ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Dans ce travail nous laisserons de côté :
Les Æystes dermoïdes purs, dont il n’est actuellement connu que 13 cas de dégénérescence.
L’hydropisie simple des follicules de de Graef, donnant lieu à la formation de tumeurs toujours très petites et passant souvent inaperçues.
Les kystes hydatiques de l'ovaire, très rares, qui ne présentent rien de spécial,lorsqu’ils se sont développés dans cet organe, et dont l’histoire bien connue n’a rien à voir avec les dégénérescences.
Et nous nous occuperons seulement de la grande classe des kystes de lovaire, désignés sous les divers noms de Æystes pauci-multiloculaïres, cysto-épithéliomes, épithéliomas mucoïdes kkystiques (Malassez), kystomes (Waldeyer), tumeurs entystées (Tilt), kystes proligères ou prolifères (Pozzi), correspondant tous à la même espèce morbide.
Le type de ces kystes est parfaitement connu et les descriptions ne manquent pas.
De volume très variable, pouvant atteindre des dimensions colossales (Dans l'American Journal of
obstetrics de 1879, Rodenstein donne l'observation
RP
d’une tumeur polycystique de l'ovaire dont le poids total atteignait 146 livres), ces kystes sont habituellement d’une couleur blanche bleuâtre caractéristi-
que.
La surface externe, généralement bosselée, présente
assez souvent un aspect chagriné.
La paroi renferme deux couches (#nternal wall et
external wall de Wilson Fax).
La couche externe, très dense, est formée de tissu fibreux, lamellaire, pauvre en éléments cellulaires et revêtue d’un épithélium cubique, différent de l’endothélium plat du péritoine (Pour certains auteurs, cette différence expliquerait la rareté des adhérences dans les jeunes kystes).
Enfin cette couche externe renferme de nombreuses
fibres musculaires, surtout au niveau du pédicule.
La couche interne, de couleur jaune safran, très riche en cellules et en vaisseaux, contientun peu moins
de tissu conjonctif que la couche externe.
Le revêtement épithélial interne, reposant sur une couche endothéliale, le plus souvent prismatique, peut affecter encore de nombreuses formes (cubique, caliciforme, à cils vibratiles) qui expliqueraient les divers aspects que peut prendre le liquide contenu dans les kystes.
Cet épithélium interne envoie dans l’épaisseur de la paroi, des tubes épithéliaux, simples ou ramifiés, ayant l'apparence des glandes de Lieberkühn, renflés à leur
extrémité. Entre ces tubes, le stroma a toutes les ap-
té.
parences du tissu embryonnaire, il existe peu defibres et beaucoup de cellules.
Entre la couche externe et la couche interne de la paroi des kystes, on trouve une couche moyenne à grandes mailles, servant de charpente aux vaisseaux.
Les artères, affectant une forme hélicine, donnent naissance à des capillaires qui vont se ramifier sous l’épithélium interne. Ces capillaires sont en voie de renouvellement continuel. Il s’en forme de nouveaux et les anciens disparaissent, soit par incrustation calcaire, soit par transformation fibreuse, soit par infiltration athéromateuse de leurs parois.
Les veines, occupant la couche externe, sont dépourvues de valvules et rappellentles sinus de la dure-mère. Leur volume est énorme, atteignant souvent le volume du petit doigt. Aussi comprend-on que leur blessure pendant une ponction, puisse devenir dangereuse.
L'intérieur des kystes est divisé en plusieurs loges, parfois très nombreuses.
Pour Malassez et de Sinéty, le véritable kyste uniloculaire n'existe pas et voici leur avis :
« Parmitousles kystes que nous avons examinés, nous n’en avons pas rencontré un seul qui fût véritablement uniloculaire ».
« Les kystes multiloculaires sont des épithéliomas mucoïdes en pleine activité, et les uniloculaires des épithéliomas éteints ou presque éteints ».
