‹ Sur la formation de l'hydrogène sulfuré dans l'organisme à la suite de l'ingestion de quelques médicamentsChapitre 17 sur 19 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des transformations de l'Hydrogène sulfuré dans l'intestin.

Que devient l’'Hydrogène sulfuré formé physiologiquement ou anormalement dans le tube digestif ?

Il s’en échappe par trois voies dont il est difficile de fixer les proportions relatives :

Une partie sort par l’anus avec d’autres gaz ;

Une deuxième partie est absorbée par le sang des vaisseaux sous-jacents de la muqueusc intestinale. Les expériences de Claude Bernard ne laissent aucun doute à cet égard. Ce savant a constaté que les poumons exhalaient de l'hydrogène sulfuré, à la suite d’une injection d’une solution de ce gaz dans le rectum ;

Enfin, une troisième partie réagit sur certains corps contenus dans les matières excrémentitielles.

Les analyses des matières du gros intestin ont décelé la présence des sels alcalins et alcalino-terreux, surtout des chlorures, des sulfates, des carbonates, des phosphates; on y trouve encore de l’albumine crue, des corps gras, des matériaux de la bile, etc.

Les sels à acides forts, tels que l’acide chlorhydrique, l’acide sulfurique, ne sont pas attaqués par l'hydrogène sulfuré; mais les carbonales et les phosphates basiques mis en présence d’une solution d'hydrogène sulfuré donnent des sulfures solubles, car on sait que ces corps se décomposent sous l'influence des acides les plus faibles.

Nous avons vérifié directement ces faits pour l'acide sulfhydrique en opérant de la manière suivante : Dans un tube à essai de 15 centim. de longueur, on verse 10 cent. cubes d’une solu-

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tion très pure d'hydrogène sulfuré, puis on l’additionne de quelques gouttes de nitroprussiate de sodium, et enfin on jette au fond du tube quelques fragments de la substance à essayer. Quand il se produit une décomposition donnant naissance à un sulfure alcalin, la substance s’entoure d’une auréole violette qui tranche bien sur le fond généralement blanc du sel et sur la partie supérieure du liquide, qui reste incolore. La solution saline restant au fond et, ne se mélangeant que très lentement avec le reste du liquide, la coloration obtenue est assez persistante.

Des nombreux essais que nous avons faits avec des sels alcalins et alcalino-terreux qui se trouvent dans l'organisme ou que l’on emploie en thérapeutique, il résulte que:

Les chlorures, les bromures, les iodures, les sulfates, les azotates, les phosphates monométalliques, les hypophosphites, et les chlorates ne donnent pas de sulfure alcalin.

Au contraire, les sulfites, les hyposulfites, les phosphites, les phosphates tri-métalliques et bi-métalliques, les arsénites, les arséniates, le borax, les carbonates alcalins, alcalino-terreux, en solution ou mis en suspension dans de l’eau chargée d'acide sulfhydrique, sont partiellement décomposés avec formation d’un sulfure correspondant. Les hyposulfites, les sulfites et les bisulfites alcalins donnent un dépôt de soufre très divisé.

Un grand nombre de sels à acide organique éprouvent la même décomposition : tels sont le sucrate de calcium, le savon (stéarate neutre de sodium ou de potassium), les tartrates neutres, lecitrate de magnésium, le cyanure de potassium, le sulfocyanate de potassium, l’urate neutre de sodium.

Une partie de l'hydrogène sulfuré de l'intestin se transforme donc en sulfure alcalin au contact des sels basiques des matiôres excrémentielles.

Nous allons rapporter ici quelques expériences que nous avons faites au commencement de nos recherches, sur l’acide sufhy-

EPIT— drique, quoiqu’elles s’écartent un peu du sujet principal. Nous avons examiné si le contact prolongé de ce gaz avec les matières albuminoïdes ne modifiait pas quelques-unes de leurs propriétés.

