LA MKHE PT3 WASHINGTON SI
Sparte! Chaque jour elle se rôtirait dans la solitude des champs, et là, en présence de la création, elle avait, selon ses expressions, un entretien avec Dieu, et en revenait plus sereine et plus alTcrmic.
Il s'opère en ce moment une espèce de restauration littéraire qui reporte le goût des esprits vers les monuments de la littérature du dix-septième siècle. Molière, Racine et (lorneille sont ressuscites sur la scène française ; l'industrie de la librairie n'essaie de se relever que par la réimpression et l'illustration des chefs-d'œuvre du siècle de Louis XIV. On ne p uvait oublier les Lettres de madame de Sévignô, qui sont, avec les Mémoires du duc de Saint-Simon, les plus fidèles et
les plus spirituels représentant^^ de la langue, dv?s mœurs, des principaux événements, des préoccupations intimes et journalières de ce grand siècle.
On a beaucoup agité la question de savoir si madame de Sévigné avait écrit avec la pensée que ses lettres seraient publiées. Nous ne le croyons pas ; mais évidemment elle songeait, en les écrivant, à l'effet qu'elles devaient produire hors du cercle de l'intimité auquel elles s'adressaient. Elle dit quelque part : « Est-il pos- » sible que mes lettres vous soient agréables au point » que vous le dites? Je ne les sens point telles en sor- » tant de mes mains, je crois qu'elles le deviennent en » passant par les vôtres; enfin, c'est un grand bonheur » que vous les aimiez; vous en êtes accablée de ma- » nière que vous seriez fort à plaindre si cela était au- » trement. M. de Coulanges est bien ewpeinede savoir » laquelle de vos madames y pretidgoût; nous trou- » vous que c'est un bon signe pour elle ; car mon style » est si négligé, qu'il faut avoir un esprit naturel et » du monde pour pouvoir s'en accommoder. » Elle dit
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aiîîeurs : « Vous savez qnc je n'ai qu'un trait de » plume, ainsi mes lettres sont fort négligées; mais c'est » mon style, et peut-être qu'il fera autant d'effet qu'un » autre plus ajusté... Mes lettres sont écrites d'un B Irait ; vous savez que je ne reprends guère que pour j> faire plus mal... Si vous trouvez mille fautes dans » cette lettre, excusez-les, car le moyen de la relire ? »
Ces aveux et tout ce semblant de modestie suffisent pour montrer que madame de Sévigné, en écrivant ses lettres, se préoccupait beaucoup de l'effet qu'elles produiraient, ce qui ne leur enlève pas leur charme exquis de grâce, de vivacité, de naturel; l'art ne nuit jamais.
Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, e.?t née le 5 février 1627, en Bourgogne. Ayant perdu sa mère dans l'âge le plus tendre, elle fut élevée par l'abbé de Coulangcs, dont elle a immortalisé le nom sous le titre de Bien Bon. Ses premières années se passèrent à quatre lieues de Paris, dans le joli village de Sucy ; Ménage et Chapelain, qui venaif^nt souvent choz son
aïeul, Coulanges le financier, cultivèrent son esprit. Elle avait une taille élégante, des cheveux blonds, une fraîcheur éblouissante, une expression de figure vive et spirituelle. A peine âgée de dix-huit ans, elle épousa, le l*' août 1644, Henri de Sévigné, maréchal de camp. Le marquis vivait peu avec sa femme, se livrait à de folles dépenses et à la débauche; en 1651, il fut tué en duel. Veuve à un âge si peu avancé, madame de Sévigné renonça à renouer de nouveaux liens, et se consacra tout entière à l'éducation de son fils et de sa fille. En 1634, après avoir réparé le désordre de ses affaires, elle parut dans le monde, et fit les délices de l'hôtel de Rambouillet^ dont son esprit délicat lui fit éviter le mauvais goût et le ridicule. Madame de Sévigné eut de nombreux et illustres prétendants à son amour; mais elle ne voulait que des amis, elle en eut beaucoup. Elle fut liée avec le surintendant Fouquct, et eut la gloire de partager avec La Fontaine et Polisson le counige de rester fidèle à un ami, en dépit de la disgrâce de Louis XIV. La grande passion de madame
de Sôvignô fut pour sa fille, madame deGrignan. dont l'éloigncment de sa mère nous a valu la plus nombreuse partie de ces lettres si naïves et si spirituelles, si pleines d'abandon et d'originalité. Son fils était indigne d'une telle mère par la légèreté et le désordre dosa vie.
