LA SERBIE INDÉPENDANTE SOUS GEORGES TCHERNY
La première attaque eut lieu contre le village de Sybniça. Tous les Turcs y lurent égorgés, et les habitations incendiées. Cet acte sanglant marquait suffisamment la situation réciproque des Serbes et dos Turcs ; les ordres que les chefs donnaient au pays annonçaient également le genre de la lutte. « Tout Serbe capable » de porter les armes doit , sous peine de mort , se «joindre aux insurgés; partout on doit attaquer les «Turcs, incendier leurs habitations et massacrer les )) habitants. Toute localité qui ne l'aura pas fait sera
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» brûlée elle-même; celle qui n'est pas en état de se )) défenrire doit être abandonnée , et ses habitants » doivent se retirer dans les montagnes et les forêts. » La guerre entreprise dans de tels sentiments ne laissait ni aux Turcs ni aux Serbes le moindre doute sur la manière dont elle serait conduite.
En effet , lorsqu'un péril imminent ou une dernière misère force un peuple à recourir aux armes , il est du devoir de ceux qui sont à la tête du mouvement de montrer à ce peuple quels sont les résultats sur lesquels il doit compter et les obligations qu'il aura à remplir. Il faut encore tâcher, dès le premier jour, d'entraîner dans le mouvement le plus grand nombre possible, de compromettre tellement leur fortune et leur existence qu'ils ne voient de salut que dans la victoire. Elle sera immanquable alors, car chacun fera tous les efforts dont il est capable pour l'obtenir. Tandis que ces efforts doublent les forces de l'insurrection, elles affaiblissent et neutralisent dans la même proportion celles de l'ennemi.
L'insurrection est un glaive sacré qu'un peuple ne doit tirer que pour défendre son indépendance, sa foi, sa nationalité: dons précieux de la Providence, qu'il a mission de défendre quand on les lui dispute, et de reconquérir quand on les lui a ravis.
L'insurrection se répandit en Serbie presque spontanément. Les Turcs fuyaient sans combat, tant les ordres sanglants de l'insurrection et l'exemple de Sybniça les avaient remplis de terreur, et ils se renfermaient dans les forteresses.
Alors les chefs de ces bandes d'insurgés, dont les uns étaient étonnés d'incendier et de détruire , au lieu de labourer et de bâtir ; d'autres, frappés par leur pre-
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mier succès et par la mic du premier sang répandu ; d'autres, enfin, qui depuis Knglemps faisaient ce métier: tous ces ciiefs, cléments aussi hétérogènes , s'accordèrent cependant entre eux : « Puisque chaque )) famille a son chef, disaient-ils, la nation non plus » ne saurait s'en passer. »
Sur la proposition du kncs Téodoie de Kragoïevo , Georges Tcherny fut élu chef général. Tcherny refusa d'abord , en faisant observer à l'assemblée qu'il n'avait pas le talent de la parole, et qu'il ne savait se faire obéir qu'avec le sabre. I\iais l'assemblée força Tcherny à accepter le commandement de l'insurrection, qui ne s'étendait encore qu'à la Choumadia.
Dès que la nouvelle de celte insurrection se fut répandue dans le pays, des volontaires turcs faisant le métier de brigands vinrent offrir leurs services aux insurgés. Repoussés par les Serbes, ils allèrent combattre sous les drapeaux des dahis. Ceux-ci reçurent encore un nouveau renfort amené ])ar Alibeg Widaïç de Bosnie, qui, fier de son armée bien disciplinée, traitait avec mépris les insurgés serbes, presque nus et mal armés. Ils comprenaient euxmêmes quils n'étaient j)as en état de résister à leurs adversaires dans une bataille rangée , mais (ju'ils devaient leur opposer une guerre; de partisans. Ils abandohnèrent donc volontairenient aux Turcs le camp retranché de Svilevo ; mais dès que ceux-ci en eurent pris possession , les insurgés les y cernèrent dt; tous côtés. Les Turcs, ainsi enfermés, sans vivres, et exposés à un feu meurtrier (pi'enlretenaient des hommes disséminés auîour des retranchements, liniient par caj»itulei'. Mais, soit malentendu, soil inau\aise foi, ils furent presque tous égorgés.
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Le succès d'une insurrection dépend le plus souvent du succès de la première rencontre: aussi, s'il est imj)ossible de commencer le mouvement par une surprise , les insurgés doivent longtemps éviter le combat. Ce n'est qu'après s'être aguerris, faits à la fatigue, à la discipline militaire , après que leur clief a Uni par leur inspirer de la confiance ; ce n'est qu'alors seulement, et avec des forces bien supérieures en nombre , que les insurgés peuvent se mesurer avec une troupe organisée. L'attaque doit être hardie, imprévue et vive ; ce n'est qu'en agissant ainsi qu'on peut espérer de battre son adversaire avec des hommes nouvellement armés. Dans un cas contraire, il faut éviter le combat : car , encore une fois , un échec au début peut faire manquer toute l'entreprise.
Le succès que les Serbes venaient d'obtenir redoubla leur confiance. Non contents d'avoir expulsé les Turcs de tous leurs villages, ils vinrent bloquer les places dans lesquelles ceux-ci s'étaient retirés, et dont ils n'osaient plus sortir. Tcherny, chef de la Choumadia, investit Belgrade; Nenadoviç, qui tenait la campagne sur la Kolubara , assiégea la place de Schabaç, tandis que Mileuko , en deçà de la Morava, cerna Pocharevaç. Schabaç se rendit le premier : alors Psenadowiç fit sa jonction avec Tcherny. Les garnisons de Pocharevaç et de Smeredovo ne lardèrent pas à traiter, demandant pour elles les conditions auxquelles se rendrait la garnison de Belgrade.
Les trois corps des insurgés, réunis alors, vinrent camper devant cette ville.
A cette même époque , la Porte , ébranlée par la révolte des pachas de Vidin, de Belgrade, de Zvornick, de Scodra et de Janina, ajouta foi aux parole»
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des spahis de Belgrade, qui assuraient que l'insurrection en Serbie n'était entreprise que contre l'usurpation des dahis.
