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COUP-D'OEIL SUR LA SITUATION DE L'EUROPE

L'oppressionetrabsolutismedessouverainsprovoquèrent les représailles de larévolutionfrançaise. Le génie du siècle, s'appuyant sur les forces qu'elle enfanta, fit plier devant elle les différentes races de têtes couronnées. C'est alors que celles-ci, pour repousser l'oppressive domination de l'étranger, contrairement à leurs principes, à leurs convictions, commencèrent à semer et à réveiller les sentiments de liberté et de nationalité, qu'elles s'étaient jusqu'alors étudiées à étouffer et à détruire. Cet effort eut un plein succès : la force nationale brisa le joug de la domination étrangère : mais la puissance des résultats obtenus effraya ceux qui leur avaient aidé à naitre. Pour étouffer ces nouveaux

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germes de liberté, cciix-là mûmes qui ovaieut évoqué de sa tombe le principe de la nalionalilé , jurèrent entre eux de le combattre et de le détruire. Telle fut la pensée fondamentale de la Sainte-Alliance.

Ici commence pour le monde une nouvelle ère politique. L'Europe est divisée en deux camps. D'un côté apparaissent l'oppression, l'orgueil, les préjugés, l'hypocrisie, l'égoïsmc, la ^iolence et la force brutale ; de l'autre, la civilisation, la générosité, le dévouement, la justice et la liberté. En un mot, c'est d'un côté le principe (le la conquête et le matérialisme : de l'autre, le principe de la nationalité et la force morale.

Ces deux principes luttèrent longtemps, secrètement et en silence, avant que les événements vinssent révéler l'existence de ce combat. Combien ne vit-on pas de réunions diplomatiques , de congres, soit des souverains eux-mêmes, soit de leurs représentants , sans que les peuples en puissent deviner la raison !

Sans cesse on parlait d'entreprises criminelles , de complots impies, et le peuple ne les apercevait pas. Cette manière différente d'envisager les choses provenait principalement d(! ce que le sens des mots avait changé dans le langage officiel, et que ce qu'on appelait alors entreprises criminelles, complots impics, on l'avait, quelques mois auparavant, désigné comme un acte de patriotisme, de courage et de vertu [Tiigendbnnd). Le monde attentif chercliait avec ellroi à décou- \rir les machinations de ces sanguinaires jacobins qui devaient détruire la pro])riété , de ces illuminés qui devaient extirper toute religion et toute morale. Mais combien les peuples furent saisis d'étonnemont lorsqu'ils virent apparaître la terrible inquisition de Mayence , lorsqu'ils entendirent l'empereur Franroi»

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déclarer qu'il ne voulait pas de sujets éclairés, mais des gens dévots et simples I lorsqu'enfin ils virent les Goerres, les Jahn, les Massenbach, les Jork, enfin les Rostopchin et les Blùclier persécutés, arrêtés ou disgraciés !

Bientôt le monde revint de son étonnement, et il comprit la valeur que prenaient les mots en passant par les bureaux de la Sainte-Alliance. Il vit que ceux qu'on nommait illuminés et jacobins (épouvantails d'enfants quand les masses sont éclairées) étaient des liommes généreux, pleins de dévouement, désirant des institutions sages pour défendre également les trônes et les peuples contre la licence ; le monde vit que la piété et la simplicité commandées par l'empereur d'Autriche n'étaient que l'ignorance et les préjugés, exploités par le despotisme et l'impiété.

La position de ces adversaires, jusqu'alors obscure, s'éclaircit : on l'appela la lutte des peuples contre les souverains. Il eût été plus juste de l'appeler lutte de la nationalité contre la conquête. Mais on pouvait prendre l'une pour l'autre , puisque l'Europe n'avait pas encore de dynastie véritablement nationale, c'està-dire de dynastie ayant les mêmes intérêts et les mêmes espérances que la nation, et unie à elle par des liens de mutuel amour et de mutuel dévouement.

Dès que les peuples et les souverains eurent compris leurs positions réciproques, la lutte devint vive, opiniâtre et universelle.

