide chlorhydrique N/4 en présence de la solution de tournesol comme indicateur.

Ainsi évitons-nous les erreurs dues aux phosphates terreux et à la réaction amphotère du liquide urinaire.

Critique générale.

Il semble, théoriquement tout au moins, que cette méthode parvienne au but qu’elle se propose, c’est-à-dire déceler tous les radicaux acides de l'urine, ce que ne peut faire le simple dosage acidimétrique en présence du tournesol ou de la phtaléme du phénol.

Les chimistes se sont demandés pourtant si le repos de dix minutes, prescrit dans le mode opératoire, était suffisant pour assurer la précipitation de la totalité de Pacide phosphorique. Sachant que la solubilité du phosphate ammoniaco-magnésien dans l’eau distillée est de 0 gr. 05 par litre, qu’il est moins soluble dans l’eau ammoniacale (quoique le chlorhydrate d’ammoniaque augmente un peu cette solubilité, mais que l'excès de magnésie la retarde au contraire, et même en présence du sel ammoniac)

= ve

on admet finalement, et Jégou le reconnait lui-même, qu'il entre 0.5 de phosphates en solution dans 4100 cm° d’eau, «erreur de l’ordre des erreurs individuelles d'observation et qui n'est pas facilement appréciable ». L'auteur a cherché à l'évaluer :

40 Sur le phosphate acide de soude. — K exécuta dans ce but, à l’aide de sa méthode, des dosages sur des solutions de phosphate acide de soude de titre connu contenant de 2 à # grammes d'acide phosphorique par litre. Il a toujours trouvé le titre théorique. L'erreur est donc nulle pour le phosphate acide de soude ;

20 Sur le phosphate de chaux. — I y avait lieu de craindre la production de superphosphates étudiés par Blarez et par Berthelot. Mais le phosphate tricalcique se dissolvant en certaines proportions dans le chlorure de sodium et dans le chlorhydrate d'’ammoniaque, l’acide phosphorique doit se combiner de préférence à la magnésie ammoniacale pour donner un composé moins soluble, et la production de phosphates basiques est théoriquement peu probable. Jégou a du reste dosé l'acidité de mélanges artificiels composés de phosphates acides de soude et de chlorure de calcium, ce dernier sel s’y trouvant en proportion de beaucoup plus considérable que la quantité de chaux contenue normalement dans l’urine : l'acidité trouvée a toujours été égale à l'acidité calculée. «Les résultats du dosage de lacide phosphorique ne sont donc pas troublés par la chaux, lors même qu'elle existe en proportion cinq fois plus grande que dans les urines normales et dans le rapport de 1/2 à l'acide phosphorique ».

L'auteur étudia ensuite l'action de la solution ammoniaco-magnésienne :

10 Sur les oæalates et sur les hippurates. — Ces sels ne peuvent influencer le dosage puisqu'ils sont remplacés suivant leur degré de saturation par des chlorures inacüfs ou de l'acide chlorhydrique qui agissent sur le tournesol comnie les acides oxalique et hippurique.

20 Sur les urales et sur les carbonates. — Les urates et les carbonates mono où bimétalliques à supposer qu'ils restent en

BE: Ve

totalité ou en partie sur le filtre seraient remplacés par des chlorures neutres ou de l’acide chlorhydrique qui rougirait le tournesol alors que les bicarbonates le bleuissent et que les urates monométalliques n’ont qu'une acidité théorique à l'égard de cet indicateur: ce qui occasionnerait une cause d'erreur. Mais le carbonate de magnésie, grâce aux sels ammoniacaux, est soluble dans Peau et le carbonate de chaux récemment précipité se dissout dans une solution de chlorhydrate d'ammoniaque. Cette solubilité a pourtant une limite déterminée expérimentalement sur des liquides contenant du chlorure de calcium, du bicarbonate de potasse en excès, de la solution magnésienne et de l’ammoniaque N/4. Elle va de dix minutes à une demi-heure de repos. Passé ce temps le carbonate de calcium reste sur le filtre s’il appartient à une urine contenant moins de À gramme 30 à 2 grammes de chaux par litre suivant qu’on emploie 10 ou 15 cm* de solution magnésienne.

Il en est de même pour les urates de chaux, d’ammoniaque et de magnésie. Le dosage d’un liquide au procédé Jégou renfermant du chlorure de calcium et 2 grammes d’acide urique à ‘état d’urate de potasse reste limpide pendant une demi-heure à deux heures si lon emploie 10 cm° seulement de la liqueur magnésienne mais il se trouble avec plus de 15 cm°.