D'après cet a\is, le sultan donna l'ordre à Bekir, pacha de Bosnie , d'entrer en Serbie et d'en expulser les dahis. Ceux-ci, \oyant le pacha de Bosnie assiéger Belgrade de concert avec les Serbes, prirent clandestinenaent la fuite; mais les insurgés réclamèrent de Bekir les tètes des quatre dahis, qui les leur livra. Tel était le triste étal du pouvoir en Turquie que , n'osant plus punir, il autorisait l'assassinat.
Le pacha Bekir, ayant ainsi satisfait les Serbes , les engagea à rentrer dans leurs foyers; n)ais les Serbes avaient déjà joui de l'indépendance; ils avaient teint leurs sabres du sang ottoman ; ils déclarèrent donc au pacha qu'ils ne déposeraient les armes qu'à de certaines conditions.
Le pacha Bekir , do\inant le péril et ne se sentant pas la force de le combattre, quitta le pays, et laissa au pacha nouvellement arrivé le soin des affaires.
La Serbie présentait alors un aspect singulier. Quelques places fortes, encore occupées par les dahis, étaient assiégées par les Serbes. Dans la ville de Belgrade , le pacha nommé par le sultan conservait une ombre de pouvoir , tandis que la citadelle était occupée par les volontaires turcs et que leur chef disputait au pacha le gouvernement du pachalick; enfin, en présence de ces deux adversaires, les Serbes insurgés campaient aux portes de la ville. Au milieu de ce chaos, les Serbes, crojant le péril j)assé et n'ayant qu'un chef militaire auquel les autres [)oitaient maintenant envie; les Serbes, qui, pendant tant de siècles, s'étaient habitués à avoir un maître étranger, se déci-
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dorent à clierchcr une protection au-dehors. D'un côté, le machiavélisme autrichien et l'oppression que ce cabinet faisait peser sur ses sujets slaves étaient trop connus des Sorbes; de l'autre , leur haine nationale et héréditaire contre tout ce qui ])orle un nom allemand les détermina à envoyer à Saint-Pétersbourg, plutôt qu'à Vienne, des délégués chargés de demander une intervention (août ISO/j).
La délégation serbe revint de Pétersbourg au mois de février 1805 , et n'apporta que des promesses vagues. Les Serbes s'assemblèrent au mois d'avril, pour tenir conseil, dans la \ilie d'Ostrojniça,
Les Turcs de Belgrade , ainsi que les habitants de la Valachie et de la Moldavie , y envoyèrent leurs représentants. Les Serbes exigèrent que les Turcs rendissent toutes les places fortes qu'ils tenaient encore, et payassent en outre deux raillions de piastres pour les frais de la guerre.
Mais les Turcs ne voulant pas souscrire à ces conditions, l'assemblée se sépara sans prendre d'autre résolution que celle d'envoyer une délégation à Constantinople.
' Cela n'empêcha pas qu'on ne fît la guerre et qu'on ne délivrât le reste du pays de la présence des Turcs. Tcherny s'empara du fort de Karanovaç , tandis que Nenadoviç , soutenu par l'archimandrite Meleta et par Milan Obrenoviç de Rudnick , entra à la tète de 3,000 combattants , et avec deux pièces de campagne , dans la place forte d'Lchiça.
Les Serbes croyaient n'être pas en guerre avec le sultan; ils soutenaient qu'ils ne combattaient que les musulmans révoltés contre leur souverain légitime. Mais l'illusion qu'ils s'étaient faite disjîarut lorsqu'on
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apprit qu'à Constantinople les délégués serbes avaient été mis aux fers, sans être écoutés, et qu'Afis, pacha de Nisse , avait reçu l'ordre d'entrer avec une année en Serbie.
Les Serbes, n'ayant que 2,500 combattants, se retranchèrent , sous les ordres de Miienko et de Pierre Dobriniac, entre Kupria et Parakin, tandis quoTcherny, formant la réserve de l'armée, occupa les défilés de Yagodin. Le pacha attaqua les Serbes et se rendit maître de quelques ouvrages extérieurs , mais avec une si grande perte que, sans attendre l'arrivée de Tcherny , il battit en r(>traite jusqu'à Nisse.
Après le combat contre Afis-Pacha, les Serbes ne pouvaient plus douter qu'ils ne fussent en guerre avec le sultan, et que la victoire ne fût leur unique salut; car dans une guerre entre un peuple soumis à l'esclavage , voulant briser ses cliaînes, et son oppresseur voulant les river, il n'y a pas de transaction possible: il faut que l'oppresseur abandonne le pays, ou bien que la nation qui s'est insurgée se fonde dans celle qui l'a vaincue.
Dans tous les cas, comme les oppriniés risquent beaucoup plus que ne saurait gagner l'oppresseur, il s'ensuit qu'ils tiennent plus au succès que leur adversaire, et que, faisant des eflorts en proportion , ils finissent ordinairement par l'emporter. La nation qui languit dans l'esclavage ne doit en accuser qu'ellemême ; si elle ne revit pas, c'est qu'elle n'aura pas jugé le but de son entreprise digne des sacrifices indispensables pour l'atteindre.
Sur ces entrefaites, les Turcs assassinèrent le chef du district de Smeredovo ; en revanche, lesSeibcsavi.nt
surpris la ville, passtn'ent tous les Turcs au lil de l'épée.
Ceux-ci agirent de même avec la population serbe à Schabac, Lchiça et à Belgrade : de sorte qu'à l'entrée de 1806 tout le pays était en l'eu.
De son côté , le sultan donna ordre à Bekir , pacba de Bosnie, ainsi qu'à Ibrahim, pacha de Skodra, d'aller soumettre la Serbie.
Pour tenii- tète à ses assaillants, Radie Petrowiç, lieutenant cle Tcherny , ayant organisé 1 insurrection du sud, occupa dans cette partie du pays tous les défilés des montagnes.