En Angleterre le peuple demandait des améliorations, qui amenèrent le bill de la réforme et couvraient de boue le prince régent. En France, le peuple défendait ses droits constitutionnels d'autant plus vivement que le roi était monté sur lo trône avec l'appui de

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l'étranger. La ii c.klc mais noble Allemagne déployait autant d'efforts à maintenir les libertés qu'elle venait de conquérir, que ces nombreux gouvernements mettaient d'acharnement à les lui enlever. La Belgique , réunie par des transactions contre nature à la Hollande, commençait contre celte puissance une lutte de parlement qui devait finir par une guerre ouverte. La Pologne, qui, grâce à l'influence de son chef moral, venait d'obtenir des établissements d'éducation nationale et des garanties européennes, préparait en ellemême des forces pour une lutte suprême. Toute l'Italie marchait à l'unité et à lindépcndance. La Russie, enfin, commençait à prononcer des paroles inconnues dans ces climats : droits et liberté. C'est ainsi que l'édifice du congrès de Vienne , basé sur la conquête contrôla nationalité, et spécialement toui-née contre la France, seule représentant le droit et la nationalité, cet édifice, à ])eine élevé, était ébranlé de toutes parts.

La lutte que les deux partis engageaient sur le terrain des théories et du haut des tribimes parlementaires, devait bientôt devenir un combat réel et sanglant.

L'Espagne donna le premier cxem[)le. In souverain dont l'ignorance égalait l'ingratitude, pour prix d'un dévouement courageux et d'une fidélité glorieuse, imposa à son peuple un joug odieux. Les troupes espagnoles, interprètes armées des sentiments de la nation, avec le commencement de 1820 rétablirent la constitution des certes de 1812 que le roi ;uait abrogées. La nation salua avec transport une charte (jui lui rappelait la glorieuse guerre de l'indépondance : le roi l'ac-

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cepta aussi ; mais se parjurant de nouveau, avec l'aide de l'étranger, il la renversa.

L'exemple de l'Espagne fut suivi par le Portugal et marqué du sentiment de la nationalité. En échange des secours qu'elle lui avait accordés, l'Angleterre, ayant introduit dans le Portugal ses employés, l'administrait à peu près comme une colonie britannique. Aussitôt que les Portugais eurent expulsé les Anglais , ils appelèrent du Brésil leur roi Jean YI , qui jura la nouvelle constitution qui lui fut présentée.

Le cri de la liberté et de la nationalité poussé en Espagne retentit en Italie : avides d'indépendance nationale, Naples et le Piémont se levèrent. Malheureusement le courage du premier ne fut pas à la hauteur de sa généreuse ambition : le second se trompa dans le choix du chef de l'insurrection, et l'histoire un jour, au lieu de lui décerner la première place de l'Italie, prononcera contre lui un arrêt sévère.

Eniin la Moldavie, la ^ alachie et la Grèce se soulevèrent. Mais ici il y eut une double action , l'une nationale et l'autre étrangère : pour bien les discerner il faut reprendre les choses d'un peu plus haut.

L'empereur Alexandre, malgré son astuce , si profonde, que les personnes les plus rapprochées de lui s'y laissèrent prendre, soit par tenijjjérament, soit par éducation, était rêveur et enclin au mysticisme.

Il y eut un temps où le philanthropique héritier de l'autocrate voulut quitter la Piussie, pour devenir vertueux citoyen de l'Amérique ; mais il est vrai aussi que, plus tard , il permit aux conjurés de détrôner par la force son propre père, en lui garantissant seulement la viesau\>e; tout le monde connaîtle résultat.

Alexandre donc, après les événements extraordinaires de 181/i, enivré par la grandeur de leurs conséquences, put facilement se persuader qu'il était marqué par la providence pour l'accomplissement de ses desseins.

Le cabinet de tienne, aussi astucieux que rusé, ne manqua pas de reconnaître ce penchant et de le faire tourner à son profit. Le prince de Metternich découvrit madame Krùdener, qui répondait à ses vues, et bientôt Alexandre tomba dans le piège. — Mais le prince de Metternich mit encore en jeu le vieil instrument de l'intrigue : il demanda à Rome le rétablissement des jésuites. Jadis cette société, soumise uniquement au pape, combattait pour son autorité — mais aujourd'hui elle travaille pour l'Autriche ébranlée, et l'aide dans ses luttes contre toute nationalité.

Dans cette situation, l'empereur Alexandre, subissant une double influence , devait nécessairement avoir une double politique. Suivant l'influence de madame Krùdener et de l'Autriche, Alexandre, sombre mystique, défenseur fanatique des droits du trône, était la terreur des sociétés secrètes : il oubliait même alors en Pologne sa courtoisie, ses paroles d'espérance, l'arme la plus dangeureuse pour les Polonais , et n'apparaissait qu'en souverain soupçonneux et sévère. Mais c'était le contraire en Orient. Ici Alexandre, fidèle aux anciennes traditions , suivait l'exemple de ses prédécesseurs, en employant la ruse et l'intrigue : il s'appuyait sur les sociétés secrètes, les encourageait et les propageait.