On a souvent reproché à madame de Sévigné de mellre de l'affectation dans l'expression de ses sentiments pour sa fille, on est même allé jusqu'à les mettre en doute. La mort de madame de Sévigné est la meilleure réponse à cet injurieux soupçon. Vers la fin de mai 169i, elle fit son dernier voyage en Provence, à Grignan. Au moisd'octobre 1693, madame de Grignan fut atteinte d'une grave maladie ; sa mère, qui était encore auprès d'elle, en fut très-accablée : elle lui prodigua les soins les plus assidus et les plus touchants; elle se relevait les nuits pour aller voir si sa fille dormait, et s'oubliait ainsi elle-même pour ne songer qu'à l'état de madame de Grignan. Excédée enfin de fatigues, elle tomba malade, le 6 avril 1696, d'une fièvre
continue, qui l'emporta le quatorzième jour, à l'âge de soixante-dix ans et deux mois.
Elle expira calme et résignée. Dans la vie privée, elle était simple et bonne, naturelle et obligeante : elle a vécu avec les personnages les plus distingués du siècle de Louis XIV. On a beaucoup reproché à madame de Sévigné de ne pas aimer Racine, on lui a même fait dire une phrase qui lui est généralement attribuée : « Racine passera comme le café. » Madame de Sévigné n'a jamais écrit ce jugement, il ne se trouve dans aucune de ses lettres. C'est en 1696 que ces lettres célèbres commencèrent à être connues par la publication des Mémoires de Bussy-Rabutin, son cousin, qui en avait inséré plusieurs. Successivement, tous ceux qui on possédaient les publièrent. L'édition la plus complète et la plus fidèle, qui reproduit le véritable texte de madame de Sévigné, a paru en 1818; elle a été faite par M. de Monmcrqué.
La correspondance de madame de Sévigné est à peu près le seul recueil de lettres que l'on puisse lire d'un
bout à l'autre sans ennui. La situation des personnages intéressés à la correspondance (mesdames de Sévignô et de Grignan) reste toujours la même; les détails se répètent sans cesse; les événements racontés n'ont, sauf quelques exceptions, qu'une médiocre importance ; et, malgré tout, on est emporté au flot de celle causerie spirituelle et facile. Ce qui attache surtout, c'est cette impressionnabilité rapide, exnansive et un peu coquette, qui constitue véritablement la personnalité de notre nation.