Au nord , Milenko s'empara de l'île de Poretsch sur le Danube, et par là se rendit maître de la navigation du fleuve. Mais il restait encore deux autres passages parlesquels les Turcs pouvaient entrer en Serbie, l'un par la Bulgarie du côté de îNisse, l'autre par la Bosnie du côté de Matchva. Le premier passage fut occupé par Dobriniaç, qui avait Mladen-en réserve; l'autre fut confié à Nenadoviç , qui s y fortifia. Effectivement , deux corps de Bosniaques entrèrent au printemps sur le territoire serbe et mirent tout à feu et à sang. Mais les Serbes réussirent bientôt à s'en débarrasser : l'un de ces deux corps, tombant dans une embuscade , fut taillé en pièces ; l'autre fut complètement défaitdans un combat de vive force. Ces deux corps toutefois n'étaient que lavant-garde de l'armée ennemie. Le corps principal, sous les ordres de Koulin , fort de 30,000 hommes, j)assa la rivière de la Drina. A son approche, Nenadoviç faillit compromettre toute l'entreprise. En effet, ayant proposé au général ennemi d'entrer en accommodement, les Serbes se crurent trahis et se mirent à abandonner leurs drapeaux.
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Ce découragement permil à Koulin de s'avancer sur Belgrade. De l'autre côté, lladji-Bey traversait les montagnes , et Ibrahim déboucliait par ^isse.
Tcherny ne se laissa pas abattre , et il sauva l'insurreclion par sa mâle persévérance. N'ayant que 3,000 combattants , il en détacha 1,500 sous les ordres de Kativ pour les opposer au progrès de Koulin; tandis que , avec le reste de son armée, il s'avança à la rencontre de Hadji.
Katiç, disputant le terrain à des forces supérleui'es, trouva une mort glorieuse ; mais il atteignit le but désiré , en arrêtant la marche de l'armée ennemie, Georges, de son côté, après avoir défait Hadji sous Peçka, se jeta à travers les montagnes sur les derrières des Turcs. Il se montra dans cette expédition d'une inflexible sévérité , punissant de mort tout Serbe qui avait reçu un emploi quelconque des mains du général turc , ainsi que tout homme qui avait conseillé la soumission à l'ennemi. Il appela sous les drapeaux tous les habitants en ùge de porter les armes, brûlant les villages qui ne se hâtaient pas d'exécuter ses ordres. Ces mesures sévères eurent bientôt ranimé le moral des Serbes et rallumé l'insurrection.
Les Turcs, attaqués par derrière, inquiétés sur leurs flancs, commencèrent à battre en retraite dans la direction de Sczabaç. Georges leur barra le chemin. Son armée, forte alors de 7,000 fantassins et de 2,000 cavaliers, se retrancha sous Michar. Pendant trois jours ertiers, les Turcs attaquèrent les retranchements avec acharnement; les Serbes se défendirent avec courage. Le dernier jour enfin, Tcherny donna ordre à sa cavalerie de tourner les Turcs à la fa\eurd'un bois, et de tomber sur leurs derrières au moment où ils doiiuo-
oi? SLli LA SKnUIE,
raient l'assaut. 11 cacha son infanterie derrière les retranciiements, et ne fit ou\rir le feu qu'au moment où les Turcs commençaient à les escalader. Ces ordres furent bien exécutés, et la bataille fut complètement gagnée parles Serbes, qui n'y perdirent qu'un seul de leurs chefs, le brave prêtre Luc Lazaroviç. Les Turcs , au contraire, eurent presque tous leurs généraux tués, à commencer parKoulin lui-même. Cette bataille eut lieu dans les premiers jours du mois d'août 1806. Les Turcs dans leur retraite firent des pertes énormes, surtout dans la forêt de Kitog. Heureux le pays qui , s'insurgeant, possède des forêts et connaît tout l'avantage qu'il on peut tirer !
Au même moment, les Serbes obtenaient d'un autre côté des succès analogues. Dobriniaç, retranché sous Déligrad , y fut attaqué par l'armée d'Ibrahim , forte de /{OjOOO hommes. Mais tandis que les Turcs s'épuisaient en de vains assauts, Glavaç et Mladen , à la tête de partisans, par des surprises continuelles, par des combats individuels, inquiétant nuit et jour Ibrahim, le forcèrent à se retirer, même avant l'arriTée de Tclierny.
Le pays étant délivré de la jirésence de l'ennemi , Georges s'appliqua à reprendre les places occupées encore par les Turcs. Il investit donc Belgrade avec Tcharapic, Miloï et Glavac. In transfuge Konda leur en facilita l'entrée par un sentier qui lui était connu ; il fit passer les remparts à six volontaires serbes, et s'étant approché du factionnaire, qui se laissa tromper par des paroles adressées en turc, ils attaquèrent la garde, en vinrent à bout, et ouvrirent la porte de la ville, bien qu'ils eussentperdu quatre de l,eurs compagnons. Dans ce moment, la garnison, attaquée à la fois
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sui' trois autres points, finit par évacuer la ville, pour s'enfermer dans la citadelle. Belgrade fut pris le 12 décembre 1806, et sa citadelle fut réduite par Ja famine quelques jours après.
Au mois de février 1807, les Serbes s'emparèrent de Scbabaç, et d'Lcliiça au mois de juin : tout le pays se trouvait délivré.
Après la prise d'Lcliiça, Nenadoviç passa la Drina en automne (1807), dans l'intention de faire insurger la Bosnie. Les premiers pas dans le pays paraissaient annoncer quelques succès, lorsque les Bosniaques renégats cjui s'étaient armés pour défendre la cause de la Porte ollomanc, le forcèrent bientôt d'évacuer le pays, le poursuivirent en Serbie et le serrèrent de si près qu'il ne dut son salut qu'au secours de Georges. Les Turcs ravagèrent la Serbie et ne se retirèrent en Bosnie qu'à l'approche de l'hiver. D'un autre côté» Milenko n'avait pas mieux réussi : il était sorti de Portscli et avait porté la guerre en Bulgarie, dans le but de s'emparer du district de Kraïna ; mais le pacha de Mdin le força à battre en retraite et l'enferma à Slulik. Milenko était réduit à l'extrémité, lorsque Georges, renforcé par un détachement russe sous les ordres du major Issaïevv , vint le délivrer. Malgré ces secours , Milenko ne put exécuter ses desseins sur Kraïna, et se vit forcé de rentrer dans ses montagnes de Mirolch. L'expédition de '\ ellko, qui d'ancien heïduk était deveim chef militaire, fut la seule qui réussit. Ce \ eliko s'était déjà distingué précédemmentet avait reçu comme récompense le drapeau national. Il attaqua, à la tète des volontaires qui s'étai(.'nt rangés sous ses ordres, la ville de Podgoraç. Il s'en rendit maître en entourant les muraillos de la ville fqui n'avait pas de canons) de
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matières inflammables, et pénétra dans la place à la faveur de l'incendie qu'il avait allumé.
