UNE POURSUITE D'ENFANTS ~Z
Nous nous étions assis tous deux à la porte de rhûlcl- Icrie, avec les voyageurs et les voisins que la fraîcheur du soir attirait comme nous au dehors. La journée avait été étouffante ; mais la brise venait de s'élever, et faisait tournoyer sur la place du village de petites trombes de poussière qui allaient se perdre dans les ifs du cimetière.
Tout à coup de grands cris s'élevèrent au loin, et une troupe d'enfants apparut à l'extrémité du village. Ils tournèrent l'église et descendirent, en courant, vers les prairies. Tous agitaient leurs casquettes ou leurs bonnets de laine, regardant en l'air comme s'ils eussent poursuivi quelque chose dans les nuages. Ils arrivèrent ainsi jusqu'au taillis nouvellement coupé, qu'ils traversèrent malgré les souches et les ronces.
— Sur mon âme! s'écria le menuisier Fortin, assis h quelques pas de moi, ces drôles sont fous 1 ne Iraversent-ils pas ce fourré en courant t Ils y laisseront la moitié de leurs culottes.
— Les voilà arrivés au ruisseau, ajout:, un voyageur
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qu'à ses grandes guêtres de daim et à sa casquette de peau il était facile de reconnaître pour un chasseur ; voyez ! iîs le traversent comme une brave meute... les voilà qui gravissent maintenant le coteau.
— Et qui courent le long du ravin, continua le fermier Rigaud inquiet, sans songer que le pied peut leur manquer.
— Jésus ! s'écria une vieille, en voilà deux qui roulent au fond.
Tout le monde se leva avec une exclamation d'effroi, mais les enfants venaient de se relever, et, profitant de leur chute, tournaient la colline pour rejoindre leurs compagnons. Ils reparurent bientôt de l'autre côté; puis, continuant le long de la prairie, ils arrivèrent jusqu'à la place, haletants et mouillés, mais triomphants.
— C'est Jacques qui l'a attrapée I répétaient-ils tous à la fois.
— Quoi donc? demandai-je.
— Une plume.