V. GOttNIL. — SUR LA PRODUCTION
voisines qui lui forment un canal induré, et l’on voit alors que son volume augmente en un ou plusieurs points de son trajet, d’une façon régulière, de manière à produire des névromes fusiformes ou sphériques, uniques ou multiples. Ces névromes sont généralement petits, et, lorsqu’on en fait une coupe perpendiculaire à la direction du nerf, on constate que l’augmentation de volume est due à l’épaississement du névrilème.
3° Dans la généralisation des produits morbides qu’amènent presque toujours les tumeurs dures, d’aspect squirrheux du sein, alors que de petites masses sphériques miliaires, marronnées, se rencontrent dans l’immense majorité des organes, nous avons trouvé dans deux autopsies de petites tumeurs analogues, isolées, englobant en plusieurs points les nerfs intercostaux. Ces névromes, développés aux dépens du tissu cellulaire sous-pleural et du névrilème, étaient petits, arrondis, et ne différaient de la variété précédente qu’en ce qu’ils se trouvaient isolés, limités par des tissus sains. Au lieu d’entourer circulairement les nerfs, les petites masses de nouvelle formation peuvent n’intéresser qu’une de leurs parties latérales.
Telles sont les trois variétés qu’offrent ces névromes dans leur forme. Quant à leur structure, nous n’en avons observé que deux variétés.
A. Premier fait. — Au commencement de l’année 1863,
M. Charcot attirait notre attention sur l’acuité des douleurs ressenties par une femme de quarante-huit ans, atteinte depuis cinq ans d'une affection dite cancéreuse de /’ utérus (1). Ces dou- \ leurs avaient débuté depuis sept mois par le gros orteil, le mollet, la cuisse et la région fessière, et avaient été suivies d’un œdème dur de tout le membre inférieur gauche. Au début, [elles revenaient par accès assez forts pour arracher des cris à la malade. Il n’y avait alors ni analgésie ni anesthésie; la température du membre affecté était plus élevée que celle du membre sain.
(1) Voyez Bulletin de la Société de biologie, février 1863, et Gazette médicale, p. 461, même année, où l’observation est relatée en détail sous le titre de Cancroïde de la portion vaginale du col utérin et du vagin, altération consécutive de m,ême nature des nerfs sciatique et crural du côté gauche .
Au moment de noire examen, la malade était dans un état de cachexie très-avancé ; le membre inférieur gauche était œdémateux; la peau tendue se laissait difficilement déprimer par le bout des doigts, et en gardait longtemps l’empreinte ; la cuisse était fléchie sur le bassin, la jambe sur la cuisse à angle obtus, le pied était fortement étendu et les orteils fléchis sur le pied. Les ganglions inguinaux étaient tuméfiés des deux côtés, et douloureux seulement à gauche.
Ce qui frappait surtout , c’était la douleur dont la malade se plaignait chaque matin en pleurant, qui était continue avec des exacerbations, et que la pression augmentait. La peau avait conservé tous les modes de sensibilité, la température était la même des deux côtés, la motilité était conservée, bien que restreinte par l’obstacle matériel causé par l’œdème.
La malade fut montrée à MM. Guyon et Broca, qui se succédèrent comme chirurgiens à l’infirmerie, et qui hésitèrent à se prononcer sur la nature de l’affection du membre inférieur gauche.
L 'autopsie, faite le 7 février, ne nous laissa aucun doute; en voici les détails :
Pelvi-péritonite purulente limitée à la partie supérieure par des adhérences entre FS iliaque, le rectum et Futérus.
En disséquant la peau delà cuisse gauche, on voit que le tissu cellulaire est infiltré de sérosité et de points purulents. Ces foyers purulents se trouvent surtout au voisinage des glandes inguinales, qui sont elles-mêmes grosses, dures et blanches sur une coupe. L’aponévrose crurale, mise à nu, laisse voir par transparence, sur toute la partie antérieure de la cuisse, une masse séro-puruîente. La gaine des vaisseaux et nerfs fémoraux est le siège principal du phlegmon; ils baignent au milieu du pus qui remonte en suivant le trajet de leur tissu cellulaire ambiant dans la fosse iliaque et au milieu du psoas jusqu’à ses attaches supérieures. Le nerf crural est ainsi isolé et disséqué par le pus dans toute son étendue; à sa partie supérieure, dans son trajet au milieu du psoas, il présente un renflement fusiforme qui double son volume. Cet accroissement de volume est très-manifeste, si on le compare à celui du côté opposé.