Cerné plus tard par des forces supérieures, il fit une sortie nocturne; et faisant passer sa troupe pour un détachement turc, il entra dans leur camp et remporta une victoire complète. Désormais il gouverna en maître le pays conquis.
Cependant les discordes intestines devenaient de plus en plus sérieuses. Mladen et lougoviç , partisans avoués de Tcherny, exerçaient une influence marquée dans le sénat. Les sénateurs demandèrent leur exclusion. Georges y consentit; mais alors Mladen et lougoviç accusèrent de trahison l'archimandrite Léonti et M. Roudofinikin, agent diplomatique de la Russie.
Tcherny, à l'ariivée de Roudofinikin, venu avec le détachement russe du major Issaiew, n'avait pas voulu qu'on le reçût, car il le regardait comme un homme dangereux. Effectivement, Roudofinikin, dès son arrivée, ne fit que fomenter la discorde dans le sénat et qu'envenimer les jalousies des chefs militaires, afin de livrer la Serbie par les haines personnelles à l'anarchie, et alors de la forcer à se jeter entre les bras de la Russie.
Or, lougoviç déclara en plein sénat que Léonti , sous le voile de la religion, prêchait la soumission aux Russes, prétextant la suprématie du czar comme chef de l'Eglise.
Il proclama, en outre, que Roudofinikin prônait la même soumission, par le molif fallacieux que les Serbes ne pouvaient exister sans le secours du czar.
Enfin , lougoviç fit comparaître un nommé Nicolas, agent deLéonti eldeRoudofinikin, qui disait au peuple » que son insurrection n'avait pas de but ; que l'on
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» versait son sang et prodiguait son bien au profit » d'un ambitieux qui nemanquerait pas deprendreia » fuite au premier désastre ; qu'il ne restait enfin aux » Serbes qu'à faire leur soumission à la Porte, s'ils ne » se bâtaient de se ranger sous la protection d'une )) puissatice étrangère. » Alors Tcherny, voyant le péril qui le menaçait, et se sentant d'autant plus fort que les derniers événements militaires avaient raffermi son autorité, réintégra au sénat ses deux partisans, Mladen et lougovir , avertit l'agent russe qu'il eût à ne pas se mêler des affaires du pays, réprimanda sévèrement l'arcliimandrite Léonti, et fit exécuter leur agent Nicolas.
T.a guerre entre la Russie et la Turquie continuant toujours, les Serbes en profitèrent pour entrer de nouveau en cam])agne aux premiers jours de printemps de 1809. Assisté des troupes russes, Milenko vintassiéger Kladova ; d'un autrecôtéles Serbes envabirent la Bosnie par trois paints différents. On y obtint d'abord des succès réels; dans les premières rencontres les Turcs furent défaits , et la population cbrétienne de la Bosnie et de l'Hercégovine arbora le drapeau de l'indépendance.
Recbercbant l'alliance des Monténégrins, pour se mettre en contact avec eux,Tclierny livra sur le plateau de Soucbodol une bataille que décida en sa faveur une cbarge vigoureuse des momaks (ses cavaliers).
Tcberny , poursuivant ses opéralicns, s'empara de la place de Senniça , traversa la tribu WasoWic, et fit enfin sa jonction avec les Monténégrins. Pour obtenir tous les avantages du plan qu'il a\ait conçu , il n'avait plus qu'à se rendre maître d<' .Novi-Bazar. Il s'avança donc (le ce côté; mais aussitôt il fut obligé d'aban-
hO SIl'. L\ SKRBU;.
donner ses projets, car des événemenls très graves exigeaient impérieusement son retour en Serbie- Pendant que Geoi'ges combattait victorieusement les Turcs du côté de la Bosnie, les deux chefs militaires Dobriniaç et Miloï, auxquels il avait confié la garde du pays du côté de la Buljfarie, par une jalousie réciproque, amenèrent les plus grands désastres sur leur patrie. Les Turcs, pi'ofitant de la mésintelligence de ces deux chefs, débouclièrent de la Bulgarie au mois de juin 1809, avec des forces considérables. Le fort de Kamieniça était gardé par Etienne Singeliç, partisan de Dobriniaç. Prévoyant le danger, Singeliç demanda àïMiloïdu renfort, et sur son refus, ilse fit sauter avec les siens au moment où l'ennemi entrait dans la redoute. Quelques jours après, Dobriniaç, pour se venger, refusa de venir au secours de Miloï , dont le détachement fut entièrement défait.
Pour sauver le pays, Georges fut donc contraint d'abandonner la conquête de la Bosnie. Mais sa jonction même avec le corps de "Weliki n'arrêta plus la marche des ennemis; les Turcs occupèrent bientôt toute la rive droite de laMorava, et s'apprêtèrent même à la franchir. La terreur s'empara du pays ; alors Roudofinikin , accompagné de Dobriniaç (ce chef jaloux de l'autorité de Georges), s'enfuit audelà du Danube.
Le cabinet russe prêtait alors déjà son appui à des ambitieux qui, soit par perversité, soit par ignorance, afTaiblissaient par leur opposition le pouvoir national, au lieu de l'aflermir par le concours de leur obéissance. Cependant Georges neperditpas courage : ayant confié la défense delà Morava aux chefs MIaden , Sima et ^ iucia, il se retrancha sous lagodin , où les Turcs
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n'osèrent ])as l'atla([uer. D'un aulrocùté, les succès des Russes nécessitèrent le rappel de toutes les forces turques eraplovées en Serbie. Alors les Serbes purent rentrer en possession de tout ce qu'ils avaient perdu , tant du côté de la Bulgarie que du côté de la Bosnie.
Une lois le danger passé , les envieux ne manquèrent pas d'attribuer à Georges tous les désastres delà campagne de 1809, et de ruiner par là son autorité. A l'assemblée de 1810, Jacques Nenadowiç vint, accompagné de 600 cavaliers , ses momaks ; et pendant qu'il déclamait au conseil contre Georges et ses amis, les momaks faisaient retentir la ville de leurs cris, proclamant qu'il n'y avait point de salut pour les Serbes sans In protection de la Russie. Toutes ces menées finirent par ébranler la confiance de Georges; il sentait bien qu'accepter la protection russe, c'était abdiquer l'indépendance nationale , mais il se vit forcé de céder. Alors Nenadowiç , étant nommé président du sénat, en éloigna d'abord tousios amis de Georges, et puis décida les autres sénateurs à envoyer au camp russe une députation demander l'assistance et la protection du czar.
