LA SERBIE SOUMISE AUX TURCS
La Serbie, comme onl'a vu, perdit son indépendance réelle à la sanglante bataille de Kossowo; cependant jusqu'en l/|9Ô,c"cst-à-dire jusqu'à la prise de Semendria, elle avait conservé une ombre d'existence ; mais à dater de ce jour , le nom même de la Serbie fut effacé. Longtemps encore les Moldaves et les Valaques conservèrent leurs princes, qui, souvent indépendants, soutinrent* contre les Turcs des guerres sanglantes , tandis que les Serbes étaient déjà leurs esclaves ; car les vestiges même de l'indépendance serbe , que Mahomet II et son fils Bajazet II avaient laissé subsister, furent détruits par Soliman-le-Grand. L'empire ottoman arriva alors à son apogée. Soliman, en 15'21, conquit Belgrade; en 1526, il remporta la victoire décisive de Molialcb, où Louis Jagellon, roi de Hongrie, perdit la vie et la couronne; en 1529, Soliman assiégea \ienne, et quoiqu'il fût obligé d'en lever le siège, il ne resta pas moins le maître d'une partie de la Hongrie avec la ville de Bude. Sur le reste de ce royaume il établit roi Jean deZai)ole , et réduisit la Transylvanie en province tributaire. C'est ainsi que Soliman étouffa parmi les Slaves englobés dans son empire jusqu'au sentiment de nationalité.
Chose étonnante, difficile à comprendre, que la nationalité : on ne peut préciser sa valeur, a[)précier ses forces par des chiffres, et cependant l'existence de cette nationalité, l'influence qu'elle exerce , les effets qu'elle a produits , sont tellement patents, que le matérialiste
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poliliquele plus audacieux ne saurait les nier. C'est en vain qu'on essaie d'expliquer certains faits politiques par des tliéories, par une science protondc des protocoles, des actes diplomatiques, si on n'accepte pas la cause première , la nationalité.
En effet, effacer un peuple de la grande famille des nations, soit à coups de plume, soit même à coups de sabre , n'est pas le priver de son existence.
Ce peuple vit, il existe , tant que lui-même ne s'est pas suicidé, n'a pas oublié son passé, ne s'est pas renié lui-même en perdant confiance dans ses forces, ' dans sa nationalité.
Soliman, qui, sans contredit, fut l'un des plus habiles et des plus grands monarques de l'empire ottoman, chercha à consolider sa puissance par d'autres moyens encore que les armes. Les peuples qu'il avait conquis étaient trop nombreux pour être fondus dans la population turque. Pour dominer les vaincus , Soliman partagea le sol entre les vainqueurs. Il créa des fiefs révocables dont il investit les spahis.
Les spahis et les janissaires , dont la formation date de l'année 1359, constituent la première armée permanente des siècles modernes. Spahis (en turque sypo/iy) veut dire cavalier; janissaire { /e/ii-tc/iarj-) , nouvelle recrue. Originairement celte milice était toute formée de jeunes chrétiens enlevés de force à leur pays; c'est elle qui a été le premier soutien de la puissance ottomane, comme, dans la suite, c'est elle qui, par sa licence, a la première sapé les fondements de l'empire.
Les spahis étaient, à l'instar des gardes du calife Omar, préposés à la garde de la personne du sultan. Divisés en quatre détachements de 1,200 chevaux cha-
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cun , les spahis veillaient également à la sûreté de l'étendard du Prophète.
Primilivcinent le nombre des janissaires lut très limité ; mais avec le temps il s'accrut jusqu'à 60,000 hommes. Les janissaires devinrent turbulents et enclins à la révolte du moment où ils commencèrent à se recruter parleurs enfants, car ils formèrent par là une corporation privilégiée héréditaire.
Le sol , dans les pays conquis par les Turcs , appartient à l'une de ces trois catégories:
l''Ou il est concédé, à titre de propriété, à des sujets musulmans, dont le gouvernement perçoit la dîme ( aclœt) ;
2" Ou il est laissé aux anciens possesseurs qui n'avaient pas embrassé l'islamisme [raya], sujets à l'impôt delà capitation [lutratvli) et de la dhiie ;
3° Ou il appartient à la couronne, qui le donne en lief; ceux qui en sont investis se nomment aussi spahis.
