UNE POURSUITE D'ENFANTS
Combien de fois, arrêté par le hasard dans quelque village écarté, vous êtes-vous laissé prendre au calme qui vous entourait ; combien de fois avez-vous dit qu'il serait doux d'achever là ses jours, loin des intrigues et des passions de la ville I L'homme est tellement poursuivi par l'idée d'un bonheur véritable et complet, qu'il ne peut cesser de le chercher sur la terre ; un vain espoir lui fait dés';rer sans cesse le changement ; comme si les diverses conditions n'étaient point, hélas I des
cadres différents, enveloppant toujours une même infirmité, la vie 1
De tous les lieux qui charment ainsi au premier aspect, aucun, peut-être, n'est plus propre que le village d'Érié à donner ce désir subit de retraite et cet espoir de bonheur. Je m'y étais arrêté, il y a quelques années, séduit, comme tant d'autres, par le paysage, et regrettant de ne pouvoir passer que quelques heures dans une vallée où il semblait que Dieu eût dû placer le paradis terrestre.
J'avais fait à l'auberge la rencontre d'un vieillard autrefois libraire dans la petite ville voisine, et maintenant secrétaire de la mairie du village. Il m'avait étonné dès l'abord par l'élégance ingénue de son langage et la finesse de ses remarques. C'était un de ces hommes pénétrants et simples qui passent leur vie à fouiller la science el l'art dans le seul but d'en voir les beautés ; espèces de portiers du monde de l'intelligence, qui veulent connaître tout ce qui y entre et tout ce qui en sert, et n'osent jamais eux-mêmes dépasser le seuil.