Nous voulions constater si le sérum sanguin ne pouvait se transformer, sous cette influence, en hydropisine qu’on trouve quelquefois abondamment dans la sérosité de l’ascite. Les résultats ont été absolument négatifs dans les conditions où nous avons opéré. Du sérum du sang de bœuf séparé des globules rouges a été saturé d'acide sulfhydrique, puis conservé pendant un mois et demi dans des flacons parfaitement bouchés, à la température de 15 à 20°. Après ce laps de temps, la liqueur, bien limpide, ne donnail aucun précipité, quand on la saturait par du sulfate de magnésium en poudre ; elle se coagulait par la chaleur seule. Nous avons fait aussi quelques expériences sur l’albumine d’œuf étendue d’eau. On sait depuis longtemps que l’albumine d'œuf dissoute dans neuf parties d’eau ne précipite plus quand on la porte à l’ébullition, mais donne une liqueur laiteuse. Nos essais ont été exécutés avec du blanc d’œuf additionné de neuf fois son volume d’eau; le mélange a été battu, afin de réduire en pulpe les chalazes, puis filtré sur un filtre de papier.

On obtient ainsi une liqueur limpide, légèrement alcaline et jaunâtre, d’une densité de 1,005 environ.

Lorsqu’on la chauffe au bain-marie, elle devient un peu visqueuse et laiteuse ; elle donne en outre un faible précipité flo conneux. (On en carbonise toujours un peu, si on la chauffe à feu nu.)

Cette liqueur laiteuse, mise au repos à l'abri de l’air, se condense à la longue en un coagulum gélatineux et volumineux ; la partie limpide supérieure ne contient ni albumine ni syntonine.

En saturant d'hydrogène sulfuré la liqueur albumineuse primitive, on obtient un liquide rougissant légèrement le papier

ASE bleu de tournesol. Cette solution albumineuse chauffée graduellement se coagule en flocons s’attachant aux parois du vase ; en même temps le liquide prend une teinte un peu plus foncée et devient plus alcalin qu'au commencement. Le liquide qui reste après coagulation, saturé par de l’acide acétique étendu, ne donne qu'un précipité insignifiant.

Pour bien réussir l'expérience, il faut que la liqueur soit bien saturée d'acide sulfhydrique et qu’on la chauffe assez rapidement. On est sûr de ne pas la manquer en opérant dans un flacon bien fermé : dans ces conditions, on constate encore l'acidité du liquide après la coagulation de l’albumine.

Nous avons vu que l’albumine au 1/10 devient laiteuse quand on la chauffe au delà de 80°. Cette liqueur refroidie, puis saturée d'hydrogène sulfuré, ne subit aucune modification lorsqu'on la conserve à l’abri de l’air, elle se condense seulement avec le temps ; mais si on la chauffe, elle se coagule en flocons.

Quel est donc le rôle de l'acide sulfhydrique dans ce dernier cas ?

Il nous paraît physique, puisque la précipitation a lieu avec le temps sans le secours de l’hydrogène sulfuré; son action est analogue à celle des sels neutres, tels que les chlorures, etc., qui précipitent l’albumine de cette liqueur à l’aide de la chaleur.

Une solution albumineuse additionnée d’une quantité suffisante de potasse ou de soude caustique ne se coagule plus quand on la porte à l’ébullition : l’albumine a été transformée en albuminate alcalin. Cette liqueur saturée d'acide sulfhydrique ne précipite ni à froid ni à chaud ; c’est une solution albumineuse alcaline sulfurée qui jouit des propriétés analogues à l’albuminate alcalin ordinaire, car elle précipite en flocons gélatineux légers, par l’addition d’un grand nombre de sels alcalins en poudre (carbonates alcalins, chlorures, etc., etc.)

En somme, l’hydrogène sulfuré paraît n’avoir aucune action sur le blanc d'œuf à la température ordinaire.

Écurs, ce.

AMONT ENNT

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