Ces liefs étaient cultivés par des rayas, qui en payaient au seigneur le fermage ( tapoii) , plus la capitation {/tarafc/i moin'osaj) , plus la iVïirxc, (luii a ich Vîoukaseiiie. )
Les terres ainsi accordées ))ar le sultan étalent une récompense pour des services rendus; mais elles obligeaient en même temps 5 servir personnellement, et à fournir un certain nombre d'hommes en temps de guerre.
Ces liefs sont révocables; le sultan peut en augmenter la valeur, la diminuer ou reprendre le don, d'après le mérite et la conduite du spahis feiidataire.
Les grands fiefs se nomment zinnirt, les petits, tinuir.
La population des rayas n'étant ])as attachée an sol
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du Jîet, ol ne taisant point partie de la donation, il s'ensuivait que le feudataire, pour la conserver sur ses terres» la traitait avec moins de rigueur.
Lespacliaset les cadis nommés par le sultan représentent le gouvernement, en résument en eux le pouvoir, et sont les protecteurs des rayas contre les vexations individuelles des spahis.
Tel l'ut l'état de la Serbie depuis Soliman P*^, durant tout le xvi' et le xvn* siècle.
Tout Serbe, étant esclave, payait le haratch (capitation), pour la tête qu'on lui permettait de porter.
En outre, il payait les redevances à titre de dons officiels aux pachas, aux cadis, ainsi qu'à tous les employés subalternes, et il donnait la dime de tout ce qu'il possédait au spahis sur le fiel duquel il demeurait. Ce qu'il y avait de plus atroce , c'est que les Serbes devaient fournir tous les cinq ans un certain nombre d'enfants mâles pour le service de la Porte.
Il n'y avait pas d'outrage , il n'y avait pas de vexation dont les malheureux Serbes ne fussent alors accablés.
Il faut même le reconnaître , tout conquérant qui s'empare d'un pays plus civilisé, plus riche, ayant une population plus forte que la sienne , ne peut agir autrement.
C'est là une lutte à mort; la situation réciproque des deux parties en fait une nécessité inévitable.
La terreur seule soutient le dominateur qui n'a pas sur le pays conquis une supériorité morale et physique ; la terreur seule enchaine les forces des vaincus, les empêche de bien juger leur position et de bien em' ployer les moyens dont ils disposent.
Il est certain que la dureté du conquérant envers
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la population conquise provoque contre lui une réaction non moins violente, si, manquant de temps ou de suite dans son plan, il ne l'exécute qu'à demi. — Mais, d'un autre côté, si le peuple conquis abdique le sentiment de sa dignité et oublie ses devoirs , ce peuple, méconnaissant ses forces , finit par disparaître en se fondant dans la population du vainqueur.
Les Grecs du Bas -Empire présentent ce triste exemple, tandis que les Serbes, forts de leur nationalité, reviennent aujourd'hui à leur antique indépendance.
Les Serbes ayant conservé le sentiment de leur nationalité, étant restés fidèles à la foi de leurs aïeux, purent , dès que le fanatisme religieux des Turcs eut fait place à l'indifférence, dès que leur barbarie se fut endormie au sein du luxe et de la mollesse, secouer le joug de leurs oppresseurs.
Leur réveil, leur lutte, et finalement leur indépendance, ne sauraient être attribués à un concours de favorables circonstances. Ils le doivent uniquement à leur force \italc., qui sut se conserver, se faire jour et renverser les forces musulmanes. En effet, sitôt que les Turcs perdirent de leur barbarie, leur puissance commença à chanceler, et dès ce moment les Serbes respirèrent.
Il est impossible de ne pas reconnaître, d'après les faits que présente l'histoire de l'empire ottoman, combien les dynasties donnent de forces à un litat. Révolte, anarchie, dissolution de mœurs, prévarications, tous les crimes politiques et privés forment le tableau de la Turquie. On y volt continuellement des cliangemenls violents parmi les premiers Jonctionnaires de l'Ltal, des meurtres commis sur la personne des souverains.
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la chute deb uns, lélévation subite des auti-es, et tout cela au milieu de nombreuses populatiotis , vaincues, oppiimées, d'une autre race et d'une autre religion. Cependant, malgré tous ces éléments d'une chute rapide, l'empire ottoman a pu subsister, uniquement parce que le trône ne resta pas vacant un seul jour, et que pas un sultan ne fut pris en dehors de la dynastie régnante.