Dobriniaç, lors de sa fuite avec Roudolinikin, s'était directement rendu au camp russe , en se faisant passer pour l'envoyé des Serbes. A l'arrivée des délégués du sénat, il leur j)ersuada, d'après les insinuations de Roudofinikin, que tous leurs elTorts restcraientvainss'il ne faisaient une promesse solennelle au général en chef russe de nommer d'autres sénateurs, et surtout d'éloigner Tcberny (\u commandement.
Le général russe, feignant de croire à la prétendue mission de Dobriniaç, continua à le traiter comme un envové des Serbes, dans l'intention d'irriter davantage
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les rivaux de Tcherny , et d'alimenter leurs passions haineuses.
C'est alors que Georges, abandonné de tous, finit par céder aux vives sollicitations de son confident lougowiç, et offrit sa soumission augouvernement autrichien (1). Il est à observer que ce lougowiç était Serbe de naissance, et avait été sujet autrichien. Depuis de longues années, les hommes de cette position servaient la cour de Vienne , chez les Slaves turcs , comme le haut clei'gé grec schismatique sert encore la cour de Saint-Pélersbourg. Cependant la cour de \ ienne rejeta les offres de Georges, n'osant plus admettre dans son sein la nationalité serbe , qui se ré\ cillait avec tant de vigueur. Rebuté par ce refus, brûlant de se venger de ses adversaires, Georges, qui jusqu'à ce moment s'était opposé aune alliance avec les Russes, prit l'initiative et rechercha leur proteclion.
A peine Georges se fut-il décidé à rechercher l'appui de la Russie, que l'agent secret de celle-ci , l'archimandrite Filipowiç , en informa le général en chef de l'armée russe : aussi , dès que Tcherny eut fait sa demande, elle fut acceptée, et, chose remarquable, le général en chef Kamenskoy , dans sa proclamation du mois de mai 1810, dit, au grand étonnement des Serbes, que non seulement « son empereur regardait les » Serbes comme des frères de la même race et de la » même église , mais encore qu'/'/ ne leur recoiuiaissnit y) d'autre chef que Georges Tcherny. » Mais la duplicité russe se manifesta d'une manière plus visible encore ;
(1) Georges avait demandé l'appui de la France, mais on ne l'y écoula pas : un sabre d'honneur seulement lui fut envoyé par l'empereur Napoléon.
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car, au moment où le gouvernement russe semblait vouloir raffermir l'autorité de Georges, il exigeait de lui qu'il confiât àDobriniaç, son ennemi juré, le commandement des (5,000 Serbes qui devaient combattre à côté des Russes. Pour ceux qui connaissent la Russie, cette duplicité n'est pas étonnante, car elle est traditionnelle dans la jiolitique russe; mais ce qui l'est davantage, c'est que les mêmes moyens employés depuis si longtemps obtiennent toujours le même succès. Il est à désirer que les Serbes , dans les circonstances actuelles, si conij)liquées, ne perdent pas de Yue les enseignements que leur présente l'bistoire contemporaine de leurs relations avec la Russie.
La campagne de 1810 s'annonça par des succès : les Serbes reconquirent sur la Morava les places de Négotin, de Persa Palanka, et assiégèrent Kladova. Cependant Churcbid-Pacba, débouchant en Serbie , du côté de Nisse j tourna les montagnes dont les défilés étaient gardés, ne laissant que des détachements pour surveiller l'ennemi qu'il laissait sur ses derrières.
Les Turcs, ayant occupé Kruchevaç, se mirent à ravager le pays, ce qui occasionna de nombreuses désertions chez les Serbes; ils quittaient les rangs pour aller sauver les débris de leur fortune. Après beaucoup de sollicitations, Georges obtint enfin le secours de 3,000 Russes sous les ordres du colonel ( rurk, que l'on détacha du corps occupé au siège de Kladova. Il entrait peut-être dans les vues du cabinet de Saint- Pélersbouig de réduire les Serbes aux abois, afin de leur rendre sa protection indispensable. En offit, les 6,000 Serbes qui se trouvaient avec Dobriniaç à l'armée russe, y étaient pou nécossaires , et en Serbie ils auraient exercé une influence immense.
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Les Serbes, avec l'aide des Russes, défirent si bien Churchid sous Varvarin, qu'à son tour il fut forcé de se retrancher; et voyant ses troupes découragées par do nouveaux échecs, il se retira à Nisse.
Ce manque d'énergie de la part de Churchid tira les Serbes d'une position critique; car une autre armée turque, forte de 40,000 combattants, ayant pénétré en Serbie, vint assiéger la place forte de Losniça. L'intrépide commandant de la place , Antoine Bogicheviç , n'aurait pu résister aux assauts réitérés des assiégeants, si Georges, délivré de Churchid, ne fût venu à son secours. Les Turcs n'hésitèrent pas à marchera la rencontre des Serbes; mais, défaits, ils rentrèrent dans leurs retranchements sur la Drina. C'est là qu'eut lieu la bataille décisive, livrée le 6 octobre 1810; les Serbes ayant remporté une victoire complète , poursuivirent les Turcs au-delà de la Drima. Ce n'est même qu'à la demande du pacha de Bosnie que Georges consentit à une suspension d'armes, à la condilion expresse que les deux partis suspendraient les hostilités pendant le reste de l'année.
La tranquillité rétablie , les mauvaises passions des chefs militaires se réveillèrent. Ils se proposaient, à l'aide du régiment lusse , qui devait tenir garnison à Belgrade, de restreindre l'autorité de Georges. Jlais, instruit d'avance de ce qu'ils voulaient entreprendre à l'assemblée du nouvel an , Tcherny trouva moyen de parer le coup. D'un côté il réussit à se rendre favorable Nenadoviç; de l'autre Milan de Roudnick , frère du prince Milosch, vint à mourir subitement, ce qu'on attribua même à l'effet du poison. Alors prévenant l'arrivée de Dobriniaç et de Milenko , en marche sur Belgrade avec le régiment russe, l'assemblée décréta.