Enfin voilà comment Quénu décrit en quelques mots la composition de ces kystes. Sa phrase est restée
classique :
Lo
« En résumé, une grande poche, de nombreux kys-
tes, entre le volume d’an pois et le volume d’une tête
de fœtus à terme, une masse aréolaire, voilà les trois éléments communs à la plupart, sinon à tous ».
Nous passons sur le liquide contenu dans les kystes,
très variable de couleur et de composition, qui n’offre
pas d'intérêt pour la question qui nous occupe.
PATHOGENIE ET DÉVELOPPEMENT
Le mode de début des kystes de l’ovaire est encore mal connu. L'opinion de Malassez et de Sinéty est encore celle qui prime actuellement. Ils pensent : « que l’épithélium germinatif est l’origine la plus fréquente des cysto-épithéliomes, si ce n’est la seule ».
Waldeyer avait été un peu plus précis. Pour lui, lorigine des cysto-épithéliomes se trouve « dans les masses épithéliales arrondies ou allongées en tubes qui,
dans les jeunes ovaires, sont les précurseurs des folli-
cules ».
Et naturellement, il est obligé d'admettre le début du néoplasme chez de très jeunes sujets, ou le développement tardif des tubes embryonnaires de l’ovaire.
Mais si le mode de début est mal connu, lPévolution l’est beaucoup mieux et la façon dont se fait l’accroissement ou la diminution du nombre des loges a été lonquement étudiée.
Sans reprendre les diverses hypothèses faites à ce sujet, nous nous occuperons seulement de la théorie coutrôlée par le microscope et actuellement admise. Primitivement émise par Hodgkin, elle a été reprise
et soutenue ensuite par Wilson Fox, Pour eux, le dé-
Is
veloppement de poches secondaires s'explique par la présence des formations tubo-glanduiaires dont nous parlions tout-à-l’heure à propos de la couche interne. Le mécanisme seul a été un peu discuté.
Pour Fox, les cavités closes résultent de la fusion des prolongements papillaires, tandis que pour Waldeyer, l’oblitération de la glande se ferait, non par le stroma péri-glandulaire, mais par le contenu même des tubes, d’une manière analogue aux kystes sébacés. Des débris épithéliaux se mêlant au contenu gélatineux de ces glandés, en obstruent lorifice, d’où dilatation secondaire; (on peut d’ailleurs dans certains kystes, observer sur la paroi interne de petits orifices à travers lesquels, en pressant légèrement, on fait sourdre une matière gélatineuse », et le kyste secondaire offre alors la même structure que le kyste primitif; il pourra donc donner lieu aussi à la formation d’un kyste tertiaire, et ainsi de suite.
On comprend ainsi l’aspect microscopique varié que peuvent prendre les cysto-épithéliomes, ces grappes de kystes qu’on observe dans une même poche.
De même la rupture du pédicule de ces végétations kystiques peut donner naissance à ces masses arrondies, translucides, qui flottent parfois dans le liquide des grands kystes et que les anciens ont pu prendre pour des hydatides.
Dans l’intérieur des grands kystes, on peut aussi voir nettement des restes de cloisons atrophiées. Malassez et de Sinéty se sont basés sur ce fait pour ex-
pliquer entièrement l’évolution des cysto-épithéliomes.
Ces vestiges de cloisons démontrent clairement l’existence d’anciennes poches secondaires qui se sont rompues. Îl se produit donc, dans les cysto-épithéliomes, un double travail. D’une part la destruction des cloisons entraîne la diminution du nombre des loges, d'autre part la formation de nouveaux kystes secondaires en amène au contraire lPaugmentation. Suivant que l’un des deux processus l’emporte sur l’autre, la tumeur peut subir de nombreuses modifications. Un kyste pauciloculaire peut devenir multiloculaire et réciproquement.
Notons aussi en terminant lPopinion émise par Landouzy et Galippe d’une origine microbienne des kystes de l'ovaire. Depuis 1887 cette opinion n’a pas été à
nouveau contrôlée.