‹ Sur La Méthode Statistique et Son Emploi Dans Les Sciences MédicalesChapitre 13 sur 19 · RU ST · texte numérisé non relu

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enceintes, on s'apercoit que dans ces dernières statistiques l'avortement ou l'accouchement prématuré, si la femme n’est pas atteinte d'une des affections pouvantles entrainer, n'existe pas. D'où l’on peut conclure que dans les cas où l'avortement et l'accouchement prématuré ne sont pas produits par une affection morbide, ils sont le résultat du surmenage et des mauvaises conditions de vie. Les statistiques comparées permettent celte conclusion ; elles portent sur les femmes de la même classe de la société (celles des asiles sont même ordinairement les plus misérables; mais {andis que les femmes venant du dehors travaillent jusqu'au moment de l'accouchement, celles des asiles restent au repos (1).

Nous avions dit dans la première partie de ce chapitre que les stalistiques pouvaient nous donner des documents utiles pour les recherches scientifiques, fournir des indications pour la direction de ces recherches, en montrant les liaisons qui unissent certains phénomènes entre eux, haisons qui ne pouvaient être aperçues par une simple inspection. Nous voyons maintenant que par le rapprochement de stalistiques nous pouvons arriver à quelque chose de plus, c’est-à-dire à expliquer les rapports découverts. Mais pour cela on ne peut emplover que des statistiques compa rables, ce qui est le plus souvent ure condition très

1) Méthode des résidus. — La méthode des variations concomitantes est la méthode la plus communément emplovée dans le rapprochement de deux ou de plusieurs statistiques. C'est elle qui est utilisée ordinairement dans le rapprochement des tracés graphiques. Ÿ

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difficile à réaliser, On croit souvent être en présence de deux statistiques comparables ; mais au milieu de la com plexité des phénomènes on a laissé échapper une différen= <e, et le raisonnement, fait au moyen des deuxstatistiques, Conduit tout droit au sophisme.

Pierrot 7

Règles pour relever une statistique \:

Tout ce que nous avons dit de la statistique n’est vrai qu’à la condition que la statistique soit bonne, c’est-à-dire qu'elle soit bien relevée. Il ne suffit pas de rassembler des Chiffres pour avoir le droit de décorer du nom de statstique un amas de choses disparates et sans valeur. Rappe-

lons ce que dit Bouillaud : il déclare que les proposi-

tions énoncées par lui découlent « du rapprochement d’un grand nombre de faits bien observés, bien comptés et bien pesés. » « Le nombre, le poids et la mesure, a dit J. Herschel, sont les bases de toute science exacte. »

Il est nécessaire en effet qu'une statistique porte sur de grands nombres. Nous avons déjà insisté là-dessus, et nous croyons inutile d'y revenir. Les résultats fondés sur un petit nombre de faits recueillis ne peuvent être que provisoires ; ils ne posent que la possibilité d’un rapport qu'il s’agit de vérifier par une constatation plus étendue, et ils nécessitent de nouvelles recherches pour donner la garantie qu'ils ne sont pas la simple conséquence d’une coïncidence fortuite. -

Les faits recueillis doivent être bien observés. Il ne sert à rien d'accumuler un grand nombre de faits, si ces faits n’ont par eux-mêmes aucune valeurréelle. Un pareil

travail n’est utile qu'à entraîner dans les erreurs les plus.

die

graves. Un point de départ faux amène à des conclusions

-ærronnées. Les observations mal prises peuvent tenir à

deux causes : soit à la difficulté de rassembler les matériaux par suite de la complexité des faits, de l'absence de

commune mesure ou de classification ; soit le plus sou-

vent,à l'observateur lui-même, par suite de son ignorance, ou de sa négligence, ou de son intention de faire prévaloir les idées préconçues qu’il peut avoir sur le résultat

final.

