‹ Sur La Méthode Statistique et Son Emploi Dans Les Sciences MédicalesChapitre 9 sur 19 · NOR · texte numérisé non relu

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sérum de Roux. Dans quelques cas graves seulement on en a fait une seconde et quelquefois une troisième de 10. En outre les enfants étaient soumisaux lavages de la gorge avec la liqueur de Labarraque età une alimentation tonique. La mortalité, qui était en 1888 de 55, 88 0/0, en 1891 de 52, 56 0/0, en 1892 de 47, 64 0/0 et en 1893 de 48, 17 0/0, tombe en 1894, lorsqu'on commence à pratiquer les injections à 21, 68 0/0. En 1895 elle est de 13,85 0/0, et, si l'on retranche 71 enfants morts moins de 24 heures après leur entrée, on arrive à une moyenne de 8, 13 0/0.

En chirurgie la statistique a permis d’établir les résultats des nouvelles opérations entreprises depuis l’antisepsie et de les comparer à ceux que donnait auparavant l’expec-

tative. C’est ainsi que d'après la statistique de Lee, sur 123 kystes de l’ovaire non opérés, 80 femmes sont mortes en moins de trois ans et 94 en moins de 5 ans, 17 ont vécu plus de neuf ans et quelques unes ont eu une survie quia pu aller jusqu’à cinquante ans. L'opération donne de bien meilleurs résultats : 453 succès sur 660 ovariotomies (Peaslée), 1136 guérisons sur 1646 opérées (Gaillard Thomas), ete.

C'est la statistique qui a permis d'affirmer que l'extirpation du cancer de la langue donne une survie plus ou moins longue. C'est elle qui a donné par comparaison les indications de préférer suivant les cas telle ou telle opération.

En obstétrique la méthode statistique est trèsemployée; par elle on connait la durée de la gestation, le poids, la longueur et le développement du fœtus et de ses organes aux différents âges, les poids normaux et les dimensions d’un nouveau né avant terme, la perte primitive, puis

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l’accroissement de poids par jour que doit présenter un nouveau né, etc. Elle a servi à déterminer la hauteur du fond de l'utérus aux différents mois, la fréquence de telle ou telle position ou présentation, les indications pour l’intervention de l’accoucheur, ete.

En hygiène,elle a été employée pour connaître l’influence des professions, de l'habitation, des agglomérations, de l'alimentation, etc, sur la morbidité et la mortalité. Elle a servi à montrer les moyens de propagation de telle ou telle épidémie contagieuse (ex.:eau de Seine dans la fièvre typhoïde) ; elle a été prise comme contrôle des mesures prophylactiques, etc.

En médecine légale elle peut être utilisée pour la recherche des causes de suicide, infanticide, etc., pour déterminer la date approximative de la mort d’un noyé. — La démographie n’existe que par la statistique.

Nous avons voulu montrer rapidement à quelles variétés d'emploi est soumise la statistique en médecine. Elle à rendu d'incontestables services en permettant d'étendre les connaissances médicales. On a pu remplacer bien des estimations fausses par des notions plus justes et plus rigoureuses. À côté de cela, on a vu la statistique donner de mauvais résultats ; c'était la faute des statisticiens. Nous allons essayer de déterminer ce qu'on peut tirer d’une statistique et indiquer comment l’on peut s’en servir. Dès maintenant cependant nous pouvons dire avee Raver:

« En médecine. le calcul est devenu un {élément de la méthode expérimentale ;

La méthode numérique donne le nombre des faits

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observés, et le nombre est un des principaux éléments de la mesure de l'expérience.

Les calculs approximatifs faits par les anciens, avee des unités vraies, bien déterminées, ont formulé des préceptes thérapeutiques non contestés ;

La double condition du progrès en thérapeutique est la détermination précise des unités morbides et la substitution du calcul rigoureux au ealeul approximatif;

L'application de la méthode numérique à la pathologie et à la thérapeutique doit être accueillie comme un progrès et comme un effort vers des solutions plus promptes et plus rigoureuses. »

La valeur de ces propositions apparaîtra encore mieux dans les chapitres suivants.

