ADAM EEIÜSE LA POMME
Où ai-je donc lu cette histoire d’un écrivain politique très-pauvre; c’était dans un pays parlementaire; le ministère, auquel il avait porté parfois de rudes
coups, tenait fort h l’avoir dans ses rangs. On lui députa un homme considérable et ayant la réputation de connaître et de manier adroitement les instincts humains.
On introduit le visiteur; la conversation effleure vingt sujets. On en vint à parler de l’indifférence publique pour le mérite, de la cécité de la fortune; l’écrivain répondit qu’il n’avait à se plaindre ni de l’une, ni de l’autre.
Il avait son cercle d’auditeurs dévoués, et il lui semblait que, si la fortune cessait d’étre aveugle, elle aurait plutôt à reprendre des bienfaits qu’à en distribuer de nouveaux.
— C’est égal, dit le serpent, il est triste dè voir un homme d’un grand talent, sinon entravé et arrêté, du moins préoccupé par les soins de sa fortune; et je pense souvent à vous, ajouta-t-il.
— Permettez..., dit l’écrivain.
Il sonna, et son unique domestique parut.
— Joseph, ([u’ai-jc mangé à mon dîner hier ?
— Monsieur, dit Joseph, une épaule de mouton.
— Et à mon déjeuner?
— Monsieur, dit Joseph en rougissant, une tranche froide de l’épauie de mouton d’hier.
— Et qu’aurai-je à mon dîner ce soir ?
Joseph hésita, se troubla; mais son maître insista d’une voix brève et impérieuse.
— Eh bien, monsieur aura ce soir, à son dîner, le restant de l’épaule de mouton réchauffé.
— Monsieur, dit le tentateur, je comprends : il ne me reste plus rien à faire ici que de vous demander la permission de venir quelquefois causer avec l’homme le plus riche que je connaisse — c’est-à-dire qui n’a pas de besoins à entretenir.
Il me vient en ce moment un scrupule : j’ai dû vous raconter cette histoire-là autrefois , il me semble, cependant je ne s’en suis pas sûr. Ma foi, en tout cas, vous l’aurez oubliée comme moi — ou bien vous penserez que, si les autres faiseurs d’histoires que vous connaissez ne vous racontaient la môme que deux fois, vous ne vous estimeriez pas bien malheureux.
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LDCIOLES.
Peut-être montre-t-on trop d’estime et d’admiration pour les gens dont la fortune se compose : 1® de ce qu’ils prennent aux uns; 2® de ce qu’ils ne donnent pas aux autres.
Il est une chose qu’il ne faut pas dire aux jeunes filles, et qu’elles sauront toujours bien assez tôt.
Quelles que soient les vertus et les qualités dont elles enrichissent leur Ame, quels que soient les talents et les connaissances dont elles ornent leur esprit, — tout cela, hélas ! aura moins d’influence sur le bonheur ou le malheur de leur vie que d’avoir des cheveux d’une certaine nuance, ou un certain signe au coin de l’œil.
Il y a, dans le conte du Petit Poucet, un détail qui en dit plus qu’il n’est gros, et qui me paraît plus instructif qu’on ne semble le remarquer d’ordinaire. — Celui qui est généreux et désintéressé, celui qui
SUH LA PLAGE.
jette (lu pain le long de sa route, ne retrouve ni la route ni le pain, et se couche sans souper. Celui qui, au contraire, ne sè'iue que des pierres couchera sous un toit et soupera avant de s’endormir. — Est-ce dans ce coin-là que Perrault a voulu cacher la morale de son conte, qui, du reste, ne conseille que la défiance et la ruse?
Quand on a des enfants à soi, et quand on se rappelle, on est bien embarrassé pour leur éducation. On sait parfaitement que, pour être heureux et bien vus de tous, il faudrait qu’ils fussent un peu égoïstes, un peu avares, un peu voleurs, un peu traîtres; mais on n’ose pas le leur dire.