Les prétoriens d'autrefois n'étaient ni plus factieux ni plus redoutables que les janissaires, et ils renver- I sèrent l'empire romain , bien plus puissant que celui des sultans, uniquement parce que, sans respecter les droits dynastiques , ils portaient à l'empire le premier général qui savait les séduire.
Vers la lin du xvn" siècle, l'iiistoire recommence à parler des Serbes. La Porte, abattue par les victoires de Jean III, roi de Pologne , par celles du duc de Lorraine et celles du prince Eugène , voyait décliner sa grandeur. Bientôt après, le traité de Karlovitz (1691^') , suivi de celui de Passarovitz (1718), sapèrent les bases de sa puissance.
C'est eu 1690 que les Serbes , excités parl'Autriche, prirent les armes contre les Turcs ; mais cette insurrection , fomentée par une puissance étrangère, n'étant pas le fruit d'un mouvement spontané, d'un sentiment national, n'amena que des désastres. Les Serbes, sacrifiés par la politique autrichienne , se réfugièrent en Hongrie, avec Arsénius, patriarche de leur église.
Rarpos, qui s'était pr ^clamé leur roi, finit sur le pal; et l'église serbe , à dat«*r de ce jour jusqu'au temps de Milosch.fut soumise à la suprématie immédiate du patriarche de Constantinople.
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Il en résulta que les premières dignités ecclésiastiques furent ordinairement confiées à des Grecs mercenaires : aussi les Serbes dét(>staient leur haut clergé, tandis qu'ils entouraient de tout leur respect les prêtres des campagnes, Serbes comme eux, d'origine et de cœur. La même cause produisit les mêmes elTols en Bulgarie.
Chez les Bulgares, la classe supérieure témoigne en général de la sympathie pour les Russes, tandis que la population en masse, suivant l'exemple de son clergé national , porte plus de haine aux Russes qu'aux Turcs mômes ; car les Bulgares sentent qu'il leur serait plus difficile de secouer le joug du czar que celui du sultan.
L'état de Serbie dans le xviii' siècle , depuis la paix de Passarovitz, s'améliora considérablement en proportion de l'allaiblissement de la puissance turque.
Les spahis et les janissaires n'habitaient en Serbie que les villes; les habitants du pays, demeurant à la campagne, étaient moins exposés à leurs vexations. Les deux peuples, qui d'ailleurs se méprisaient l'un l'autre, bien que vivant sur la même terre, étaient toutà-fait séparés.
La perception des impôts, quelles qu'en fussent la nature et la destination, s'opérait sans mettre les deux populations en contact. La Serbie, partagée en douze districts, était sous la dépendance d'un pacha. Celuici nommait dans chaque district un kness ( chef national); la répartition des impôts du district était confiée aux ///e.v.v des villages. L<i même tnode de perception s'observait aussi entre les rayas et les spahis feudataires.
Grâce à cette organisation administrative, les Serbes, bien que pressurés outre mesure , à dater du traité de
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Passarovitz , vécurent tout-à-fait en dehors des Turcs. Il n'en est pas moins vrai qu'à chaque instant ils avaient à souffrir toutes sortes de dédains et d'insultes de la part de leurs maîtres. Ces humiliations sont dures, mais c'est la conséquence logique des positions réciproques.
Chaque peuple a reçu des mains de la Providence un caractère particulier, un cachet qui lui est propre; si, par suite de ses erreurs, il a été suhjugué , il doit les reconnaître , s'en corriger, et hriser le joug qui l'oppresse : tel est le devoir d'un peuple qui veut être libre, et qui prouve par là qu'il est digne de la liberté.
Mais le peuple qui ne sait point agir pour reconquérir son indépendance, qui ne sait pas se corriger de ses défauts, et qui se borne à implorer le secours des nations étrangères, ce peuple-là inspirera de la sympathie , puis de la. pitié, et enfin du mépris. On lui reprochera avec raison que , ne sachant ni se corriger ni combattre, il ne sait même pas se taire sous le joug qu'il s'est imposé, et qu'il porte par ignorance et par apathie.
