‹ Sur la SerbieChapitre 2 sur 10 · APERÇU SUR LE PASSÉ DES SERBES · texte numérisé non relu

APERÇU SUR LE PASSÉ DES SERBES

Les Slaves, comme l'a très bien prouvé le savant Szafarzyk, habitaient l'Europe depuis l'époque la plus reculée. Nous trouvons dans Hérodote qu'ils fournissaient aux Grecs l'ambre de laBahique. Connus alors sous le nom de IVindes ou Jf inides, ils se donnaient eux-mêmes celui de Serbes. Plus tard, l'histoire nous montre les Slaves des bords de la mer Adriatique combattant contre Philippe et contre Alexandre-le- Grand. A la mort de ce dernier, qui les avait soumis, ils reconquirent leur ancienne liberté, et leurs chefs Plei'i-at et Ogrnn furent des princes puissants. Depuis, les Romains envahirent ce pays, et l'appelèrent province d'Illvric, en 3 comprenant la Thrace et la Dacie. A l'époque de l'invasion des Barbares, une partie de la population slave des bords du Danube se retira dans les montagnes; et c'est de là que leur est venu le nom

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des Horvciù's OU Chrohalcs , qui signifie clans la langue slave habitants des montagnes. Vers l'an 6/4O, l'empereur Héraclius attira à lui les Chrobates, qui, de concert avec les Serbes des plaines, vainquirent leurs ojîpresseurs communs les Avares. Toutefois les Bulgares, comme ceux-ci race asiatique de la région de l'Oural, s'établirent sur une partie du patrimoine des Slaves, et facilitèrent leur soumission aux Francs, qui étendirent leur pouvoir sur toute la Serbie. Le système féodal que les Francs introduisirent dans le pays, et qui flattait l'ambition des grands , fit que les Slaves subirent longtemps la domination franque. Les principales familles , occupées seulement à satisfaire leurs intérêts privés, ne s'inquiétaient guère de l'indépendance nationale , et la sacrifiaient toujours aux vues étroites de leur jalousie et de leur amour-propre. C'est ainsi que les généreux efforts tentés par Liudevit, à la fin du vni^ siècle, échouèrent complètement. Les seules populations qui avaient à leur tète des dynasties nationales surent conserver quelque temps leur indépendance; mais elles la perdirent à l'extinction de ces mêmes dynasties; car l'anarcliie brisant l'unitié du pouvoir, l'étranger en profitait.

C'est ainsi que l'Illyrie centrale, gouvernée par la j dynastie de Porin , fut la seule qui sut résistera l'invasion des Madjares en 883 ; mais une fois celle dynastie éteinte, l'Illyrie tout entière fut incorporée au royaume de Hongrie. Ce fait s'accomplit en 1162.

Avant cette époque, la race bulgare s'élant fondue avec, la race slave , les rois de Bulgarie devinrent si puissants, qu'un d'eux, nommé Kriiiu , vint en 81/i assiéger la capitale des empereurs d'Orient. Mais cette puissance s'évanouit avec l'hérédité de la royauté , et

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les Serbes purent secouer le joug bulgare en 92/i, dès que la royauté y devint temporaire.

L'empereur de Byzance, Basile, surnommé l'Exterminateur des Bulgares, parvint aussi à soumettre les Serbes en 1018; mais ils reconquirent bientôt leur indépendance. En 1100, Beli-Lroscli , grand-duc de Serbie , monta sur le trône : c'est le chef de l'illustre dynastie de Ae/iumiç qui , sous dix souverains, occupa le trône et régna plus de deux siècles.

La Serbie parvint alors à l'apogée de sa puissance ; et son dernier roi, Etienne Douscban-le-Fort , se fit proclamer empereur en 1336.

Son empire s'étendait depuis l'Adriatique jusqu'à la Mer-Noire, et comptait au nombre de ses provinces : la Bosnie, la Bulgarie, la Macédoine, l'Albanie , la Transybanie , la Syrmie , la Slavonie et la Dalmatie. Deux monuments historiques attestent la gloire d'Etienne: ce sont la publication d'un code de lois et l'érection d'un siège métropolitain pour l'église sorbe, qui dès lors ne devait plus relever du patriarche de Constantinople.

