‹ Sur La Méthode Statistique et Son Emploi Dans Les Sciences MédicalesChapitre 14 sur 19 · NUE · texte numérisé non relu

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utiles et comparables. Que peut avoir pour le médecin la valeur d’une statistique portant sur l’action d’un médicament, même en déterminant exactement la nature de l'affection où il a été employé, si l’on oublie de spécifier le cas où les individus en traitement étaient des enfants, des adultes ou des vieillards ? Faites dans ce cas la moyenne des doses employées et vous aurez un résultat faux, inutilisable.

Il peut paraitre étonnant de voir de longues statistiques d’opérations assez délicates avec 100 pour 100 de succès ou un pourcentage très élevé. Ce sont des statistiques qui ne signifient rien, car il faudrait indiquer ce qu'on entend par succès, s’il y a guérison, amélioration ou simplement survie, et combien de temps après l’opération les cas de succès ont été notés.

Pour que les tables de morbidité fussent valables, il faudrait qu'elles fissent ressortir les influences de l’âge, de la saison, du genre de travail, de l’aisance ou de la pauvreté, de l'habitation, des épidémies régnantes ou des endémies.

Il en est de même pour toutes statistiques. On doit s’efforcer de décomposer les faits et leurs éléments, pour n’assembler que ceux qui sont véritablement comparables. C'est une tâche difficile, et l'on est toujours tenté de considérer comme analogues les faits groupés sous une même dénomination. Nous ne faisons souvent pas attention que cette dénomination couvre des faits indéterminés et quelquefois très différents. Le terme « mort-né », en France, signifie à la fois un enfant mort avant, pendant et après l'accouchement, sans qu'il y ait de limite exacte fixée

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pour savoir jusqu’à quand l’enfant mort après l'accouchement est mort-né ou ne l’est plus. D'autre part quelle significationetquelle valeur peut avoir le terme de nouveauné ? Voici ce que disait M. Lagneau à la Société de médecine légale de France, le 42 décembre 1881 :

« Dans certains pays, plus avancés que le nôtre sous le rapport des statistiques démographiques, on distingue, parmi les morts-nés, trois catégories, suivant qu’ils sont morts avant, pendant ou après l'accouchement ; dernière câtégorie ne comprenant que de faux morts-nés, c'est-à-

dire des nés-vivants morts durant l’espace de temps écoulé entre la naissance et la déclaration à l’état-civil. Ces distinctions, adoptées en Belgique sur l'initiative de M. Jansens, permettent de mieux préciser certaines différences dans la fréquence relative de la mortalité réelle ou apparente, suivant que les naissances sont légitimes ou illégitimes, ou suivant toute autre répartition de la natalité. M. Kummer en Suisse, M. Neumann dans le duché de Bade, ont même étudié la mortalité proportionnelle des nouveaux-nés durant les premières heures,le premier jour de l’existence, comme au delà. »

Il Ya cependant un écueil à pousser trop loin le: détail des faits ; c’est de tomber dans la notation des faits accidentels, et, dans ce cas, on serait bientôt réduit à faire une sfatistique pour chaque cas particulier, ce qui serait absurde. La règle, c’est d'avoir des faits de même espèce ; cele dépend de l’utilisation que l’on en veut faire. Si lon compare des kilomètres entre eux, on ne tient pas compte des centimètres, ni même des décimètres. Si l’on compare des arthropodes et des mollusques, on ne pousse pas

l'analyse des caractères aussi loin qu'entre un insecte et une araignée. Détailler les faits suivant leurs caractères essentiels, négliger leurs caractères accidentels, c'est à dire ceux que l'on. reconnait n'avoir aucune importance dans l’utilisation qu'on pourra faire de la statistique (4),

En, médecine, cette nécessité de bien classer les. faits a moins d'importance ; la classification médicale.est iden-. tique dans tous les pays. A ce point de. vue onaurait donc facilement des phénomènes comparables si, l'on. prenait. toujours la peine.de bien détailler les faits, Mais dans cette ‘scienge le grand inconvénient est l'absence de mesure, ou: du: moins de mesure précise ; ce qui fait qu’une statistique n'est: souvent comparable que: pour la personne qui l’& prise-elle-même, Que faut-il en effet pour mesurer bien et exactement ?