La politique de l'Autriche, comme celle d'Alexandre, était double. Eneflct, au moment où l'Autriche menaçait en Occident les sociétés secrètes et les assem-

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blées nationales, de la puissance et delà barbarie delà Piussie, en ce moment même elle tâchait de la miner intérieurement et de lui susciter de nombreux obstacles. Les intrigues que l'Autriche nouait en Piussie étaient conduites par les jésuites. Leur influence y devint enfin tellement dangereuse, que l'empereur Alexandre se vit obligé de les éloigner de ses États. L'Autriche s'empressa alors d'accorder toute sa protection aux jésuites , et les ayant travestis en différentes sociétés de Liguriens, de Bénons, âeRédeniptoristes^eWe essaya de les introduire dans la Pologne soumise à la Russie. C'est là que prirent naissance toutes les sociétés et congrégations religieuses, dirigées spécialement par flri/x dames. Inspirées par la cour de \ienne. Le mot d'ordre venait de là, et passant par Cracovie et Varsovie, il se répandait en Pologne , enlre le Bug, la Dwina et le Dnieper.

On voit donc que l'Europe était couverte par un réseau de sociétés secrètes dont les fils s'entre-croisaient. Les unes avaient été formées par le pouvoir ; les autres étaient persécutées par lui; les unes avaient po^ur base l'intrigue, les autres le dévouement: les unes servaient la Sainte-Alliance , les autres marchaient sous le drapeau de la nationalité. Mais , comme il arrive toujours , l'intrigue peut miner longtemps , peut même arriver loin ; mais ses fruits sont mesquins, car n'ayant pas de conviction , elle manque de courage : la circonspection est sa vertu. Par contre, là où le dévouement sert de base, le courage ne manque jamais : on a la puissance de la foi et de la conviction ; alors on peut errer par inhabileté , par fougue intempestive, mais les fruits de ces efforts n'en sont pas moins pour cela brillants et même utiles.

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La mort de l'eniperoiir iloxandrc précl])ita le dcnoùment. Les Russes, subissant l'influence de la fermentation générale des esprits, reconnurent que leur pays serait véritablement puissant , s'il s'appuyait sur la nationalité et non sur la conquête.

Ils tendirent donc une main alliée aux Polonais, occupés aussi de leur nationalité. L'inspiration de cœur, plus que la réflexion, présida à ces efTorts, et le prin.cipe de la conquête, représenté par le czarisme , vainquit cette fois la nationalité russe. Mais les Russes parurent dignement sur la scène , armés et combattant pour leurs libertés, comme il convient à un peuple grand et courageux , et non en lâches conspirateurs de palais.

Les relations des Polonais avec les Russes étant connues, les prisons de ^ arsovic se peuplèrent. Ce fut un moment sublime que celui où les prisonniers d'État, traduits devant le sénat de Pologne, attendaient avec toute la nation leur arrêt. Les Russes co-accusés dos Polonais, eux aussi, avaient été jugés par leur sénat , et ils étaient montés sur l'échafaud , ou avaient été relégués dans les mines de Sibérie. Ce que la Pologne attendait de son sénat, les paroles solennelles pronon cées devant lui par l'un des accusés l'annoncèrent à l'Europe: «Je suis tranquille et innocent, carie sénat de Pologne me juge. » Et le sénat répondit noblement à l'attente nationale : il acquitta les accusés à l'unanimité , moins une seule voix.

Ces troubles Intérieuis de la Russie, cette attitude indépendante et nationale de la Pologne , frappèrent leur souverain. Ce n'était ]ilus le mystique, l'astuciouv Alexandre, c'était Nicolas, orgueilleux et dur, violejit, j:»loux de ronimanflrr, nvido de | ouvoir. Moins dau-

gereux que son frère , dont la politique astucieuse avait tellement corrompu les Polonais , qu'il y en eut qui pleurèrent sa mort, comme s'il eût été leur souverain légitime , iSicolas ne s'abaisse pas à gagner les hommes , il les détruit s'ils s'opposent à sa volonté.