0 v* CORNIL. - SUR LA PRODUCTION
Le muscle psoas, à ce niveau, offre une dégénération de ses libres musculaires qui forme des masses dures, blanches, opaques, d’où suinte un liquide caséeux. Le nerf n’est réuni en aucun point avec le muscle.
En faisant une coupe transversale du nerf au point malade, on voit qu’il sort par la pression , sur la surface de section , des gouttelettes caséeuses de lacunes ayant environ 1 millimètre de diamètre.
L» veine crurale est oblitérée depuis son origine jusqu’à sa terminaison par un caillot brun adhérent à ses parois. L’artère est saine.
En décollant le péritoine qui tapisse à gauche le bassin, on voit que le tissu cellulaire en est infiltré et dur. On enlève les ne? fs sacres et le lombo-sacré qui se trouvent entourés d’un tissu dégénéré auquel ils adhèrent. Ces nerfs offrent eux-mêmes la même altération que le crural. Le nerf sciatique gauche , dans une étendue de 2 centimètres environ, à partir de sa sortie du bassin, est également très-gros, dur et dégénéré.
Le^ altéiations du tissu cellulaire, du psoas et des ganglions sont, dans la fosse iliaque droite, analogues, mais à un moindre degsé que celtes du côte gauche, et sans que les nerfs soient interesses. Un assez grand nombre de ganglions lymphatiques sont gros, uui s et blancs a la coupe • quelques-uns sont réduits à une coque fibreuse qui renferme un liquide blanc, épais et caséeux.
Ce liquide, aussi bien que celui qui suinte des tissus cellulaire et nerveux altérés, offre de grandes cellules epithéliales avec des i noyaux assez volumineux, prismatiques on polyédriques (voyez bb* 2), et des corps granuleux de Gluge en grande quantité dans certains points. La moelle epinière était saine.
Le col utérin était détruit dans la portion vaginale, et se terminait pai une ulcération couverte, ainsi que le vagin ulcéré, par de petites saillies rouges visibles a l’œil nu. Le tissu utérin présentait sur une coupe des alvéolés visibles à l’œil nu d’un demi
à un et demi-millimètre de diamètre, remplies d’un liquide
caséeux.
Ces cavités alvéolaires présentaient sur leurs parois des végé-
talions arborescentes, formées par des vaisseaux, semblables à celles que nous allons bientôt décrire dans les nerfs.
Nous n’avons trouvé en aucun point de globes épidermiques.
j Examen microscopique des nerfs . — On a tout d’abord examiné les nerfs atteints au-dessous de la lésion, et en disséquant les tubes, il a été facile de s’assurer qu’un grand nombre d’entre eux étaient granulés, en dégénération graisseuse, et couverts par des corpuscules granuleux. Une partie des tubes nerveux étaient en dégénération graisseuse sur toute la longueur du bout périphérique des nerfs atteints.
Puis nous avons fait durcir les nerfs dans l’acide chromique, et nous en avons fait des coupes minces perpendiculaires à la longueur. C’est une de ces coupes comprenant toute l’épaisseur du nerf que nous avons représentée, pi. IV, fig. 1, avec grossissement de 25 diamètres. Sur ce dessin, les îlots, généralement opaques, granulés et arrondis, représentés en F, F, sont la coupe des faisceaux primitifs de tubes nerveux. C’est la coupe horizontale de ces tubes qui donne l’aspect grenu qu’offrent ces îlots à un faible grossissement; les tractus fibreux, N, N, représentent le névrilème; dans le névrilème existent des cavités de nouvelle formation B, qui sont remplies par des cellules qui se montrent à ce grossissement comme de fines granulations, et dont une partie, expulsée par le mode de préparation, a laissé au centre de la cavité un espace vide. Le périnèvre, normal en P, s’épaissit en CP, par la genèse, dans son intérieur, de cellules épithéliales ; il résulte de cette formation des cavités beaucoup plus grandes, représentées en C et CCm. Les plus grandes de ces cavités ne pouvant, après la coupe, retenir les cellules qui y sont contenues, se montrent comme des espaces vides à leur centre. Presque toutes les grandes cavités, par exemple celle figurée en CC'", présentent à leur surface interne des bourgeonnements arborescents A, fig. 1, à l’étude desquels sont consacrées les figures 2 et 3, et que nous verrons bientôt être constitués par des papilles vasculaires recouvertes d’épithélium. Ainsi, avec un grossissement de 25 diamètres, qui nous permet de bien étudier le siège de la lésion, on voit que le produit épithélial nouveau est déposé dans le névri -