Que l'objet à mesurer soit bien fixé, précisé et défini :

Qu'il y ait une mesure reconnue pour le. mesurer

Que l'on. sache se, servir de cette mesure, ou qu'il y: ait des méthodes.sûres, pour y arriver.

Nous, avons déjà vu le,premier point. Quant aux deux autres points, nous avons, dit: qu’ils étaient très. dates àremplir.Ilexiste bien des phénomènes mesurables comme la température du corps ; d'autre part les tracés. du: pouls, de. la: respiration peuvent rendre de grands services. : Ja. toxicité des, urines, l'analyse. du suc gastrique, comme moyens, de, mesurer des, états pathologiques, ont. com= mencé. à être utilisées, ete. Mais ces. moyens ne peuvent pas, rendre compte de bien des faits : et l'on. Gba AS

(1) Voir le-bulletin, de l'Institut international de statistique.

présenter ceux-ei avec une estimation personnelle qui n'a pas de commune mesure. D'autre part les mesures faites par des observateurs différents ne sont pas toujours absolumentcomparables. L’équation personnelle qui intervient -dans toute observation, même dans l'observation astronomique, devient d'autant plus grande que les mesurages sont plus difficiles et que les mesures employées sont plus imparfailes ; ce qui est le cas ordinaire en médecine. Au sujet du mesurage de la capacilé crânienne, mesurage cependant bien simple si on le compare à celui de la plupart des faits médicaux, M. Debierre, professeur agrégé à la Faculté de Lille, s exprime ainsi :

= « Pour que des résultats sérieux sortent de ces comparaisons, 11 faudrait qu’elles soient faites sur des sujets de méme race et avec des chiffres provenant d'une même méthode de cubage. » (Debierre, le crâne des criminels).

Aussi, M. le professeur Bouchard, au sujet de l'emploi de la statistique en thérapeutique, dit que les meilleures statistiques sont les statistiques individuelles.

Nous formulerons, nous aussi, une proposition semblable : c’est qu'une statistique ne doit pas rassembler des faits pour lesquels il n'existe pas de commune mesure où pour lesquels les mesures employées sont trop imparfaites, quand ces faits sont relevés par des personnes différentes.

Il intervient aussi souvent, dans les faits médicaux, -un autre élément qui ne peut pas être mesuré el qui rend par suite non comparables, ces faits eux-mêmes ; c'est l’art. Vouloir comparer par exemple deux procédés chirurgicaux entre eux par des statistiques, est une pure

-chimère. On peut tout simplement arriver à comHailre Pierrot 8

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qu'un même chirurgien emploiera avec plus de succès cette méthode opératoire ou tel instrument. Mais cela ne voudra pas dire que cette méthode ou que cet instrument doit convenir le mieux aux autres chirurgiens. Ici interviennent l'habitude, l'éducation de la main, lFhabileté individuelle ; et tel chirurgien, qui ne réussira pas avec telle méthode préconisée par un confrère, se servira avec succès d’un tout autre procédé, c'est pourquoi il nous semble que les grandes polémiques, engagées avec ardeur: au sujet de la valeur de telle ou telle opération et appuvées de part et d'autre sur de longues statistiques, ne peuvent guère aboutir à une solution valable. Cette intervention. de l’art dans les opérations chirurgicales, était d’une importance capitale avant l’époque de l’anesthésie opératoire et de l'antisepsie. Actuellement, cette intervention est presque négligeable pour la plupart des opérations, car l’anesthésie et l’antisepsie ont rendu l'habileté presque inutile. Mais pour de grandes opérations, l’habileté devient nécessaire, et en même temps elle vient fausser les résultats statistiques, en y introduisant une inconnue individuelle qui est quelquefois très grande.

Il faut que les faits soient bien comptés : proposition qui parait naïve, mais qu'il est cependant nécessaire de se rappeler. On ne doit oublier aucun fait dans l'énumération, même si ce fait n'est pas favorable à la thèse que lon soutient, On ne doit pas non plus compler plusieurs fois un même fait. Cette erreur peut-être faite inconsciemment ; et M, le professeur agrégé Reclus (1) rap-

g{liVoinP. Reclus, cliniques de la Pitié, Chap. I.

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