CHAPITRE III
Sur la formation de l’'Hydrogène sulfuré à la suite de l’ingestion de sulfures et d’hyposulfites alcalins.
Les sulfures alcalins préparés artificiellement sont peu employés à l’intérieur.
On utilise cependant les propriétés du sulfure de sodium, du trisulfure de potassium et du sulfure de calcium.
Les eaux minérales sulfurées, qui sont si abondantes dans les Pyrénées, sont au contraire très employées. Leurs applications sont les mêmes que celles que nous avons signalées pour le soufre.
Voici un aperçu des applications médicales de quelques-unes de ces eaux prises en boisson.
Parmi les eaux sulfurées sodiques :
.. Les Eaux-Bonnes s’utilisent dans le traitement de la phtisie, des affections pulmonaires ; elles sont efficaces pour le remontement des constitutions molles et lymphatiques.
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Les eaux de la Preste s’emploient contre les névroses et les affections eczémateuses irritables.
Les eaux d’Aix-en-Savoie sont ordonnées pour les rhumatismes, la syphilis et les formes externes de la scrofule.
L'eau sulfurée calcique d'Enghien s'utilise contre les affections catarrhales d’origine lymphatique ou scrofuleuse, contre la phtisie et les affections herpétiques.
Les sulfures alcalins et alcalino-terreux — sulfures de potassium, de sodium, de calcium — qui constituent la partie essentielle des eaux sulfurées naturelles, sont décomposés à froid par tous les acides, tant minéraux qu’organiques ; il se forme un sel du métal et l'hydrogène sulfuré se dégage, Na?S + 2HCI — ?Nal + HS. Les acides et les sulfures alcalins sont donc incompatibles.
Les eaux minérales sulfurées prises à l’intérieur subissent cette décomposition sous l'influence de l’acide chlorhydrique et de l’acide lactique libres de suc gastrique. L’hydrogène sulfuré mis en liberté communique son odeur caractéristique à l’haleine des personnes qui font usage de ces eaux.
Cette combinaison de l'acide avec le métal est instantanée quand l'acide est soluble, comme l'acide lactique, carbonique, etc.; mais quand on met en présence du sulfure de sodium et de l’acide urique en poudre fine dans une quantité d’eau insuffisante pour dissoudre cet acide, la décomposition n’est complète qu'après plusieurs jours de digestion.
En opérant à la température de 15° avec ? gram. de monosulfure de sodium Na$ et de l'acide urique en grand excès, 10 gram. dans 100 gram. d’eau, le mélange, à l’abri du contact de l'air et fréquemment agité, n’a plus donné de ccloration violette avec le nitroprussiate de sodium qu'après trois jours révolus,
Si l'on ajoute à l’eau du phosphate de sodium, qui à la propriété de dissoudre l'acide urique, et qu’on maintienne la liqueur
RL, mes à 40°, la décomposition du sulfate de sodium est bien plus rapide ; quelques heures suffisent.
Certains corps nommés bien à tort acides, comme le phénol ou acide phénique, l’acide pyrogallique, etc., sont sans action sur les sulfures alcalins : un mélange de solulions alcooliques de phénol et de monosulfure de sodium ne dégage pas de gaz et prend la teinte violette sous l’influence du nitroprussiate, même après un contact très prolongé.
L’eau décompose quelques sulfures à la température ordinaire ; il se produit un oxyde correspondant et de l’acide sulfhydrique ; les sulfures de calcium et de magnésium exigent une légère élévation de température. Ces deux corps ont été l’objet d’intéressantes recherches de la part de M. Béchamp, qui a le premier fait connaître la décomposition complète du monosulfure de maguésium par un excès d’eau. C’est sur cette propriété qu’on a proposé le monosulfure de magnésium anhydre comme préservatif du choléra, sous le nom d’Anti-microbes Bravais. Ge sel pris à petites doses dégagerait peu à peu d’une façon permanente le gaz sulfhydrique.
L’hydrogène sulfuré est assez faiblement uni aux métaux alcalins pour être chassé de ses combinaisons par les sels d'acides polyatomiques incomplètement saturés par une base, comme le phosphate monosodique, dont on admet l'existence dans le suc gastrique, l'urine. Nous l’avons vérifié en préparant du phosphate monosodique à l’aide du phosphate de sodium ordinaire versé dans de l'acide phosphorique jusqu'à ce que la liqueur précipitât par le chlorure de baryum, puis évaporant et faisant cristalliser.