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en janvier 1811 , qu'à l'avenir los chefs de districts seraient nommés par le sénat et le chef national, au lieu de l'être jiar les chefs militaires resj)cctifs, comme cela se pratiquait jusqu'alors. Par une autre loi, l'assemblée institua un conseil des ministres : on nomma aux départements de peu d'importance les adversaires de Georges, afin de pouvoir les gardera vue. On décréta, en outre, la peine du bannissement contre quiconque s'opposerait à l'exécution de ces nouvelles lois.
Arri\és à Belgrade , Milenko et Dobrinlac jugèrent facilement que l'apjîui même du régiment russe ne leur suffirait pas pour lutter contre l'autorité de Georges; ils abandonnèrent donc le projet qu'ils avaient formé de s'emparer de sa personne et de celle de Mladen. Georges, de son coté, persuadé que le colonel russe n'avait pas reçu d'instruction pour prêter main-forte à Dobriniaç et à Milenko, les nomma aux emplois qui leur avaient été destinés par l'assemblée ; et comme ils refusèrent de les accepter, Georges, s'appuyant sur la nou\ elle loi, leur signifia de quitter le pays, laissant à leur choix le lieu de leur exil : /'/.v choisirent In linssif.
Le nouveau chargé d'affaires de laRussie, M. .\edoba, arrivé sur ces entrefaites, ne jugeant pas le moment favorablr; j)our semer des discordes, s'appliqua à gagner la confiance de Tchern\ , en se montrant pi et à le soutenir en toute occasion. L'autorité de Tcherny , raffermie ])ar son énergie , forçant la Russie à suspendre ses intrigues, fut également respectée par les intrigants inférieurs serbes.
La Serbie entrait donc dans une nouvelle voie politicpie. Malheureusement, Georges Tchern\ n'était pas à la hauteur de sa position. Il avait su combattre vaillamment les Turcs , il avait su délivrer son pays et
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déjouer les criminelles inlenlions do ses adversaires, il avait su metlre enfin le sceau à l'indépendance nationale , en concentrant et consolidant le pouvoir entre les mains d'un seul, d'un chef reconnu par la nation et recommandé par son mérite personnel. Mais, une fois arrivé là, Georges ne put remplir l'éminente charge qu'il occupait ; il se laissa prendre aux pièges tendus par des mains étrangères , et faillit replonger sa patrie sous le joug qu'elle avait si glorieusement secoué.
Les Piusses cependant, profitant de l'ignorance et de l'apathie des commandants turcs, pouisuivaient leurs succès. Churchid-Pacha , pour empêcher les progrès de l'ennemi, se mit à négocier avec les Serbes. Il proposa à Tcherny, en dSll , afin d'obtenir le passage des Bosniaques par la Serbie , de l'ériger en principauté indépendante, comme l'étaient la \ alachie et la Moldavie.
Tcherny refusa ces propositions; mais ce ne fut pas pour en demander de plus avantageuses ; il n'exigea pas, pour consolider l'indépendance de la Serbie, que la Porte reconnût dans sa famille une dynastie nationale serbe ; Tcherny répondit simplement qu'il se soumettrait à tout ce que les deux enipercurs auraient décide à Cotistantinople et à Pétersbourg.
Déjà sous l'entière influence de l'agent russe , Tcherny avait perdu toute confiance en soi; il n'agissait que d'après les conseils du cabinet russe. Mais au moment où Tcherny s'alliait aussi intimement à la Russie, les événements préparaient la lutte colossale de J 812 entre la France et la Faissie. C'est alors que l'or du cabinet de Pétersbourg, corrompant les drogmans de la Porte, les frères Moruzzi, comme, un siècle
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auparavant, Pierre I'"^ avait acheté sur lePruth le grandvizir Baltaclji, les deux puissances sii;nèrent le traité de Bukarest, si désavantageux pour laTurquie. Ce traité faisait à peine mention des Serbes ; il leur assurait uniquement l'amnistie ou la liberté de quitter le pays. Tel fut le fruit de l'imprudente conliance queTcherny avait placée dans les promesses de Saint-Pétersbourg ; tel était le commentaire des proclamations russes, où l'on prônait si fort que les Serbes étaient non seulement les plus fidèles alliés, mais encore Irères de race, frères en religion. Tout Serbe impartial n'aura pas perdu la mémoire de ce grave événement.
Le 19 juillet 1812, le traité fut ratifié par le sultan , et les Serbes envoyèrent des délégués à i\isse auprès de Cburcliid, pour s'entendre sur les conditions relatives à leur pays. Mais Cburchid-Pacba les renvova à Constantinople, d'où, après de longs délais, on les renvoya de nouveau , sous prétexte que Cburcliid, nommé grand-vizir, pouvait seul négocier avec eux. En attendant, l'armée russe, commandée par le général Tcbitcliagow , évacuait la Moldavie, et le régiment russe en garnison à Bcllegrade quittait Cetle ville.
Enlin, au mois de janvier 1813, les Turcs changèrent de langage envers les Serbes, et ne \oulurent plus traiter avec eux ; ils exigèrent la soumission entière de la Serbie.
L'expérience de tous les siècles et de tous les pays a prouvé qu il n'existe jamais d'arrangement possible |)our le faible qui ne fonde ses espérances que sur son altitude soumise et son habileté diplomatique. Le salut du faildc, au contraire, ne se trouve que dans une détermination désespérée. Les Serbes pouvaient encore à cetle époque s'enlendro avec MoUa, pacha de
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^ idin et successeur du lauieux Pasvan, qui cherchait à se rendre indépendant. Mais les Serbes d'un côlé , comme les Bulgares de l'autre , n'avaient pas encore à celle époque une idée bien nette de leurs devoirs respectifs. Ils ne comprenaient pas encore que leurs eftoits communs pouri'aient obtenir et assurer leur indépendance. Les Serbes surtout, qui jouissaient déjà dune certaine indépendance nationale, devaient , au lieu de rechercher l'alliance russe, se liguer avec les Bulgares.