Il faut tout d’abord que le soin de relever une statisti-

que d’une catégorie de faits soit confié à ceux dont les études ont trait à la catégorie de faits correspondants. Les

statistiques médicales doivent être faites par un médecin et non, par exemple, par un fonctionnaire administratif. D'autre part, si l’on veut que les faits soient bien observés, il ne faut pas se décharger sur la première personne venue du travail de les recueillir; l'obligation de prendre soi-même les observations n’est pas toujours possible à remplir. Enfin la troisième condition, peut-être la plus difficile à réaliser, c’est de se débarrasser de toutes les idées et de toutes les théories que l’on peut avoir sur le sujet et de toutes les hypothèses qu'on a pu faire.

La statistique médicale a été très décriée pour n'avoir pas toujours été relevée d’une façon exacte. Voici que dit Claude Bernard à ce sujet : |

« La première condition pour employer la statistique,

c'est que les faits auxquels on l’applique soient exacte-

ment observés afin de pouvoir être ramenés à des unités comparables entre elles. Or, cela ne se rencontre pas le plus souvent en médecine. Tous ceux qui

connaissent les hôpitaux savent de quelles causes d’érreurs grossières ont pu être empreintes les déterminations qui servent de base à la statistique. Très souvent le nom des maladies a été donné au hasard, soit parce que le diagnostic était obscur, soit parce que la cause de mort a été ins-

critesans y attacher aucune importance scientifique parun élève qui n’avait pas vu le malade, ou par uñe personne de l'administration étrangère à la médecine. Sous ce rapport,

il ne pourrait y avoir de statistique pathologique valable que celle qui est faite avec des résultats recueillis par le statisticien lui-même. »

Louis dit de son côté :

« Ce n’est pas assez de savoir qu’il faut des observations particulièresen médecine, si l’on n’est convaincu que, pour en recueillir de bonnes, il faut beaucoup de zèle, de temps et d'habitude. Il faut de l’habitude, car recueillir des observations est aussi un métier qui, comme tous les autres, s'apprend et ne se devine pas. »

Il faut que les faits soient bien pesés : c'est-à-dire qu'il fautqu'ils soient bien classés, suffisamment détaillés, bien mesurés, de façon à ce qu’ils soient comparables et. par suite utilisables. La statistique ést une addition, ét, comme toute addition, elle ne doit ajouter les unes aux: autres que des unités de même espèce. On n'additionne pas ensemble des grandeurs exprimées en mètres et d’autres en toises. Il doit en être de même dans une statistique. Ainsi s'exprime Rayer dans son rapport sur la statistique médicale :

« Le calcul, en quoi que ce soit, n’ést possible qu’autant qu'il a à sa disposition des quantités de même nature.

me OU

- Si on additionne des choses différentes, et, pour me tenir dans mon sujet, des observations qui ne soient pas suffisamment analogues, la somme à laquelle on croira être parvenu ne sera rien ou quelque chose de pis, et la conclusion tirée Sera aussi vaine que mensongère. » |

Pour que les faits recueillis soient comparables. il faut d’abord qu'ils soient bien classés. Depuis le début de la statistique et depuis la réunion de congrès internationaux, des tentatives constantes ont été faites pour uniformiser dans les différents pays et la méthode employée pour les relever les statistiques, et les classifications en usage pour grouper les résultats obtenus.

La classification a pour résultat d'obtenir des unités

bien définies et de même espèce, qu’on puisse rassembler, additionner dans une statistique. Il faut prendre garde que les uniformités obtenues ainsi soient réelles, et qu’elles ne soient pas une simple apparence qui cache des choses très dissemblables. « Les calculs approximatifs, dit Rayer, faits avec des unités mal déterminées (et le nombre de ces calculs en thérapeutique est très grand) n’ont produit qu’erreur et illusion... Combien d'expériences n'’a-t-on pas faites sur l'hydropisie, considérée comme unité ! Et n’est-cé pas d'hier que vous savez que cette prétendue unité se compose d’épanchements séreux, suites d’inflam-

“mations chroniques, d’affections du cœur, d’oblitérations des veines ; de maladies des reins et quelquefois d’altérations du sang ? »

Que des faits soientou paraissent classés, cela ne suffit pas. Il faut que cette classification soit poussée assez loin, soit assez détaillée, pour donner des documents

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