Les échecs de la Porte, les triomphes de l'Autriche , de la Russie, et même ceux de la. Pologne encore, réveillaient parmi les Serbes le souvenir de leur ancienne gloire , et les rendaient d'autant plus sensibles aux insultes de leurs maîtres. Légalement, un Serbe ne pouvait entrer, ni armé ni à cheval, dans aucune ville, car c'était la demeure présumée des Turcs; en rencontrant un Turc sur son chemin , le Serbe devait mettre pied à terre et couvrir ses armes.
Plus les Serbes souffraient d'outrages en public, plus, dans le sein des familles, le sentiment national éclatait.
Alors les chaTits populaires exprimaient les Bouffrances, racontaient les peines morales, et faisaient germer dans les esprits des pensées d'a\enir.
On s'entretenait de la gloire passée de la Serbie, on chantait les victoires plus récentes remportées par les autres nations sur les Turcs : ainsi Gundolitch fil un poëme pojiulaire à Thonneur de Ladislas I\ , roi de Pologne, vainqueur des Turcs à Chocim ; ainsi d'autres chantèrent les exploits des Russes, mais unique^ment ceux par lesquels ils s'étaient signalés dans leur guerre contre les Turcs. Ceci est encore une nouvelle preuve de ce fait incontestable , que les Slaves méridionaux n'ont de sympathie pour la Russie qu'autant qu'ils voient en elle leur protectrice contre la Turquie.
Le poète Rigas alla plus loin; il osa le premier organiser une conspiration ; mais son projet avant été découvert, il fut obligé de fuir, et se réfugia à Triesle.
Le malheureux poète , livré par les Autrichiens aux Turcs, fut scié. Cefait eut lieu en 1798, Il caractérise le cabinet de Vienne, ne reculant devant aucun crime dès qu'il s'agit de sévir contre ce qu'il appelle un révolutionnaire.
Les sentiments patriotiques réveillés, les Serbes n'étalent plus disposés à soulTrir patiemment les injures, et quiconque avait un cœur bien placé lavait son offense dans le sang do l'offenseur. Une fois l'exemple donné, il était suivi ; et alors ceux que menaçait la colère turque se retiraient dons des lieux inaccessibles, où ils pouvaient braver le courroux de leurs anciens maîtres. Organisés en bandes sous le nom do heïfliicks , ils passaient aux yeux des Turcs pour des brigands, car ils les attaquaient eux et leurs prf)priétés. Mais aux yeux des Serbes, dont ils respectaient les biens
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et les personnes , les heïdncks méritaient des éloges, et plus d'un chant populaire fut composé en leur honneur.
Lne autre circonstance vint aider au développement du sentiment national des Serhes,
La licence des janissaires , vers la dernière moitié du xviii'' siècle, était parvenue à son ])lus haut degré. Comme le sultan, au milieu de son sérail, était exposé tous les jours à leur audace, pareillement tout pacha était menacé du même danger dans son gouvernement.
Mais les janissaires de Belgrade , plus entreprenants que les autres, rêvaient une souveraineté à l'instar des mamelucks d'Lgypte et de la milice d'Alger.
Profitant du moment où l'Autriche déclarait la guerre au sultan , en 1791 , les janissaires se révoltèrent, nommèrent Deli-Achmet pour chef, assassinèrent le pacha avec quatorze spahis feudataires, et devinrent maîtres de Belgrade.
De son côté, l'Autriche provoqua le réveildes Serhes par l'organisation des corps francs serhes, formés de ceux qui y avaient émigré en 1690 : tous les heïducks y accoururent aussi. Ces braves Serbes rendirent à l'Autriche de grands services : leurs chefs, Georges Pe- IrowiçTcherny et Alexis Nenadowiç, s'y distinguèrent particulièrement. Mais, comme il arrive toujours aux hommes qui combattent sous des drapeaux étrangers en rêvant l'indépendance nationale, les Serbes furent sacrifiés par l'Autriche.
La paix de Sistova, en 1791, ayant mis fin à la guerre, la Porte soumit les janissaires révoltés à Belgrade. Deli-Achmet fut traîtreusement assassiné , et les janissaires qui purent échapper se sauvèrent à \idin, et
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oÛrironl leurs services à Pasvan Ogloii , qui s'élait rendu indépendant du sultan.
