V. CORNIL
J’attirerai aujourd’hui l’attention sur un point particulier de l’histoire de ces tumeurs généralement laissé dans Tombre par la plupart des anatomo-pathologistes et des cliniciens, les altérations
des nerfs.
A l’exception des lésions primitives de la rétine et du nerf optique, on trouve très-rarement mentionnées dans les livres d’anatomie pathologique, les altérations réputés cancéreuses des troncs nerveux : M. le professeur Cruveilhier a figuré dans son atlas (1) deux cas de névromes des nerfs médian et radial dont le tissu ressemblait à celui de l’encephaloide^ il rapporte en outre le cas très-curieux et plus concluant d’une névralgie avec paralysie hémifaciale survenue chez une femme atteinte de squirrhe mammaire. A l’autopsie, « les ramifications du nerf facial étaient comme noueuses, et pour ainsi dire enveloppées d’une gaine * cancéreuse. » M. Lebert a figure aussi (2) un nevrome cancéreux de la surface du nerf médian dans un cas de cancer du sein généralisé. Rokitanski (3), Forster (A), insistent peu sur ces lésions des nerfs. Rokitanski rapporte que Schræder van der Kolck a vu « des cellules de cancroïde » dans un tronc nerveux.
Neumann (5) rapporte un cas d’infiltration secondaire du nerf mentonnier dans un cancroïde de la lèvre inférieure. « Dans ce nerf, les faisceaux primitifs étaient envahis par les mêmes cellules que la lèvre • on suivait facilement leur développement aux dépens des corpuscules de tissu conjonctif du périnèvre et du névrilème. »
La littérature médicale est pauvre sur ce sujet, et cependant les douleurs si intenses ressenties par les malades au siège de tumeurs de nature épithéliale et dans leur voisinage, parfois sur le trajet des nerfs, comme une douleur névralgique, appartiennent
taux, j’ai pu recueillir un assez grand nombre de faits, que mon excellent maître M. Charcot a mis complètement à ma disposition avec une obligeance dont je ne saurais trop le remercier.
(1) Atlas d’anatomie pathologique, 35e livraison, pl. II.
(2) Atlas d’anatomie pathol., t. I, 1861, pl. XLVI, fig. 13.
(3) Lchrbuch der pathologischen Anatomie , t. II, 1859, p. 501, 3e édition.
(4) Handbuch der pathologischen Anatomie, t. I, 1863, p. 645, 2e édition.
(5) Cenlralzeilung der allg. Medicin., n° 46, et Archiv fur path , Anat ., von Virchow, 1862.
presque toujours, ainsi que le démontrent les autopsies, à une lésion matérielle des nerfs. Cette lésion porte primitivement sur le névrilème et le périnèvre des troncs nerveux ; les tubes nerveux ne sont, atteints qu’en second lieu et partiellement. Sa nature, dans la catégorie de faits que nous rapportons aujourd’hui, est une production nouvelle d’épithélium et, dans un cas, de papilles vasculaires siégeant dans le périnèvre et le névrilème, avec dégénération granuleuse partielle des tubes nerveux. Dans une seconde catégorie de faits beaucoup plus nombreux, elle consiste dans une hypertrophie et hypergenèse du névrilème, semblable à celle que nous avons observée dans les nerfs des membres contractés à la suite d’hémiplégie ancienne (1).
Nous n’avons pas observé de névrome primitif de nature épithéliale sur le trajet d’un nerf autre que celui de la deuxième paire, et, sans en contester la possibilité, nous n’en connaissons pas d’exemple probant. Ainsi le cas rapporté dans la Gazette des hôpitaux (1848, page 172), sous le titre de Névrome cancéreux encéphaloide du nerf tibial postérieur , n’ayant pas été examiné au microscope, et n'ayant ni par son aspect à l’œil nu, ni par sa généralisation, de caractères certains, nous ne pouvons le faire entrer en ligne de compte.
| Nos observations personnelles ont trait à un envahissement | secondaire dont le mode offre trois variétés : 1° Le nerf est compris dans un tissu épithélial de nouvelle formation dont on ne peut l’énucléer par la dissection ; le névrilème qui sépare les faisceaux ! Primitifs est lui-même transformé, et se confond à sa périphérie j avec ce tissu. En faisant une coupe perpendiculaire à la longueur J du nerf, on reconnaît des points blancs opaques, qui sont les j coupes des faisceaux primitifs séparés par le périnèvre épaissi.
2° Le tronc nerveux, bien que compris dans une masse plus ou I moins atteinte par l’envahissement épithélial, comme le muscle j Psoas dans les tumeurs utérines, ou les ganglions axillaires dans les tumeurs du sein, le nerf, dis-je, n’a pas contracté d’adhérence avec ce tissu. On peut le séparer très-facilement des parties
(1) Voyez les Comptes rendus des séances de la Société de biologie , janvier 1863, et les Mémoires , même année.