Ln protecteur plus fort finit ordinairement par devenir le maître. (Test à quoi vise toujours le cabinet de Pétersbourg, et l'on peut dire avec certitude que l'un de ces deux cas arrivera nécessairement : ou bien la Russie dominera la Serbie, ou bien la Serbie devenue indépendante, la Russie perdra son influence sur les Slaves du midi, '.c danger n'existe point de la Serbie à la Bulgarie. Les Bulgares, soumis aux n:ièmes oppresseurs que les Serbes, sont également intéressés à reconquérir leur indépendance : les efforts combinés de ces deux peuples ne pourraient qu'en hâter le succès, sans préjudice ni pour l'un ni pour l'autre. Il convient donc nécessairement aux nations qui veulent s'affranchir du joug étranger de rechercher l'alliance de celles qui ont les mêmes intérêts , éprouvent les mômes sentiments et disposent des mêmes forces. Mais ces nations doivent éviter toute espèce d'influence ou de protection de la part d'une puissance plus forte qu'elles , qui dispose de grandes forces matérielles , tandis que la leur est toute morale; car il est toujours à redouter que l'étranger qui aura aidé un peuple à briser ses chaînes, ne lui en impose de plus pesantes, peut-ptre, que les premières.
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Les Serbes avaient suivi les perfides conseils de Saint- Pétersbourg ; ils ne s'allièrent pas avec le pacha de ^ idin, (le jjeurcCirriter le sultan : aussi, dès que Molla fut décapité, les Turcs entrèrent-ils en Serbie (juin 1813) pour la soumettre à son tour. Les Serbes étaient mal préparés à soutenir la lutte : Tcherny, devenu diplomate, ne s'occupait que des nouvelles apportées par les courriers de Saini-Pétersbourg, et se fiait plutôt à la protection étrangère qu'à sa propre vigilance et à la force nationale.
Le plan de défense fut dressé à la liàte : le knos Sima devait garder la Drina du côté de la Bosnie avec 10,000 combattants; Mladen , avec une force pareille, devait couvrir le pays du côté de INisse; le vaillant \ eliko occupait le pays avec 3,000 hommes entre le Danube et la jMora\ a ; Georges enfin devait organiser la réserve à lagodin.
Les Turcs ouvrirent les hostilités ])ar une incursion du côté de Kladova. Repousses par le frère de ^ eliko, ils n'en firent j)as moins un butin considérable. Véliko les poursuivit et ravagea le pays jusqu'aux ])ortes de Vidin. Mais quand les Turcs eurent réuni un corps de 18,000 combattants, \ eliko, à son tour, fut obligé de se renfermer dans la forteresse de Négolin. Il eût mieux aimé se retirer au milieu des montagnes, car un forl n'est jamais imprenable ; mais il avait reçu l'ordre de défendre Négotin. Celte défense fut admirable. Par ses fréquentes sorties, ses surprises, son infatigable audace, il réduisit les Turcs à demander des renforts. En effet, leur général Karadja, et bientôt le grand-vizir lui-même, leur en amenèrent de considérables. Le gouvernement serbe, tout au contraire, ne fit rien |)()ur bocourir Vcliko.
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L(î corj)s de réserve , sous les ordres de Tclierny , ne paraissait pas, et le siège, poursuivi avec acharnement, faisait des progrès. Les tours s'écroulaient successivenicnl. les remparts abattus présentaient de laiges brèches; enfin \ eliko lui-même, frappé par unboulet, succomba, et la place se rendit à discrétion.
Les garnisons de Persa-Palanka, de Wielka Ostrova et de Kladova suivirent cet exemple. Les Turcs, à Kladova surtout, comiuirent des crimes effroyables. On y empala les hommes ; les femmes, violées, furent éventrées, et les enfants noyés dans des mares fétides, par dérision du baptême. Enfin, la seule place de Déligrade exceptée , tout le ])ays d'au-delà de la Morava tomba au pouvoir des Turcs, sans que Tcherny et Mladen eussent paru.
Les mêmes événements se reproduisaient sur la Kolubara. Les Turcs assiégèrent le fort de Lesniça, et la place ne tardapas à se rendre. C'est alors que l'évêque de Tam rniV. , qui se trouvait avec les Turcs, abusant de son ministère, fit entendre aux Serbes que la religion ne permettait jiasde combattre l'autorité de leurs oppresseurs ; que c'était mériter les peines éternelles que de verser le sang qu'ils répandaient, leur lutte pour l'indépendance n'étant qu'une révolte.
Ce n'est que devant les retranchements de Ravani, oùMilosch, Tchupiç et Nenadoviç s'étaient enfermés, que les Turcs rencontrèrent une sérieuse résistance. Cependant, après dix-sepljoursd'attaques continuelles, les assiégés se virent forcés d'abandonner leurs redoutes , car les munitions de guerre et de bouche leur manquaient. L'ennemi victorieux se porta ensuite sous les mûrs de Schabaç, où Sima restait inactif.
Telle fut la campagne de 1813. Les Serbes avaient
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vainement attendu Tcherny sur le champ de bataille; on répandit même le bruit de sa mort. C'est alors seulement (1" octobre) qu'il se présenta au camp établi sur la Morava. Le spectacle de ses compatriotes armés, la vue de l'ennemi, rien ne put le faire sortir de sa fatale torpeur. Les Turcs passèrent tranquillement la Morava, sans que le héros cherchât à profiter de ce mouvement. Autrefois Tcherny n'eût pas manqué de tirer un bon parti d'une position aussi désavantageuse pour l'ennemi ; mais, aujourd hui, jouant le rôle de diplomate, Tcherny oubliait ses devoirs de général. Sous l'influence russe, sans foi en lui-nième, n'espérant que dans l'étranger, Tcherny, fasciné par le consul russe, M. Nedoba, abandonna son pays. Suivi de l'agent russe Filipoviç, et de ce partisan russe, l'archimandrite Léonti Tcherny quitta, le 3 octobre 1813, la Serbie, et se retira en Russie, après avoir traversé l'Autriche.
Cet abandon de son pays, dans une crise aussi grave, les personnages qui l'accompagnent et le lieu de sa retraite, expliquent suffisamment la fatale inaction de Tcherny pendant toute la campagne.
Tant que Tcherny ne fut guidé que par sa propre conscience et son amour du pays, il eut horreur des secours de l'étranger, et il méprisait tout Serbe qui proposait d'y recourir; mais du moment où le cabinet russe parvint à fausser son jugement, Tcherny, cet ancien chef des héïducks , se laissa persuader qu'il était homme d'État; il se mita faire le diplomate; il fit la guerre, en 1813, du fond de son cabinet, et finit par déserter son pays.