Tout le monde a lu certains récits de madame do Sévigné : la mort de Turenne, le suicide de Vatel, la douleur de madame de Longueville en apprenant la perte de son fils, l'annonce du mariage de Mademoiselle avec Lauzun ; mais, en dehors de ces lieux commu ns de l'admiration, on trouve à chaque instant des passages merveilleux de finesse ou de profondeur. . En parlant à sa fille de chagrins récents, elle lui dit: « H est vrai qu'il ne faudrait s'attacher à rien, et qu'à tout moment on se trouve le cœur arraché dans les
grandes et les petites choses ; mais le moyen ? Il faut donc toujours avoir cette morale dans les mains, comme du vinaigre au nez, de peur de s'évanouir. »
Et elle ajoute plus loin : « Je m'en vais tout présentement me promener trois 'i quatre heures à Livry. J'étouffe, je suis triste : il faut que le vert naissant et les rossignols me redonnent quelque douceur dans l'esprit. »
Dans une autre lettre viennent ces remarquables réflexions sur la mort: « Vous me demandez si j'aime toujours la vie. Je vous avoue que j'y trouve des chagrins cuisants ; mais je suis encore plus dégoûtée de la mort. Je me trouve si malheureuse d'avoir à finir tout ceci par elle, et que si je pouvais retourner en arrière je ne demanderais pas mieux. Je me trouve dans uh engagement qui m'embarrasse. Je suis embarquée dans la vie sans mon consentement; il faut qne j'en sorte, cela m'assomme. Et comment en sortirai-je? par oîi, par quelle porte? Quand sera-ce? en quelles dispositions? Souffrirai-je mille et mille douleurs' qui me
feront mourir (li^sespérôe? Aurai-je un transport au cerveau? Mourrai-je d'un accident? Gomment scrai-je avec Dieu? qu'aurai-je à lui présenter? La crainte, la nccessitô, feront-elles mon retour vers lui ? N'aurai-je aucun autre sentiment que celui de la peur? Que puisjo espérer? Quelle alternative! quel embarras! Rien n'est si fou que de mettre son salut dans l'incertitude ; mais rien n'est si naturel, et la sotte vie que je mène est la chose du monde la plus aisée à comprendre. Je m'abîme dans ces pensées, et je trouve la mort si terrible que je hais plus la vie parce qu'elle m'y mène que par les épines qui s'y rencontrent. Vous me direz que je veux vivre éternellement! Point du tout ; mais si on m'avait demandé mon avis, j'aurais bien aimé à mourir entre les bras de ma nourrice ; cela m'aurait ôté bien des ennuis, et m'aurait donné le ciel bien sûrement et bien aisément. »
Plus tard elle revient sur les mômes idées, lorsque l'âge l'avertit que le terme ne peut être éloigné : « Je trouve les conditions de la vie bien dures, dit-elle ; il
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me semble que j'ai été traînée malgré moi à ce poin' fatal où il faut souffrir la vieillesse. Je la vois, m'y voici, et je voudrais bien au moins ménager de ne pas aller plus loin ; de ne point avancer dans le chemin des infirmités, des douleurs, des pertes de mémoire, des cléfigurements qui sont près de m'outrager; et j'entends une voix qui dit: Il faut marcher malgré vous; ou bien, si vous ne voulez pas, il faut mourir, qui est une autre extrémité où la nature répugne. Voilà pourtant le sort de tout ce qui avance un peu trop ; mais un retour à la volonté de Dieu, et à cette loi universelle où nous sommes condamnés, remet la raison à sa place et fait prendre patience. »
Cependant ces grandes questions ne préoccupent madame de Sévignéqu'à de longs intervalles. Le plus souvent, son observation se porte sur les faits, les sentiments ou les personnes. Par exemple, à propos de sa tante, qui avait eu beaucoup à souffrir de ?u. de la Trousse, et qui recevait de lui, à son Ht de mort, des î(î>ttres d'une tendresse excessive, elle s'écrie : « Ce
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sont des aniiliés de l'agonie dont je ne fais pas grand cas; j'en quitte ceux qui ne commenceront que là à m'aimer. Ma fille, il faut aimer pendant la vie, comme vous faites, la rendre douce et agréable, ne point noyer d'amertume ceux qui nous aiment ; il est trop tard de changer quand on expire. »