Le prince Milosch a suivi de nos jours cet exemple , en détachant le clergé de son pays do la suprômatii' du patriarche de Constantinople.

Cependant Etienne commit une grande faute : à sa mort , arrivée en 1358, au moment où il allait entreprendre la conquête de Byzance, son fils Lrosch étant mineur, il ne lui laissa que la suzeraineté avec le litre d'empereur, et confia les provinces de l'empire aux soins des gouverneurs, à titre de l'ois vassaux. Cello funeste erreur causa la ruine de l'empire serbe. Lejeime suzerain fut assassiné par un de ses vassaux; les autres, se disputant le pouvoir, disséminant les forces

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de l'empire , ne purent s'opposer aux Turcs, qui, ap« pelés par les empereurs de Bvzance , se montraient pour la première fois en Europe. L'empire serbe était partagé entre trois souverains : deux d'entre eux périrent à la bataille de Tavaros. Les Turcs durent principalement celle victoire à la défection de Lazare , troisième roi. Resté seul, il prit le titre d'empereur; mais, à son tour, dix-huit ans plus tard, il fut abandonné par ses vassaux dans les plaines de Kossowo. Cette malheureuse bataille , livrée le 15 juin 1389 , fut le tombeau de la Serbie.

Le fils de Lazare, Etienne, fut laissé sur le trône par le sultan, sous la tulelle de son beau-frère, le parjure Brankoviç , qui, pour régner lui-même, assassina son malheureux pupille.

A la mort de Brankoviç , sa veuve essaya, mais en vain, d'éveiller quelque énergie dans les cœurs de ses compatriotes corrompus. Les Serbes , à cette époque, avaient renié déjà la vertu et l'honneur; et sans ces deux éléments de toute existence nationale, il est absurde d'appeler un peuple aux armes pour revendiquer son indépendance. Une nation avilie ne saurait être qu'esclave : aussi les Turcs parvinrent-ils , sans de grands elTorts, à soumettre entièrement les Serbes en 1/|59.

Le même sort était réservé à toutes les autres provinces de l'empire d'Etienne.

La BosMiî, qui , après la catastrophe de Kossowo , s'était laissé séduire par les otïres insidieuses des Turcs, et s'était détachéâ du parti vaincu, n'y gagna , sous le protectorat des Turcs et des Hongrois , qu'une apparente indépendance. Il n'est que trop vrai qu'un peuple qui doit son existence à l'étranger ne s'appar-

tient plus : ainsi la Bosnie , sous une ombre d'indépendance , n'était qu'une province turque. En l/i63, elle fut soumise à la plus horrible dévastation. Mahomet II fit enlever du pays 30,000 jeunes Bosniaques, capables de porter les armes, pour les faire entrer dans le corps des janissaires. Enfin , après la bataille de Mohatch,en 1526, la Bosnie fut tout-à-fait réduite on province turque, et même embrassa l'islamisme. Aujourd'hui encore, malgré une position admirable et le courage de ses habitants , elle reste courbée sous un joug odieux, car la jalousie qui divise les puissantes familles bosniaques , et que la Porte sait merveillelisement exciter, les empêche de se grouper autour d'un chef et de sacrifier leur misérable amourpropre au salut du pays. Les agent» vdes puissances étrangères entretiennent cette désunion , que la différence de religion rend si facile à exploiter, dans l'espoir que la Bosnie deviendra pour elles une proie riche et facile.

La Bulgarie n'avait pas été unie à la Serbie par des liens aussi intimes que la Bosnie ; mais les mêmes causes y produisirent les mêmes effets. A la mort d'Étienne, elle cessa de faire partie intégrante de l'empire serbe. En proie à l'anarchie, dans une dissolution sociale complète, la Bulgarie, comme les autres provinces serbes, tomba sous le joug de l'esclavage. Le pouvoir n'y était plus héréditaire; on n'y arrivait ni par l'intrigue, ni môme par des élections orageuses ; le crime seul, l'assassinat y conduisait. La bataille de Kossowo , pour la Slavic méridionale, marque le terme de son existence politique. Vne fois que les gf'néreux défenseurs du pavs eurent succombé et que le reste de la population fut corrompu , le pays

