SESSION EXTRAORDINAIRE A MONTPELLIER EN JLIN
l a graine de Y Aponogeton distackyus est d’autant plus facile à bien étudier qu'elle est volumineuse : elle est à peu près de la dimension d’un fruit d 'Isatis tinctoria. Il est en outre très facile de la faire germer, en la semant sur du terreau, dans un vase submergé ; mais cette graine charnue se flétrit et s’altère à. l’air libre : on doit donc la semer aussitôt qu’elle s’échappe du péricarpe, à la maturité, et imiter en cela ce qui a lieu dans la nature. Lorsque l’on enlève le tégument coriace de cette graine, on voit qu’elle consiste en un embryon charnu complètement, dépourvu de périsperme. Une coupe longitudinale, parallèle au sens dans lequel cette graine est déprimée, montre que la plus grande partie de la masse de l’embryon est constituée par un organe indivis qui n’est autre chose qu’un cotylédon unique; vers la base de ce cotylédon, on découvre la fente gemmulaire (ouverture de la gaine de la feuille cotylédonaire), et au fond de cette fente on trouve la gemmule, composée, avant la germination, d’une très petite feuille, à la base de laquelle on distingue le rudiment de la feuille suivante.
Lors de la germination, le cotylédon ne change pas de forme: il grossit et s’allonge en déchirant, par en haut, les tuniques de la graine. Les bords de sa gaine (fente gemmulaire) s’écartent pour livrer passage à la première feuille de la gemmule, qui est filiforme et atteint bientôt plusieurs fois la longueur du cotylédon ; en même temps la base du cotylédon se prolonge en une radicule obtuse. — Un mois plus tard, on voit la jeune plante étaler à la surface de l’eau deux ou trois feuilles longuement pétiolées et à limbe elliptique, ne différant des feuilles de la plante adulte que par leur petite taille.
alors , on retire la jeune plante de son vase submergé, on trouve encore la feuille cotylédonaire adhérente au collet, et l'on voit que ce cotylédon a prçduit à sa base une racine globuleuse que je puis comparer à la eacine de première année du Tamus communis . Cette racine globuleuse émet aussi, comme celle du Tamus communis , des libres radicales filiformes, sub-
Si
coléorhizées.
D’autre part la gemmule, en se développant, a constitué
une rosette de trois à cinq feuilles : la plus ancienne, quelquefois déjà détruite, est complètement linéaire ; la seconde est un peu élargie vers le sommet, et h’s suivantes sont pourvues de leur limbe elliptique qui s’étale à la surface
de Y
eau.
Cet embryon, si facile à suivre dans les phases de sa germina- Lon, ne diffère, comme on le voit, par aucun point essentiel de l’embryon des Monocotylées. Si donc la graine, dans le genre Saururus , présente un perisperme, et si son embryon est à deux cotylédons, le genre Aponoge - (on ne saurait en être rapproché ; il me semble, au contraire, devoir être P'acé non loin du genre Potamoyeton, dont il ne diffère essentiellement que
par ses carpelles renfermant plusieurs graines.
J ajouterai, en terminant, que Y Aponogeton distackyus, considéré généralement comme une plante de serre dans le nord de la France, couvrent à tous les climats tempères : il a été naturalisé depuis plus de vingt ans dans
le centre de la France, par M'" e Agi. Adanson et M. Anach. Doumet, dans une pièce d’eau du parc de Baleine (Allier); il y végète et y fleurit abondamment chaque année, sans nécessiter ni soins ni culture. Cette belle plante, si propre à décorer les bassins et les pièces d’eau, par son feuillage et surtout par ses fleurs élégantes et nombreuses, a, en outre, l’avantage de se propager facilement de graines, comme le prouve la réussite complète des semis que j’ai faits cette année à Costebelle près Hyères.
M. J. Gay demande à 31. Germain de Saint-Pierre quelle est son opinion sur l'affinité de cette plante.
31. Germain de Saint-Pierre répond qu’il la place près des Potamogeton.
M. Gay fait observer ;
Qu’après de lougues études sur les phanérogames aquatiques, Adrien de Jussieu était arrivé à une tout autre manière de voir. Suivant \ü\,\’A ponogeton serait allié avec le Triglochin et le Lilœa (genre dédié à Raffeneau- Delile), et rentrerait par conséquent dans la famille des Joncaginées.
M. Gay ajoute quelques détails sur la singulière destinée qu’a eue le nom sous lequel figure dans nos livres la plante dont il est ici question. Aponogeton signifie voisin ou habitant d’Aponus, comme Potamogeton signifie voisin ou habitant des fleuves, étant dérivé des mots grecs ttot agk et ytir wv. Aponus (aujourd’hui Abano) est, comme on sait, un établissement thermal situe près de Padoue, dans la vallée du Pô, célèbre dès le temps des empereurs romains, et qui a eu l’honneur de donner naissance à Tite-Live, établissement qui est encore fréquenté de nos jours, en raison de I utilité médicale de ses eaux. Or, Ponfédéra, qui écrivait dans le premier du dernier siècle, donna le nom d 'Aponogeton à une plante aquatique observée par lui dans les fossés des environs d’Aponus. La même plante tomba quelques années plus tard dans les mains de Micheli, le célébré obseï vateur florentin, et il la nomma Zannichellia , sans tenir compte du nom d Aponogeton de Pontedera, qui pourtant était antérieur de plusicuis an nées. C est ainsi que le nom de Zannichellia , adopté par Linné, s est pi° pagé jusqu à nos jours, au détriment d’un autre nom qui eût dû êfie con serve, puisqu’il était antérieur en date et qu’il ne prêtait à aucun doute, le était I état des choses, et un demi-siècle s’était écoulé, lorsque Thunbeig eut à décrire une plante du cap de Bonne-Espérance, à laquelle il fallait un nouveau nom générique. Aponogeton était vacant, et il l'appliqua a sa plante sans hésiter, et vraisemblablement aussi sans s’être rendu compte de son étymologie ni de ce qu’il avait antérieurement signifié.
C est dans le même sens que nous entendons aujourd’hui le mot Aponog ton, d’où résulte cette singularité d’un genre de plantes qui appartient tout