Ce précepte, madame de Sévigné l'appliqua, pour son propre compte, à toutes ses affections. Rien de plus faux que les prétendues querelles de la mère et de la fille, supposées sans aucune preuve par mademoiselle de Sommery, et que contredisent tous les témoignages contemporains. Il suffit, d'ailleurs, de lire les lettres de madame de Grignan pour s'assurer que ces prétendues divisions se bornèrent à quelques plaintes tendres et à quelques doux reproches. Toute la correspondance de madame de Sévigné respire l'amitié la plus sincère et la plus indulgente. Elle ne s'occupe que de sa fille, elle n'aspire qu'à sa fille. Pour elle, Paris est en Provence. La santé de madame de Grignan l'inquièto sans cesse ; elle a mal à sa iwitrine; elle voudrait être
à ses c6t'5s pour diminuer sa fatigue, écarter les importuns, et écumer sa chambre des fâcheux^ comme elle le faisait autrefois. Si elle hasarde quelques conseils sur les excessives dépenses du comte de Grignan qui le conduisent inévitablement à la ruine, c'est avec une finesse pleine de réserve ; elle laisse deviner le blâme plutôt qu'elle ne le formule. « Quand je me représente, écrit-elle, la quantité de monde que vous êtes à Grignan, que c'est cela qui s'appelle être dans son château, à se reposer un peu des autres dépenses, je voudrais en rire si je pouvais et je me dis : Elle est emportée par un tourbillon violent qu'elle ne peut éviter, qui la suit partout ; c'est sa destinée I Et en même temps je comprends que Dieu y proportionne votre courage et cette conduite miraculeuse qui fait que vous êtes toujours en l'air et que vous volez sans ailes. Pour moi, ma chère enfant, je tombe toute plate, quand je n'ai rien, je n'ai rien. »
Outre ces mille traits profonds ou charmants, ses lettres abondent en détails sur les mœurs, sur les évé-
ncmcûts et sur les personnages de son temps. En baissant, comme elle le dit, trotter sa plume et lui mettant la bride sur le cou, elle répète tout ce qu'elle voit, tout ce qu'elle sent, et ces confidences, pour ainsi dire involontaires, ont, par cela môme, un cachet de vérité qu'on ne retrouve pas au môme degré dans les mémoires du temps.
Lisez plutôt ce qu'elle raconte, en passant, de la misère du peuple ruiné par les prodigalités de Louis XIV. Un passementier du faubourg Saint-Marceau, taxé à dix écus pour un impôt sur les maîtrises, ne les avait pas. Il demande du temps : on refuse ; on prend son lit et son écuelle. Alors, furieux, il coupe la gorge à trois de ses enfants, et sa femme ne sauve le quatrième qu'en prenant la fuite avec lui. « Le pauvre homme est au Cliâtelet, conclut madame de Sévigné ; il sera pendu dans un jour ou deux. »
Ailleurs elle parle de la somme payée par la Bretagne pour se racheter d'un impôt que l'on rétablit trois mois après; et comme les Bretons se révoltent, on en-
voie des troupes qui pillent, incendient, massacrent des enfants, et qu'on laisse faire afin de répandre dans la province une terreur salutaire.
Quand il est question de l'affaire de la Voisin, on voit qu'une partie de la cour se trouve compromise dans ces accusations d'empoisonnement, et que la poudre de succession paraît être passée dans l'usage journalier. Madame de Sévigné s'étonne que Pomenars, déjà convaincu de rapt, de fausse monnaie, de meurtre, chargé de deux condamnations capitales, et qui continue à braver la justice, ne soit point mêlé à cette affaire. « Serait-ce, dit-elle, le seul crime dont il n'au rait point essayé? » Et elle ajoute mille détails sur ce spirituel scélérat, reçu en sa qualité de gentilhomme, dans toutes les sociétés, et que les plus honnêtes gens de la cour traitent familièrement comme un ami.
Au milieu de tous ces crimes et de toutes ces misères, les fêtes splendides se succédaient à la cour. Le prince de Gondé recevait le roi et dépensait, rien que pour parfumer les appartements, trois mille livres en ionr
quilles. Les femmes à la mode, après avoir brillé un moment, se convertissaient, c'est-à-dire retiraient leurs mouches et leur rouge; car le rouge, ainsi que le fait observer madame de Sévigné, « pouvait être regardé comme la loi et les prophètes : c'était toujours le christianisme. » On employait toute son intelligence et tout son crédit d'abord pour figurer dans un ballet du roi, plus lard pour assister à une représentation à'Esther à Saint-Cyr. Madame de Sévigné fait, sans y penser, une peinture saisissante de cette société étrange, où la vie et le bonheurne semblent permis qu'en haut, tandis que l'agonie est en bas. Fidèle interprète de son siècle, elle ne s'étonne point, au reste, de ce qu'elle voit ; elle le rapporte sans commentaires.
