III. — INTERPRETATION DES RESULTATS
La polygonisation peut être considérée comme un rassemblement des défauts d’un cristal. Quand le fer est pur, le déplacement et l’alignement des dislocations pendant le recuit sont faciles et peuvent se produire dès les basses températures. Par contre, si le métal contient certaines impuretés le déplacement des dislocations est beaucoup plus difficile. C’est en effet une propriété fondamentale des dislocations d'attirer à elles les impuretés, en particulier celles qui, comme le carbone, ont un petit diamètre atomique. Les impuretés ont donc tendance à empêcher le déplacement des dislocations et il faudra fournir une grande énergie, donc opérer à température élevée, pour qu'elles puissent se mettre en mouvement et s’aligner.
De la même façon on peut expliquer le rôle des traces de carbone dans la préparation des gros cristaux. Pendant le recuit d’une éprouvette de fer contenant 0.035 % de carbone et allongée de 3 %, les atomes de carbone bloquent les dislocations et il n’y a pas de polygonisation des cristaux. La température de l’éprouvette continuant à s'élever, il y a élimination du carbone par réaction avec l'hydrogène et le grossissement des grains s'effectue normalement. Il ne s’agit pas ici d’une croissance discontinue due à l'élimination ou à la mise en
lie
solution d’une phase dispersée comme dans les expériences de Beck [24]. Le carbone ne sert qu’à bloquer les dislocations et à éviter la polygonisation du fer à basse température. On peut d’ailleurs obtenir le même résultat en introduisant dans le fer environ 0,030 % de silicium à la place du carbone. Dans ce cas, le silicium est en solution solide et ne s'élimine à aucun moment de l'opération. Le recuit de recristallisation peut alors s'effectuer sous vide ou dans une atmosphère inerte.