‹ Sur La Méthode Statistique et Son Emploi Dans Les Sciences MédicalesChapitre 12 sur 19 · RER TOR · texte numérisé non relu

RER TOR

existerait. L'idée d'une loi » de liaison « implique done qu'elle n’est pas une loi primitive, et que, en la supposant vraie, la vérité peut et même a besoin d'être expliquée. C’estune loi dérivée dont la source n’est pas connue encore. Pour rendre compte, pour trouver le pourquoi de la loi » de liaison, «il faudrait déterminer les lois dont elle est un effet contingent ; et si nous connaissions cela, nous saurions aussi quelles sont ses limites, et sous quelles conditions elle cesserait de s'accomplir.» Stuart Mill Système de logique (1).

Pour arriver à connaître cette explication, il fautavoir recours au rapprochement d'observations comparables. Dans ces observations on peut avoir les cas suivants : les circonstances ayant changé sauf une, le phénomène se produit toujours ; — ou bien, les circonstances persistant toutes sauf une, le phénomène disparaît! — ou bien, les circonstances ayant varié, le phénomène varie en même temps et dans le même sens ; — ou bien, une partie des antécédents étant connue et retranchée, le résidu du phénomène est l'effet des antécédents restants.

C'est par l'emploi de ces methodes (méthodes de concordance, de différence, des variations concomitantes, de résidu) qu’on peut arriver à l'explication d’une loi de liaison. Cette opération purement déductive, ne peut se faire que lorsqu'on a déjà les résultats connus de linduction. L'emploi de ces quatre méthodes peut être fait directement par l’expérimentation. Mais dans les cas où l’expérimentation ne peut avoir lieu, il peut encore se faire par

(1) Stuart Mill appelle les lois de liaison des lois empiriques.

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le rapprochement d'observations où les conditions d’une des méthodes se trouvent réalisées.

Reprenons l'expérience de Claude Bernard'sur l'acidité des urines chez les lapins soumis à l'inanition. De la constatation faite par le célèbre physiologiste, on ne pouvait conclure qu'une chose : c'est que l'inanition des lapins et l'acidité des urines étaient des phénomènes liés ensemble. C'était une simple loi de liaison ; ce n'était pas encore une loi scientifique. Il y avait simplement là un fait, mais sans explication. L'inanition des lapins ne rend pas compte de l'acidité de leurs urines ; 1l doit y avoir entre les deux phénomènes un chainon intermédiaire, qui soit d’une part l'effet de l’inanition et d'autre part la cause de l'acidité des urines. Claude Bernard fit l’hypothèse que l'inanition des animaux devait entrainer l’autophagisme, c'est-à-dire une consommation de matériaux azotés ; cette consommalion devait entrainer à son tour l'acidité des urines. Il fallait prouver que l'alimentation azotée élait capable de produire l'acidité des urines chez les herbivores. Pour le prouver Claude Bernard fait manger aux lapins du bœuf bouilli, et il constate encore l’aeidité des urines. En rapprochant cette deuxième observaton de la première, ia pu ainsi expliquer la liaison qui unit le phénomène de l'inanition à celui de l'acidité des urines. La méthode emplovée a été celle de concordance.

Ce que lon peut faire avec des phénomènes simples etavece l’expérimentation, on peut le faire avec des séries de phénomènes, On peut rapprocher et comparer ees

series ; on peut ainsi par le rapprochement de statistiques

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arriver par cette seule opération à expliquer une loi de liaison.

En Angleterre, un statisticien, M. Farr, constate la mortalité très élevée des nouveaux-nés dans les villes industrielles. Cette mortalité pouvait avoir différentes causes, misère physiologique des mères, conditions d’insalubrité de l'air, de lhabitation, ete. En rapprochant les statistiques prises pendant la crise cotonnière dans le Lancashire, époque à laquelle les conditions hygiéniques restant les mêmes, la misère ne fit qu’accroitre, on voit que la mortalité des enfants nouveaux-nés diminue ; tout simplement, parce que les mères, au lieu de confier leurs enfants, soit à des gardes privées, soit à des crêches, purent s'en occuper elles-mêmes et les nourrir. La non alimentation au sein est la cause principale de la mortalité des nouveaux-nés dans ces villes industrielles anglaises où le travail des femmes est généralisé (1).

La syphilis, lalbuminurie, ete., sont les causes ordinaires de l'avortement et de l'accouchement prématuré (cela constaté par les statistiques). Cependant il est un certain nombre de femmes, qui, venant à la Maternité ou dans un service hospitalier pour un avortement ou un accouchement prématuré ne présentent ni syphilis, ni albuminerie, niaffection morbide pouvant expliquer cette perturbation dans la gestation. En comparant sur ce point les statistiques des femmes arrivant directement du dehors avec celle des femmes ayant fait un séjour plus ou moins long dans un des asiles créés pour les femmes

1) Méthode de différence.

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