Celle dernière action de Tcherny* clTace tout son mérite passé; car si un général qui met bas les armes
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en rase cainpagn(T, si un commandant qui rend une place sans brèche et sans avoir repoussé quelques assauts, si le capitaine qui amène le pavillon d'un vaisseau qui ne coule pas et possède ses mats , sont punis de mort, de même un chef national qui abandonne ses compatriotes, qui déserte le sol qu'il devait défendre, un tel chef attache à son nom un opprobre indélébile.
Pour mieux comprendre les manœuvres dont la Russie s'est servie dans les derniers temps, il faut chercher à se rendre raison de la conduite qu'elle a tenue pendant que Tcherny était au pouvoir. La Piussie commença d abord par proléger les adversaires de Tcherny, qui combattaient alors le projet d'alliance russe ; puis la Russie assista les Serbes en guerre contre les Turcs ; elle se rapprocha de Tcherny, et lui sacrifia les hommes auxquels elle avait d'abord accordé sa protection ; enfin, négligeant les Serbes, elle signa un traité avec la Porte ; et parvenue à faire tomber Tcherny dans ses filets sur le terrain diplomatique, elle livra les Serbes à la brutalité des Turcs. On serait tenté au jiremier coup d'œil de traiter cette trahison de ses alliés comme inhabile de la part de la Russie.
Mais , loin de là , cette conduite était aussi adroite qu'elle était odieuse. La Serbie avait reconquis son indépendance par ses propres forces : la Serbie possédait donc tous les éléments nécessaires pour former une nation, puisqu'elle était victorieuse, libre, et sous l'autorité d'un chef national qui avait toute sa confiance. Cette indépendance de la Serbie en faisait un novau de nationalité pour tous les Slaves du midi, qui ne pouvaient manquer de se grouper autour d'elle.
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La Russie alors aurait perdu le fruit de ses ruineuses campaii;nes en Turquie , et de ses perfides artifices préparés parmi les Slaves méridionaux.». Afin d'éloigner ce danger , il fallait faire croire à la Serbie qu'elle ne pouvait assurer son indépendance qu'à l'aide de la protection russe. La Russie mit tout en œuvre pour circonvenir la simplicité de Tcberny ; on l'éblouit par d'éclatantes promesses, et on finit par l'amener à déserter la cause nationale et le pavs. Le cabinet de Saint-Pélorsbourg put être sûr que la Porte, faible, par conséquent vindicative, abusant de sa victoire, réduirait les Serbes au désespoir, et les ferait tomber forcément dans les bras de la Russie. Que l'on médite sur cette conduite de la Russie; et aujourd'iiui qu'elle se sert des mêmes moyens , il sera permis de croire qu'elle a les mêmes vues et veut les mômes résultats. Que les Seibes jugent le présent par le passé; qu'ils voient l'abîme où l'astuce du cabinet de Saint-Pétersbourg veut précipiter leur patrie.
Dès que Tcberny eut quitté le pays, le découragement s'empara de tous les cœurs. L'armée, rasseml)lée sous Scbabaç , déserta en masse; Smerciovo et Belgrade se rendirent sans efforts ; bref, les Turcs occupèrent le pays , et tout cela parce que cbef et habitants avaient eu l'imprudence de compter sur un appui étranger. Parmi les jirincipaux Serbes, Miloscb Obrenoviç fut le seul qui ne voulut pas demander un refuge à l'Autriche; il aimait mieux, disait-il, perdre la vie en défendant les siens que la conserver en les abandonnant. Il fortifia Lcbira et attendit l'ennemi. Cette attitude résolue lui valut de la part des Turcs des propositions qu'il se vit forcé d'accepter, car une terreur générale régnait en Serbie.
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Une fois uiallres de la Serbie, les Turcs la gouvernèrent en pays conquis. Réduits comme autrefois à la condition de rayas, les Serbes furent traités sans aucun ménagement. Les nombreuses garnisons turques établies par tout le pays désarmèrent les habitants, commirent des atrocités inouïes.
Les Serbes , poussés au désespoir, coururent aux armes.
Mais les insurgés n'agissaient pas d'après un plan uniforme : on n'était pas également prêt dans le pays. Milosch, pour cette raison, se tint à l'écart, donnant seulement, en réponse aux invitations qui lui arrivaient, des avis et le conseil de ne pas commencer, si l'on devait abandonner l'entreprise plus tard.
Les Turcs, prenant pour prétexte les mouvements qu'on venait de réprimer, firent décapiter 150 individus, et empaler 36 autres devant les portes de Belgrade. Ils voulaient se défaire de tous ceux qui leur portaient ombrage : ainsi périrent Milan Stravkoviç , Etienne Jakobleviç et Stanoï Glavaç.
Le cabinet russe applaudissait à toutes ces horreurs, persuadé que cette tyrannie porterait les Serbes à venir implorer son secours. Mais les Serbes trompèrent cette attente; ils résolurent de combattre avec leurs propres forces. Milosch lui-même se préparait à la nouvelle lutte. En homme prévoyant, sous différents prétextes , il réunissait des munitions de guerre ; il semait l'argent pour connaître d'avance toutes les intentions de l'ennemi.
Il faisait venir ses anciens soldats, ses fidèles momaks, qu'il employait en apparence à l'exploitation des forêts de Rudnik, tandis qu'il les destinait réellement à combattre dans les localités où il les plaçait.
SUR LA SP.RBir. T).")
Il choisit pour le centre de l'insurrection les forêts inaccessibles de Cernucia; et lorsqu'il eut ainsi organisé la contrée, il étendit le réseau de son action sur le reste du pays. De fait, il était le chef national, et chaque Serbe exécutait ses ordres; car chacun avait la conviction que celui qui embrasse de son regard tout le pays est plus à même de décider sur ce qui est opportun que ceux qui ne voient les choses que sous un point de vue limité. Cette confiance générale produisit l'unité de l'action : aussi Milosch ne tarda pas à donner le signal en relevant le drapeau national ignominieusement abandonné le 3 octobre 1813. Enfin, cédant aux vœux de la nation, Milosch proclama l'insurrection, et le peuple répondit par un élan général.