C. - Embryologie
L'hétérogénéité de structure de l’hypophyse, ses rapports étroits avec le tuber cinereum s’expliquent très clairement par son développement embryologique : l’embryogénèse est en effet différente suivant que l’on considère le lobe postérieur ou le lobe antérieur.
Le lobe postérieur naît d’une évagination du plancher du cerveau intermédiaire, dont l'extrémité forme le lobe nerveux proprement dit, alors que la base représente l’infundibulum et la partie moyenne de la tige pituitaire.
Le lobe antérieur se forme aux dépens d’une ébauche pharyngienne ou plus exactement d’une poche endo-ectodermique qui prend naissance au fond de l’angle stomodéo-intestinal. Cette poche fait saillie dans le crâne et va à la rencontre de l’ébauche nerveuse pour constituer le lobe glandulaire.
C’est de l’accollement de ces deux parties (pars nervosa et pars buccalis) que naît l’hypophyse. Ainsi que le fait remarquer COLLIN, une physe est une expansion cérébrale et l’hypophyse correspond au sens strict du mot à l’infundibulum et au lobe nerveux ; le lobe antérieur de structure glandulaire devrait seul s’appeler glande pituitaire. Dans la terminologie courante les mots hypophyse et glande pituitaire s’emploient indifféremment pour dénommer l’organe entier, dont on distingue les lobes, par leur caractéristique topographique, en antérieur, intermédiaire, postérieur.
A côté des données embryologiques pures, plaçons des faits expérimentaux du plus haut intérêt, parce qu’ils mettent en évidence l’importance de l’association des deux lobes de l’hypophyse.
Lorsqu’à des têtards de 4 mm. on enlève l’ébauche
buccale de l’hypophyse (SMITH 1910), l’infundibulum ne se développe pas, ou ne le fait que très imparfaitement ; le lobe nerveux est plus ou moins atrophié ; le plancher du III‘ ventricule reste membraneux, mais il suffit qu’un fragment de l’ébauche buccale ait été respecté pour qu’il détermine dans son voisinage un épanouissement du III: ventricule. Si le fragment a conservé sa situation habituelle, J’infundibulum et le lobe nerveux sont à peu près normaux. Par contre, si le fragment, déjeté par l'intervention, a pris contact en un point inaccoutumé du plancher du III: ventricule, c’est en ce point que se développera un nouveau lobe nerveux, à quelque distance de la neurhypophyse normale. Il semble que l’inverse ne se produise pas; le lobe nerveux n’a aucune influence sur le développement du lobe postérieur (HABERFELD 1909).
Il est remarquable que, contrairement à ce que l’on observe en général, ce soit une ébauche épithéliale qui commande ici le développement d’un tissu nerveux. Ce fait souligne bien l’importance de la juxtaposition de deux formations d’origine très différente. Il renforce l'hypothèse d’une association fonctionnelle de la glande pituitaire et du tuber cinereum.
Lorsque l’on considère les rapports étroits de la partie postérieure de l’hypophyse avec le plancher du ITT° ventricule : rapports de voisinage, relations nerveuses, similitude d’origine, on comprend les difficultés éprouvées par les physiologistes pour différencier nettement le rôle de la glande du rôle des centres nerveux.
A la lumière de ces connaissances embryologiques, anatomiques et histologiques, nous allons maintenant passer en revue les faits cliniques et expérimentaux qui forment les données de ce problème.