B. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA CONDUITE DES MESURES
Etat d'adaptation préalable de l'œil et environnement. — Nous avons laissé pressentir dans le chapitre [, à propos des discussions au sujet de la forme de la courbe og A/I — } (log 1), toute l'importance de l’état d'adaptation de l’œil. Nous verrons au Chapitre IV, dans l'exposé de l'application de la théorie photochimique au problème de la discrimination des intensités, que Hecht suppose l’œil adapté à l’intensité Z au moment de la mesure de AZ. Nous avons d’ailleurs déjà signalé que Steinhardt a pu éliminer l'accroissement de A//1 aux fortes intensités « en entourant le champ d’expériences d’une large aire lumineuse d’une clarté à peu près égale à celle du champ expérimental, et en laissant l’œil s'adapter convenablement à la clarté prévalente ». Wilcox et Purdy avaient aussi signalé, à propos de leurs recherches sur la capacité discriminative d’un récepteur unique, toute J’importance du champ environnant la plage expérimentale.
Nous avons d’ailleurs rapidement constaté l'influence de l’éclairement environnant. [1 suffit d'effectuer quelques mesures à la lumière du jour pour remarquer
EN
aussitôt les perturbations causées par le soleil, les nuages ou la pluie. Nous avons essayé alors de maintenir constant l’éclairement de la pièce en baissant les stores et en procédant à la lumière électrique (le globe éclairant étant placé derrière observateur afin d’éviter les phénomènes d’éblouissement). Mais là encore on peut être induit en erreur par les brillances très disparates des divers objets du laboratoire : l'œil est attiré par les objets brillants, ou cherche une sensibilité accrue en fixant les endroits les plus sombres, en particulier la paroi du coffret, peinte en noir.
Nous avons finalement choisi la solution suivante. Devant le visage de l’observateur se trouve, fixé à une potence, un coffret. À l’intérieur de ce coffret on a placé une ampoule électrique qui éclaire un verre dépoli de 25 X 20 em, formant la paroi du coffret faisant face à l'observateur. Avant de commencer les mesures, l'observateur place le coffret à une quinzaine de centimètres devant ses yeux, et regarde en direction du verre dépoli durant une trentaine de minutes afin de s'adapter à la brillance de ce dernier (en faisant varier la tension de l’ampoule éclairante on peut donc faire varier l’état d'adaptation préalable — il suffit d’un étalonnage à l’aide du brillancemètre Jobin-Yvon). Au moment de la mesure il enlève le coffret de son champ de vision par rotation de la potence (un contact automatique éteint en même temps l’ampoule). Après 1 minute de mesures il replace le coffret devant ses yeux pour { ou 2 minutes et ainsi de suite, jusqu’à la fin des mesures. ”
Cette façon de procéder permet de définir l’état d'adaptation de l’œil durant les mesures (tout au moins, ainsi que nous le verrons dans le chapitre IV, en ce qui concerne les bâtonnets). Elle nous a permis aussi de faire varier la brillance de préadaptation, que nous appellerons b, de 0,6 bougies/m? à 6 000 bougies/m?.
Mesures en vision indirecte. Mesures dans l'obscurité. — Pour effectuer les mesures en vision périphérique, observateur doit fixer un repère tout en concentrant son attention sur la source lumineuse, qu’il voit indirectement. Toutefois, si l’on garde la direction du regard fixe (c’est-à-dire si l’on forme l’image de la source en permanence au même point de la rétine), l'œil paraît se fatiguer rapidement, et tout papillotement disparaît (ainsi que l’ont fait remarquer Y. Le Grand et Geblewiez [12], ce phénomène est probablement dû à une adaptation se produisant dans le centre cérébral de la vision). Il importe donc de pouvoir promener le regard, et à cet effet de repérer les différents angles de visée, que nous appellerons &, non pas simplement à l’aide d’un point, mais à l’aide d’arcs de cercle centrés sur O.
Afin que ces repères soient visibles dans l'obscurité, nous les avons faits à l’aide de sulfure de zinc phosphorescent. Lors des mesures dans l’obscurité, le deuxième observateur, chargé de la lecture des voltmètres, s’éclaire à l’aide d’une petite ampoule rouge, cachée par un grand écran aux yeux de l’expérimen-
tateur.
le
Mesures en lumière colorée. — Nous avons à cet effet placé divers écrans colorés Wratten ou Pyrex contre le verre dépoli situé en O. Nous n’avons évalué qu’assez grossièrement leurs coefficients de transmission (en photométrie hétérochrome, à l’aide du brillancemètre Jobin-Yvon), étant donné que seule l'allure du phénomène en lumière colorée nous intéressait.
Nous avons aussi été amené à nous adapter en lumière rouge. Pour cela on a disposé à l’intérieur du « coffret d'adaptation » une ampoule rouge de photographe, et de plus on a recouvert le verre dépoli du coffret de papier « Rubra ». On a vérifié au spectroscope que seul le rouge passait, et on a étalonné grosso modo la brillance
en fonction de la tension.
Diamètre pupillaire. — Toutes les mesures ont été effectuées d’un seul œil (celui qui, étant donné la position des repères par rapport à la source, permettait d'éviter la tache aveugle de Mariotte), avec pupille naturelle.
Voici, à titre indicatif, les diamètres pupillaires respectifs des trois observateurs A. L., J. L., et J. C., pour les diverses brillances d’adaptation utilisées au cours des mesures (3) (diamètres déterminés par la méthode de Fick-Broca des cercles de diffusion tangents) :
diamètre pupillaire en mm
brillance d'adaptation a
en bougies/m? PASSAIT JTE JC
G'OUORR Ete L 2,9 2,9 2,8 COCO AIES VIN T 2,8 3
OCDE ERP RE 4,7 3,1 3,9
SR RE FOUR à 4 I 55 3,5 4,9