O SIR I.\ SJ-nBIli,

n'attendait qu'un maître pour se courber sous le joug. Ce maître ne se fit pas longtemps attendre , et le farouche Bajazet II, en 1396, après la bataille de INicopolis, réduisit la Bulgarie à l'esclavage. La noblesse y avait disparu dans des luttes intérieures et des crimes domestiques : aussi les Bulgares n'ont pas aujourd'hui parmi eux de nom qui leur puisse servir de guide et d'exemple , point de chef autour duquel ils puissent se grouper. Cependant on les voit encore tenter pour leur liberté de généreux efforts, marqués du plus beau dévouement , d'un rare courage. Ces efforts demeurent sans résultat; conséquence naturelle d'une absence de plan, d'unité et d'ensemble; choses qui elles-mêmes ne peuvent exister sans un commandement, sans un chef.

L'Albame et le Moxténkgro seulement, les deux provinces les moins considérables de l'ancien empire serbe, conservèrent, en grande partie, leur indépendance jusqu'à nos jours.

L'Albanie même, sous son roi George Castriot, plus connu sous le nom de Scanderberg ( le seigneur Alexandre), remporta contre les Turcs des victoires signalées. Scanderberg monta sur le trône en ilih^; et pendant un règne de vingt-quatre ans, qui ne fut qu'une lutte continuelle, il fut toujours vainqueur.

Lessuccès de Scanderberg, résultant, d'un côté, de l'union des Albanais, du dévouement avec lequel ils soutinrent leur roi, de l'autre, de son génie et de son activité, prouvent irrévocablement deux grandes vérités :

La première, c'est que même pour le plus petit pays, il n'y a pas de position tellement désespérée qu'il ne puisse en sortir , et de joug étranger si pesant qu'il ne puisse secouer, dès que sa population le veut avec

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force et sait se grouper autour d'un représenlant national.

Le second enseignement qu'on peut tirer de l'histoire de l'Albanie sous Scanderberg, c'est qu'une petite armée, qui, dans une bataille rangée, doit céder toujours à des forces supérieures, finira, au contraire, dans une guerre défensive, mais menée activement sur le territoire du peuple qui la soutient , par détruire peu à ])eu et par ronger en détail les forces les plus imposantes. Les faits et les chiffres que présentent les longues luttes de Scanderberg le prouvent incontestablement. Pendant les vingt- quatre années qu'il régna et qu'il combattit, jamais son armée n(î dépassa 15,000 hommes, et lui-même ne porta la guerre que deux fois en pays ennemi. Les Turcs, au contraire, entrèrent en Albanie avec vingt-deux armées dont une seulene fut pas défaite. Ces armées présentent un total de plus d'un million de soldats, tandis que toute l'Albanie ne comptait que /|00,000 habitants.

Après la mort de Scanderberg, arrivée en l/i(57, l'unité nationale ayant été rompue par les dissensions intérieures, les Turcs parvinrent à soumettre l'Albanie. Mais cette soumission fut conditionnelle ; car, en 1592, les Albanais signèrent une convention avec Amurat III, par laquelle ils reconnurent la souveraineté de la Porte, à condition qu'ils ne [)aieraient pas de tribut et qu'ils resteraient armés.

Aujourd'hui même, dans les montagnes de l'Albanie septentrionale , les Mirdiles ( Albanais catholiques ) ont conservé une ombre d'indépendance et sont gouvernés par la famille princière Dado, dont le pouvoir est héréditaire. Le représentant de cette dynastie albanaise, le jnincc Nicolas Dado, fut assassiné en 18/(0

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par ordre de la Porte : on craignait qu'il ne devînt le chef d'un mouvement national.

Il serait superflu de rappeler les événements qui se rattachent à l'existence d'Ali, pacha de Janina. Ce chef faillit commencer Je déniemhrement de la Turquie en Europe, en se rendant indépendant du sultan. C'est à l'histoire d'Ali que se rapporte l'extermination des Souliotes et le honteux trafic de Parga, par lequel les Anglais, pour une somme d'argent, livrèrent cette ville, qui s'était mise sous leur protection, au farouche pacha de Janina.