La chaux doit donc atteindre pour que le procédé Jégou ne soit pas contrarié par les éléments que nous venons d'envisager À gramme 30 à ? grammes suivant le volume de la solution magnésienne qui ne doit jamais dépasser 15 cm*. Or 1 gramme 30 à 2 grammes de chaux correspondent à 10 grammes 40 et 16 grammes d’acide phosphorique (le rapport de la chaux à l'acide phosphorique allant de 1/8 à 1/10 dans les urines) quantité qui ne se rencontre jamais dans le liquide urinaire. Jegou a même calculé les proportions de calcium que nécessiterait sa méthode pour des urines anermales, allant jusqu’à faire l'hypothèse que tout l’acide phosphorique puisse quelquefois se trouver à l’état de: phosphate monocalcique. Il indique en général de prendre 10 cm° de liqueur magnésienne pour une urine contenant plus de 3 grammes 5 d'acide phosphorique. Si cette urine en

Der

contient plus de 5 grammes 5 ou si elle renferme plus de 2 grammes d’acide urique il convient de la dédoubler avec de l’eau distillée avant de faire le dosage de l’acidité. En conséquence les résultats seront multipliés par 2. Si le malade ingère des sels de chaux on commence par traiter son urine (50 cm°) par 40 cm° de solution de sulfate de soude au 1/5. Il se forme un précipité de sulfate de chaux. On filtre. On prélève 30 em° du filtrat représentant 25 cm° d'urine et on continue lopération comme il a été dit ci-dessus.

Acidité réelle. — Ainsi, dit Jégou, avec ma méthode on a l'acidité absolue de l'urine comme avec le chlorure de baryum dans laquelle on fait intervenir l'acide phosphorique comme tribasique. Si on désire se conformer aux usages habituels de l’urologie en ne tenant compte que de la première valence acide de PO“FF 11 reste à faire une correction. Pour cela on commence par doser l'acide phosphorique avec l’azotate d'urane : soit P son poids par litre exprimé en grammes. On met 25 cm* d'urine dans une fiole jaugée de 100 cm° et 10 ou 15 cm° de solution magnésienne suivant que P est plus grand (> ) ou plus petit (-) que 3 gr. 5. On introduit 20 cm d'ammoniaque N/4 et de l’eau distillée pour compléter le volume de 100 cm. La fiole bouchée est agitée vivement. On filtre après 5 ou 10 minutes de repos pour recueillir 80 cm de liquide peu coloré (dans la grande majorité des cas) sur lesquels l'acidité est dosée par reste au moyen de HCI N/4 et en présence de 10 à 15 gouttes de solution de tournesol.

Sachant qu'une molécule-gramme de P?0° (poids 142) égale deux molécules de POfHS et que l’acidité absolue de deux molécules de POfTF est saturée par 6000 cmÿ de soude N, P grammes de P205 correspondront donc à :

P x 6000 de soude N pour trois valences saturées et à trois fois moins pour une valence soit à :

Fe IE O0D NERO EVER ET Ha Vi à

no

De cette formule on déduit ce que Jégou appelle l'acidité réelle a, «c'est-à-dire celle qui serait obtenue par le tournesol (*) en suivant les anciennes méthodes si nous n'avions la réaction amphotère et la précipitation irrégulière des phosphates :

En résumé, le procédé Jégou évalue :

10 L’Acidité absolue À, qui correspond aux phosphates monométalliques considérés comme bibasiques et égale d’après l’auteur à l'acidité absolue fournie par le procédé Maly-Denigès ;

20 L’Acidité réelle a, qui serait donnée par la phtaléine en suivant les procédés anciens si l’on n'avait la réaction amphotère et la précipitation irrégulière des phosphates.

Les expériences que nous avons faites et que nous exposerons plus loin prouveront suffisamment l'exactitude du procédé Jégou. Mais déjà nous pouvons dire que cettè méthode offre sur celle de Maly-Denigès l'avantage de ne pas être influencée par les bicarbonates et l'acide carbonique ni par la présence des sels de calcium et de magnésie contenus dans le liquide urinaire. C’est donc celle à laquelle nous donnerions la préféreuce si nous n’avions pas à proposer nous-mêmes un procédé uroacidimétrique plus simple, comme nous le verrons dans le chapitre suivant,

{*) Nous citons sans les modifier les paroles de Jégou, mais nous ferons remarquer que c’est en présence de la phtaléine du phénol et non du tournesol qui vire au bleu en présence d’une solution de phosphate monosodique même avant que le premier OH soit complètement saturé, que l'acidité réelle telle qu'il la définit serait donnée par sa méthode.

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