Quelques liquides physiologiques des organismes animaux renferment des acides et des sels jouissant de propriétés acides ; il en résulte qu’ils décomposent partiellement les sulfures alcalins avec mise en liberté d’acide sulfhydrique. Le suc gastrique, l'urine, la sueur, sont généralement dans ce cas.
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Le sang au milieu duquel baignent tous les tissus est lo plus important des liquides physiologiques. D'une manière générale, le sang artériel est riche en oxygène et pauvre en acide carbonique ; le sang veineux présente des propriétés opposées, il contient beaucoup d’acide carbonique et peu d'oxygène.
D’après cela, il est aisé de comprendre que les sulfures alcalins sont modifiés d’une manière bien différente, suivant la qualité avec laquelle ils sont mis en contact. Le sang artériel les oxyde en partie à l'état de sulfates : on sait en effet que l'usage des eaux sulfurées augmente l’excrétion de l'acide sulfurique. Le sang veineux, par son acide carbonique, les décompose, avec formation de carbonate alcalin et dégagement d'hydrogène sulfuré.
Lorsque ce dernier phénomène se produit sur le vivant, il se traduit par un signe extérieur très manifeste. L’hydrogène sulfuré dégagé dans le système veineux est en effet entraîné mécaniquement par les flots d’acide carbonique qui s’échappent dans l'atmosphère à travers la muqueuse des alvéoles bronchiques. Un papier plombique exposé devant les narines de l’animal prend une teinte noire.
L'usage des hyposulfites en thérapeutique ne date que de 1832 (Kurz et Manuel); on les a conseillés dans l'infection purulente, la fièvre intermittente, la fièvre puerpérale, les maladies infectieuses, la fièvre typhoïde, la phtisie pulmonaire à la période de ramollissement et de la fonte des tubercules (Pietra- Santa).
Les hyposulfites alcalins pris à l’intérieur produisent probablement de petites quantités d'hydrogène sulfuré dans l'intestin grêle. Les acides faibles décomposant ces sels avec dépôt de soufre très divisé, les hyposulfites ingérés sont donc décomposés partiellement par les acides libres de suc gastrique, avec dépôt d’un peu de soufre. Deux expériences directes nous ont démontré que l’hyposulfite de sodium est décomposé à froid par
nr on l'acide chlorhydrique dilué dans 4,000 parties d’eau et par une solution de 1 cent. cube d’acide lactique de densité 1,17 dans un litre d’eau.
Giovanni, Ferrini et Pietra-Santa ont prouvé que les sulfites et les hyposulfites pris à doses thérapeutiques ne détruisent pas les ferments morbides, mais en arrêtent le développement en leur imprimant des modifications telles que l’économie peut résister à leur action.
Ces faits nous ont amené à faire des essais pour constater si ces sels empêchaient la transformation du soufre en contact avec les matières albuminoïdes en hydrogène sulfuré.
On fait cuire 5 gram. d’amidon dans 150 cent. cubes d’eau; puis, 5 gram. d’hyposulfite de sodium dissous dans une petite quantité d’eau, sont partiellement décomposés par quelques gouttes d'acide lactique et additionnés ensuite d’un peu de craie pulvérisée.
Le mélange de ces deux solutions dégage de l'hydrogène sulfuré au bout de quatre jours à la température ordinaire.
Trois autres expériences faites dans des conditions analogues avec du sulfite de sodium, du bisulfite de sodium et du sulfocyanate de potassium, nous ont donné des résultats analogues. Un mélange d’empois d’amidon, de craie, de fleur de soufre et d’un de ces sels, donne de hydrogère sulfuré au bout de quelques jours.
Quand on mélange 25 gram. de viande fraîche avec 1 gram. de sulfite de sodium dissous dans 50 gram. d’eau, on n’observe pas de dégagement d'hydrogène sulfuré après huit jours d’exposition à l’air à la température ordinaire ; mais si l’on ajoute du soufre à un mélange identique, l'acide sulfhydrique se dégage dès le deuxième jour.