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De la statistique considérée comme méthode scientifique et au point de vue de lPextension des connaissances

Fondée sur la croyance au déterminisme universel, croyance qui n'a pu provenir elle-même que de la constatation empirique des rapports de causalité, la science a pour but de rechercher et de mesurer ces rapports. En enfermant une multitude de cas. particuliers dans une formule unique de détermination, elle ramène ainsi la multiphicité à l'unité.

« Les principes ou les théories qui servent de base à une science, quelle qu’elle soit, ne sont pas tombés du ciel ; il a fallu nécessairement y arriver par un raisonnement investigatif, inductif ou interrogatif, comme on voudra l’appeler. Il a fallu d’abord observer quelque chose qui se soit passé au dedans ou au dehors de nous. Dans les sciences, 1l y a, au point de vue expérimental, des idées qu’on appelle à priori parce qu’elles sont le point de départ d’un raisonnement expérimental ; mais au pointde vue de l’idéogénèse, ce sont en réalité des idées à posteriori. En un mot l'induction a du être la forme de raisonnement primitive et générale, et les idées que les philosophes et les savants prennent constamment pour des idées à priori, ne sont au fond que des idées à posteriori. »

RON OOREE

Claude Bernard (Introduction à l'étude de la médecine expérimentale).

L'esprit humain est accoutumé par une expérience déjà longue et inconsciente à croire que ce qui est arrivé dans des circonstances données doit se reproduire dans des circonstances exactement semblables. C'est cette tendance à la généralisation qui est le fondement de la science. Dans l'impossibilité où nous sommes de connaitre tous les cas où se produit un phénomène, nous sommes obligés de raisonner comme si nous les connaissions. La généralisation que nous faisons n'a qu'une valeur de probabilité pour les cas non encore observés. Il en résulte que dans toutes les sciences inductives «les principes desquels nous partons, de même que les conclusions auxquelles nous arrivons, ne représentent que des vérités relatives. » Claude Bernard (0. €.).

« Nous voyons surgir alors les questions suivantes : 1° quelle sorte de garantie avons-nous pour la vérité d'une assertion quelconque concernant une chose ou un fait extérieur quelconque qui n'a été rendu l'objet d'une observation directe ? 2° quelle mesure possédons-nous du degré ou de ‘la valeur de celte garantie, supposé que nous l’ayons à un certain degré, et que nous ne puissions pas atteindre à Ha certitude absolue ou mathématique ? »

« En ee qui concerne la première question, il faut admettre tout de suite qu'une conclusion tirée du raisonnement par induelion, c’est-à-dire d’une chose observée à une autre qui n’a pas été observée, ne peut présenter qu'une garantie provisoire. Si l'expérience non interrom-

pue de tous les observateurs, dans des cas innombrables,

ne constitue pas une raison suffisante pour étendre la conclusion à un cas non observé, mais qui peut être admis comme parallèle, alors l'argument par induction n'aurait pas d'influence sur la croyance humaine. Mais si d'autre part, une expérience du passé, aussi vaste et aussi uniforme, nous semble, par un sentiment irrésistible, garantir une conclusion quant au futur, nous pourrons alors adopter cette conclusion avec confiance, et nous décider à négliger le risque d’une erreur plus où moins infinitésimale, dont nous avons la perception distincte. C’est ainsi que nous arrivons à nous arrêter à une certitude pratique, différente de la certitude mathématique, dans toute recherche physique et dans toutes les transactions de la vie. » Herschél, sur la théorie des probabilités, in Quételet, Physique sociale.

Le raisonnement inductif est le fondement de la science. Or qu'est-ce que la statistique, si ce n’est une forme d'induction ? (1) Que fit done Claude Bernard, lorsqu'il eut constaté que l'urine des lapins, qui avaient jeuné accidentellement, était acide ? Il nous le dit luimême : il répéta l'expérience. Pourquoi répéta-t-il l'expérience ? C'était pour être bien sûr que l'acidité des urines était liée à l’inanition des lapins et qu'elle n’était pas un faitaccidentei dû à une cause indéterminée. Cetembryon de statistique lui ayant donné toute sécurité sur ce cas particulier, il soumit à l'inanition plusieurs herbivores d'autre

(1) À moins que l’on ne restreigne la définition de l'induction à l'opération même de l'esprit qui consiste à passer du particulier au général. Dans ce cas on peut dire que la statistique est le point de départ de toute induction. |

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