Tous ces faits prouvent que l'Alhanie conserva toujours une certaine indépendance, et que jamais les Albanais ne subirent le joug honteux de l'esclavage , grâce à leur mâle énergie.

Le Monténégro est la seconde petite province de l'ancien empire serbe qui sut maintenir son indépendance. Pour éviterles catastrophes auxquellesl'Albanie fut en proie après la mort de Scanderberg, le souverain de Monténégro, qui descendait de la famille Balcha, d'origine provençale, se retira avec toute la population dans la contrée montagneuse de Cétigné. §on successeur Georges Czernoviç , n'ayant pas d'enfants, abdiqua lepouvoir, en 1516, entre les mains de l'éyêque ( vladika). Depuis celte époque, lepouvoir est resté aux évêques; et dans les derniers temps, il est devenu presque héréditaire, en ce sens que le vladika désigne son successeur.

Le Monténégro traversa une longue suite de vicissitudes; il n'en sortit victorieux qu'à force d'énergie, de dévouement et d'union , gages certains du succès. Mais ce ne sont que les victoires remportées par le vladika Pierre Pétroviç (sans contredit l'homme le plus émi-

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nentdeces contrées), en 1795, sur le pacha deScutari Mahnjud, et celles bien autrement imporlanti s remportées en 1797 sur le pochade Janiiia, qui assurèrent l'indépendance dont jouit de nos jours le Monténégro.

La situation intérieure de ce pays est peu connue; mais sa situation morale, ses tendances polili(jues le sont encore moins. On croit que les Monténégrins, influencés par le principe de l'unité de religion et de race, poussent leur sympathie pour la Piussie jusqu'au désir de faire partie de l'empire : c'est une erreur grave, car le l)on vouloir de la Russie n'est apprécié par les Monténégrins qu'autant qu'ils y voient un allié contre la Porte, leur ennemie naturelle (1).

Généralement l'Europe occidentale commet la faute grossière de confondre le sentiment d' une indépendance nationale chez les Slaves avec les vues et les intérêts de l'autocrate. Le réveil du sentimenide l'indépendance et de la nationalité chez les différents peuples de la grande famille slave, apportera un nouvel élément de force et de puissance dansle monde poUtique. Le siècle où nous vivons en a fait déjà connaître plusieurs dont on ne soupçonnait pas l'existence, il y a peu d'années.

Cet aperçu rapide des [)rincipaux faits delà première période de l'histoire des Slaves méridionaux présente une analogie frappante avec les faits de l'histoire des Slaves septentrionaux de la même époque.

On vient de voir que les seuls états qui fleurirent

. chez les Slaves méridionaux furent ceux qui eurent

des dynasties nationales. Les mêmes phénomènes

(i; Dansle moment, Pierre l'etrowiç II , vladika n'uiinnl au Monl(^nCgro , vient d'èirc analliéinalisé parie Sainl-Sjnoile nis>c île S.iinl- Pétcr-hour;; pour avoir de son |)ropre cl)er canonisé son oncle «Icniiil le vladika Pierre Pelrowiç I.

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politiques se foui remarquer dans le même temps chez les Slaves septentrionaux.

Le rovaurae de Bohème, fort et respecté pendant les six cents ans qu'il fut gouverné par les descendants de Przemvslas, décline et succombe avec la dvnaslie nationale.

En Pologne, le courage héroïque de Ladislas-le- Bref, fort des dr(/its que cinq siècles de durée donnaient à la famille des Piast, sut mettre un frein à la licence anarchique des grands. La sage administration de Casimir-le-Crand n'aurait peut-être pas suffi pour préserver ce pavs du sort de la Serbie , si, à l'extinction de la dynastie des Piast , celle des Jagellons ne fût venue immédiatement occuper sa place. Heureuse coïncidence , grâce à laquelle le royaume de Pologne, au lieu de tomber, arriva , sous le règne de cette glorieuse dynastie, au plus haut degré de splendeur.

Mais c'est en Russie surtout que l'on voit jusqu'à l'évidence combien la puissance dynastique donne de force à un Etat.