Ce Pasvan Oglou était le chef d'une bande de volontaires turcs ( krchali ) qui , voyant la campagne finie, faisaient la guerre à leur profit, pillant, ravageant toutes les propriétés sans distinction. Pasvan Oglou agréa les olï'res des janissaires, et avec leur concours défit les troupes du sultan. Pour lui tenir tête, Hadji-Moustapha, pacha de Belgrade, fut obligé d'appeler à son aide les Serbes eux-mêmes. C'était le premier exemple de ra\as armés légalement contre leurs maîtres. Leur chef, ancien heïduck , Stanko Arembachiç , ne démentit pas sa vieille réputation de bravoure.
La Porte se trouvait trop faible pour arrêter l'audacieux Pasvan Oglou; elle entra en accommodement avec les janissaires , et leur restitua leurs anciens privilèges en Serbie. Celte impuissance du gouvernement les encouragea à de nouveaux méfaits. Saisissant le moment où Moustapha avait expédié ses troupes contre Pasvan Oglou, les janissaires surprirent Belgrade, assassinèrent le pacha, s'emparèrent du gouvernement de la province , et le confièrent à quatre d'entre eux qu'ils nommèrent /^/rt/t/.v.
Pour couvrir leur révolte d'une apparence de légalité, ils demandèrent au divan un pacha, qui ne fut que le représentant du sultan, sans nulle autorité, tandis que toute la puissance resta entre les mains des dahis.
Le sultan , excité par les plaintes des spahis , possesseurs des fiefs en Serbie , menaça les dahis d'employer contre eux des bras chrétiens. F.es dahis |)rirent alors la résolution de se défaire de tous les Serbes qui pourraient leur paraître suspects. Cette résolu-
tion, tout incroyable qu'elle paraît, a été cependant exécutée en maintes circonstances par d'autres gouvernements dans des pays plus civilisés : la loi des suspects en France, les arrestations préventives en Pologne , comme en Irlande, servent d'exemples entre mille autres» Mais les leçons de l'histoire sont trop souvent inutiles ; on hésite , on espère échapper à un danger qu'on croit ne menacer qu'un voisin ; on attend, pour agir, les circonstances favorables, on néglige de se préparer à l'action, et on finit par porter la peine de son imprévoyance. C'est ce qui arriva aux Serbes, qui, ne pouvant croire à la résolution sanglante des dahis, restèrent tranquillement dans leurs foyers. Alors les dahis, sans égard pour l'innocence des individus , afin de se défaire de tout ce qui leur portait ombrage, firent massacrer tous ceux qui avaient du mérite, qui exerçaient une influence dans le pays.
Le danger en Serbie menaçant tous les habitants, là terreur se répandit partout. Le pays se changea en un désert : les villages abandonnés, les champs sans culture, les troupeaux errant sans maîtres : cet aspect sinistre présageait un dénoûment terrible.
On ne rencontrait que des vieillards et des infirmes; la population en masse s'était retirée dans les bois au milieu des montagnes. Ces nouveaux heïducks n'attendaient plus qu'un chef. Alors parurent Georges Petrowiç , surnommé en turc Kara , Tc/ierny-le-Aoir , Janko Katiç, et Basile Tcharapic. Ces hommes de cœur, jugeant qu'il est indigne de se laisser égorger sans se défendre, se mirent les premiers à la tête de cette population errante dans les montagnes, et l'insurrection éclata dans la ihoumadia, contrée couverte de forêts.
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La Serbie, considérée au point de vue topographique, se compose de trois parties distinctes.
Le pays est situé sur le versant septentrional des montagnes de l'Albanie et de la Macédoine, et s'aplanit en descendant vers le Danube et la Sava. La partie centrale comprend des forêts qui s'étendent entre la Morava, affluent du Danube , et la Kolubara, qui se jette dans la Sava : c'est la Cbouraadia.
La seconde partie est le territoire compris entre la Morava et les montagnes de la Bulgarie. Les chefs de l'insurrection sur ce point furent iMilenko et Pierre Dobirniaç.
La troisième partie est située entre la Kolubara et la frontière de Bosnie. Ici Jacques Nenadowiç et Luc Lazarowiç (un moine) commandaient l'insurrection.
Bientôt les heïducks, avec leurs chefs, Glavvaç, "\\ eliki et Ciurcia , vinrent former le premier noyau d'hommes armés parmi les insurgés.
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