‹ Sur la pelouseChapitre 14 sur 17 · SOUVENIRS D*UN GAULOIS · texte numérisé non relu

SOUVENIRS D*UN GAULOIS

comme s'ils voulaient présenter au peuple et à la cltô celui qui vient de recevoir le titre de citoyeo.

La prise de la toge virile n'a lieu qu'une fois l'an, l^endant le mois d'avril, à l'époque des Liberalia ou fêtes de Bacchus, ce qui lui a fait donner aussi le nom de tofje libre; mais malgré ce nom, le jeune homme qui la porte reste soumis au père de famille et dans sa dépendance jusqu'au jour où le mariage lui confère à luimême une autorité domestique en le faisant chef d'un foyer.

L'ami de Quintus avait déjà fiancé son fils à la jeune Romaine qu'il allait épouser, car la loi défend de contracter aucun mariage sans l'avoir fait précéder do cette promesse légale qu'on nomme fiançailles. Elle peut être simplement verbale, pourvu qu'elle soit faite devant témoins; mais le plus souvent elle est constaté» par contrat.

Nous nous rendîmes à la maison nuptiale et mon

hôte me donna, en route, quelques explications sur les

> cérémonies des noces chez les Romains.

— Le mode de mariage le plus ordinaire, dit-il, est celui par coempt'ioji. qui simule un marché, La femme se présente avec trois as (1) ; le premier qu'elle donne à son mari sert à l'acheter , le second qu'elle offre aux dieux Lares lui acquiert la participation au culte domestique , le troisième qu'elle dépose près de la porte lui donne droit d'entrer dans la maison. Arrivée près du seuil , elle demande au mari :

— Veux-tu être mon père de famille ?

Il répond affirmativement et le mariage est conclu.

— Est-ce là ce que nous allons voir? demandai-je.

— Non, me répondit Quintus ; mon ami a préféré le second mode de mariage, qui est le plus rarement employé, et qu'on nomme mariage par confarréation. Il a une solennité religieuse, qui donne à l'engagement quelque chose de plus sacré.

Nous trouvâmes, en arrivant , la porte de la maison décorée de tentures blanches et de verdure. Les dix

(i) Un as valait quinze centimes.

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témoins exigés étaient déjà réunis. La jeune épousée portait une tunique blanche ornée de bandelettes ; une ceinture de laine de brebis lui serrait la taille ; ses cheveux, partagés en six tresses, formaient une coiffure élevée, traversée par un javelot d'or et surmontée d'une petite couronne de marjolaine. Enfin un voile transparent et couleur de flamme laissait seulement deviner ses traits.

Le pontife, qui nous attendait, commença alors la cérémonie. Il offrit d'abord du lait et du vin aux dieux Lares, couvrit d'un voile la tète des deux fiancés, leur offrit un gâteau de froment dont ils mangèrent, puis dit au jeune homme :

— Je vous donne Flavia; soyez son e'poux^ son ami, son tuteur^ son père ; je vous fais le maître de tous ses biens et je la confie à votre bonne foi.

Puis il unit leurs mains et fit des sacrifices en l'honneur de Gérés, de Phébus, de Junon et de Bacchus. Le contrat de mariage fut enfin envoyé aux magistrats, pour être consigné dans les actes piûjlics.

A la chute du jour, on conduisit la nouvelle épouse en grande pompe à la demeure de l'époux qui l'attendait sur le seuil, et lui demanda :

— Qui êtes- vous?

— Là où vous serez Caïus, je serai Caïa, réponditelle ; faisant allusion à Caïa Concilia , belle-fille de Tarquin, qui fut le modèle des épouses.

On lui fit alors franchir la porte qu'elle orna de bandelettes de laine, comme symbole de sa diligence à filer la toison des brebis, et tout le monde se mit à table.

En revenant de cette cérémonie nuptiale, Quintus m'a conduit chez sa cousine Claudia, dont il voulait avoir des nouvelles. On ne sut point nous dire que la riche veuve était absente, de sorte que nous avons pénétré jusqu'à son cabinet de toilette, que son esclave favorite mettait en ordre.

— Par Hercule I s'est écrié mon hôte, puisque le hasard vous permet de voir cet arsenal de la coquetterie romaine, je veux que vous puissiez l'examiner en détail.

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Il s'est aïors adressé à l'esclave Néère, qui nous a fait, en riant, les honneurs de ce laboratoire féminin.

Laboratoire est le vrai mot, car les matrones eiaploient beaucoup d'art, de patience et de travail

A réparer du temps l'irréparable outrago.

Leur beauté leur appartient véritablement, vu qu'elles la composent tous les matins!

Néère nous a d'abord fait voir plusieurs casques de cheveux dont se sert sa maîtresse pour remplacer ceux qu'elle a perdus, et tous de ce blond élincelant si commun en Germanie ; puis des rangées de dents montées sur un fil d'or, des couleurs fabriquées à Rhode, qui font du teint de Claudia un mélange de lis et de roses; du noir pour lui dessiner des sourcils, une pommade de fèves qui efface les rides, des pastilles de myrte et de lenlisque destinées à embaumer l'haleine, des corsets en cuir de bœuf, des opiats de roses hachées pour les dents, et des pâtes d'Athènes, dont elle s'enduit le vi-

sage tous les soirs, afin de conserver la souplesse do sa peau.

Quant à sa garde-robe, elle occupait une pièce tout entière, et l'esclave nous montra jusqu'à dix-huit sortes de manteaux. Nous vîmes également des cassettes remplies de colliers d'émeraudes, de ceintures de perles, de bracelets d'or pesant jusqu'à dix livres, de boucles d'oreilles ou crotales tintant comme des grelots.

Dix ou vingt esclaves sont habituellement occupées â la toilelte d'une matrone romaine; chacune a son département particulier dans cette œuvre sérieuse ; mais les plus importantes sont les cosmètes^ spécialement préposées à la coiffure. Il faut qu'elles sachent varier chaque jour sa forme, car, comme le dit Ovide, on compterait plus facilement les glands d'un chêne ou les abeilles de l'Hybla, que les différents édifices en cheveux inventés par la coquetterie romaine.

Pendant que j'examinais en détail toutes les parties de ce monde d'une femme, comme on l'appelle ici, les regards de Quintus tombèrent sur un volume qu'il prit

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et se mit à feuilleter : c'étaient les Actes dinrnaux.

On donne ce nom à un recueil dont César eut la première idée, et dans lequel on consigne les principaux événements, les nouvelles publiques ou privées qui occupent la curiosité, les triomphes et les chutes des acteurs, des musiciens ou des auteurs.

Voici quelques articles de ce diurnal, pris au hasard et copiés sur mes tablettes.

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