Cependant, par instants, les mérites de ce peuple écrasé lui arrachent un cri d'admiration : « Je trouve ici, dit-elle, en écrivant des Rochers^ des âmes de paysans plus droites que des lignes, aimant la vertu comme les chevaux trottent. »
Toutes ces anecdotes, tous ces jugements, toutes ces
confidences, sont entremêlés des détails les plus familiers. Tantôt ce sera la desciptiou d'une coiffure nouvelle ; tantôt le nom du meilleur cordonnier de la cour (Georget) ; tantôt Id description d'un incendie, celui de la maison de M. de Guitaul, oîi l'on voit l'absence de tout secours organisé, et les flammes éteintes par les frères capucins ; tantôt la peinture d'un départ de chaîne pour Toulon, dans laquelle elle nous montre des femmes suivant lès condamnés pour aller s'établir près d'eux au lieu de leur captivité ; tantôt enfin' la procession de saint Marceau, patron des orfèvres, qui lui ont fait une châsse valant deux millions, et qu'on ne peut faire sortir de l'église qu'à la condition de lui joindre la châsse de sainte Geneviève.
Une autre fois, elle constate que tous les chemins de Bourgogne sont impraticables au mois de juin^ qu'on assassine impunément à tous les carrefours, et que la poste met neuf jours pour se rendre de Provence en Bretagne.
A la même époque, les voyageurs qui se rendent de
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Paris à Nantes ont besoin de plusieurs relais de chevaux préparés d'avance ; en atteignant la Loire, ilsera- Larqucnt le carrosse qui leur sert de cabane. Madame deSévigné s'extasie sur la commodité de cette nouvelle invention : « Nous ne sommes que l'abbé et moi dans ce joli cabinet, sur de bons coussins, bien à l'air et bien à notre aise, dit-elle en racontant un de ses voyages ; tout le reste comme des cochons sur la paille. On a un fourneau ; on mange sur un ais dans le carrosse, comme le roi et la reine ! Voyez, je vous prie, comme tout s'est raffiné sur notre terre, et comme nous étions grossiers autrefois que le cœur était à gauche î »
Le récit de ces voyages, et surtout du séjour aux Rochers, occupe une grande place dans la correspondance de madame de Sévigné.
Cette habitation, qui nous a été heureusement conservée et que l'on peut visiter près de Vitré, département d'Ille-et-Vilaine, fut plantée et agrandie par la mère de madame de Grignan, qui, à chaque nouve/u
terrain acheté, s'ôcriait plaisamment: « Je te fais parc ! » et y continuait ce mail et ces belles allées où la lune produisait le soir des effets si plaisants. Le hasard avait donné aux ombres des arbres et des buissons des apparences de moines blancs ou noirs, de religieuses grises, de petits hommes cachés qui ne montraient que la tête, de prêtres qui n'osaient approcher! « Après avoir ri de toutes ces figures, achève la narratrice, et nous être persuadées que voilà ce qui s'appelle des esprits et que notre imagination en est le théâtre, nous nous en revenons sans nous arrêter. »
La vie de madame de Sévigné se partageait, dans L solitude des I^ochers, entre les promenades, les lectures, la prière : « Quand il me vient des madames du voisinage, je prends vitement mon ouvrage ; je ne les trouve pas dignes de nos bois. Je les reconduis ; la dame en croupe etjp galant eriiselle s'en vont souper, et moi je vais me pf6Hg>on/3r.,Je veux penser à Dieu, je pense à vous; je veux dire mon chapelet, je rêve. Je trouve Pilois (le jardinier), je parle de trois ou quatre allées
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que je vais faire, et puis je reviens quand il fait du serein de peur de vous déplaire. »
Après le souper, le fils de madame de Sôvigné lisait tout haut quelque histoire ou même un roman ; il se retirait à dix heures, et sa mère prolongeait seule la veillée jusqu'à minuit : « Voilà, dit-elle à madame Grignan, la règle de notre couvent ; il y a sur la porte :