En effet , cette partie de la population slave , sur les limites reculées de son vaste territoire , répandue en colonie, était serrée par trois populations de races diverses qui empiétaient sur son indépendance. Conquis d'abord par les Normands, ils devinrent sous leurs nouveaux maîtres entreprenants comme eux , et comme eux soumis .à la volonté du chef. Le respect pour l'aulorilé établie a toujours été si profond en Russie que les grands-ducs , traités avec le mépris le plus insultant j)ar un vainqueur étranger , n'en étaient pas moins dit fs cl souverains pour leurs sujets. Les souverains russes avant affermi leur puissance, et l'ayant formée sur celle des Finois , dont ils s'étaient appro-

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prié à Sousdal linslinct d'urifi sauvage persévérance , il ne leui' restait à Moscou , pour dicter leur volonté, qu'à s'approprier les deux éléments des Mongols , la fausseté et la cruauté. Les Paisses passèrent plus de deux siècles à cette terrible école. Soumise au joug de ces féroces maîtres, les Tartares mongols, la population russe cependant n'obéissait, ne voyait que la dynastie nationale , qui, réimissant en un faisceau toutes les forces de la nation , et les dirigeant vers un seul but, finit par l'atteindre et extermina les Tartares.

Mais si dans ces temps barbares, où la force était tout, les dynaslies nationales exerçaient une si grande influence sur le sort des empires; aujourd'hui que le droit et les forces morales forment la base de la puissance des ]ieuples , elles sont la clef de la voûte sociale.

Aujourd'hui les d>naslies nationales ne reposent plus uniquement sur la force physique, c'est-à-dire sur la valeur iiidi\iduelle du chef; mais, émanant des besoins moraux de la société , elles sont l'expression même d'un principe, sans égaid au mérite de celui qui le représente.

Autrefois la nation , comme être politique , comme force morale , n'ayant aucune valeur, les seigneurs , les grands de l'État , menaçaient souNcnt les dynaslies, et cherchaic^nt à dépouiller le pouvoir à leur profit. De là des luttes continuelles etsanglantes : aussi, |)ourchàlier les mutins, pour tenir en respect les jaloux uinbilieux, il fallait au chef dynastique des talents éminents; et toutes les fois que les rênes du gouvernement lombaiciil entre les mains d'un mineur, le pouvoir dviiaslique courait des chances fatales. Il n'en est plus ainsi de nos jours : les privilèges des castes une fois suj)primés, le pouvoir suprême n'a plus de rivaux à craindre.

lll SUR LA SliRBlIÎ.

Avec les progrès des lumières, le principe a surgi: toutes les forces ne forment qu'une grande unité. Le pays leur sert de base ; le pouvoir occupe le sommet de l'édifice, et celte énorme pyramide représente la nation, ayant préposé à ses destinées une dynastie.

Ce pouvoir national est la première magistrature de l'État, constituée au profit de tous, afin de pouvoir développer toutes les forces du pays. C'est la personnification vivante de la nationalité, le pays incarné dans un seul homme et agissant par lui.

Aujourd hui donc le pouvoir change de mains; mais la dynastie demeure , maintient la tradition , unit la veille au lendemain, apporte dans les affaires l'esprit de suite qui seul mène aux grands succès, et empêche ces revirements soudains d'une opinion à une autre , source de désordre et d'impuissance : aussi la durée des dynasties fait leur force et celle des nations. C'est ainsi que Napoléon le comprenait lorsqu'il disait : « Ah! si je pouvais être mon petit-fils I » C'est pour cette raison que l'Angleterre montre tant de fermeté , tant d'habileté , de persévérance dans la politique , soit que son sceptre brille entre les mains d'un politique consommé, soit qu'il repose dans celles d'une jeune femme. Les profondes discussions des chambres françaises sur la loi de la régence viennent de rendre un éclatant témoignage à la force du principe dynastique.

Oui, à l'époque où nous vivons, particulièrement dans les pays démocratiques , les dynasties, c'est-à-dire le principe de la royauté héréditaire , sont le plus puissant moyen de développement pour la société et de force pour la nation.

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