Autant par caractère que pour effacer dans son armée tout vestige du dernier complot, que pour jeter sur un nouveau règne l'éclat de la victoire , l'empereur Nicolas déclara la guerre à la Turquie, sous prétexte de défendre la foi et la nationalité grecque.

Dès le printemps 1828 , l'armée russe j sous le commandement de son empereur, passa le Danube. Cette guerre coûta beaucoup de victimes à laPiussie : mais le czar n'y vit qu'une purification de son armée.

L'année suivante, 1829 , la Russie recommença la lutte avec de nouvelles forces. Le maréchal Diebitsch , laissant de côté Choumla , traversa les Balkans , et planta les aigles victorieuses de la Russie en vue de Constantinople, malgré une vaine protestation des ministres de France et d'Angleterre (1) .

Le dernier prestige de la puissance du sultan s'évanouit : mais le moment de la conquête n'était pas encore venu. La Russie, voyant la population slave hostile à ses desseins , dut les ajourner et recourir à son

(1) Voici l'exlrail de celle dépèche en dale du 9 septembre 1829: « Nous croyons de notre devoir de vous annoncer qu'à la nouvelle de » votre marebesur Conslanliiiople, la Porle nous a déclaré et nous re- » connaissons la vérilé de sa déclaration , que dans ce cas elle cesserait » d'exister, et que la plus terrible anarchie succé.ierait à sa destruction, » et exposerait l'existence de la populaiion chrétienne et musulmane, » sans différence et sans défense, à toutes les chances les plus malhcu- » reuses. Si nous voulions vous taire cette position , nous croirions n prendre sur nous une responsabilité que nous repoussons de toutes » nos forces, etc. »

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aUié, au temps. Par conséquent , on signa à Andrinople , le ih septembre 1829 , un traité de paix. ^ Voulant , d'un côté , prouver aux populations chrétiennes soumises à la Porte son impuissance , et de l'autre, sa force , la Russie , pour établir la légitimité de son protectorat , s'appu) ant sur l'unilé de la foi grecque, stipula péremptoirement sa sûreté, laissant tous les autres objets dans le vague. La Russie agissait par là très adroitement, et suivait ce précepte bien connu , qu'en diplomatie , jamais on ne doit rien terminer définitivement. La Piussie gagnait par là du temps et acquérait le^droit de s'interposer dans les démêlés du sultan avec les chrétiens, ses sujets. Cet état de choses permettait à la Russie d'affaiblir à volonté la Turquie ; il accoutumait la postulation slave au protectorat et presque à la domination de la Russie; il habituait l'Europe à cette intervention de la diplomatie russe dans les affaires intérieures du sultan , et créait dans les cabinets cette fausse opinion , que la Russie, en agissant ainsi, remplissait un devoir, non seulement de bon voisin, mais encore de protecteur d'une population qui lui était toute dévouée.

L'Autriche ne pouvait pas voir tranquillement cette activité de la Piussie, non seulement parce que les avis du prince de Mctternich n'avaient plus d'inlluence sur l'empereur Mcolas, mais encore parce que la guerre qu'il faisait à la Turquie était menée au nom* du principe de la foi et de la nationalité. Mais l'Autriche, connaissant sa faiblesse, témoignait uniquement ù la Russie son ressentiment, en la combattant par des articles de journaux, et en approvisionnant les places turques. Ln mstrunient plus elllcace semblait

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être la projjagation des congrégalions en Russie et notamment dans le royaume de Pologne.

Mais par une triste fatalité pour l'Autriche , cet instrument même ne répondit pas à son attente. La jalousie des personnes qui dirigeaient les congrégations, ou peut-être les vues ambitieuses de hme d'elles , fit que la congrégation catholico-aidric/iieiine de\ïnt cat/iolico-polonaisc. Primitivement dans la congrégation , glissant sur la conduite légère, et par là peu religieuse, se contentant des apparences, des dames et des jeunes gens de la société, on y prêchait la haine des idées françaises comme révolutionnaires, la haine de la Russie comme schismatique ; on y ridiculisait tout ce qui était national , traitant cela de fièvre , d'aberration , l'appelant polonisvie : l'Autriche seule y était donnée en exemple , comme puissance conservatrice et catholique. ]\Iais vers la fin de 1829 et au commencement de 1830 on changea de langage : la France et la Russie étaient également condamnées, mais on se taisait sur l'Autriche, et en revanche on parlait d'une Pologne , de son roi catholique , car , disait-on , le grand-duc Constantin m'ait beaucoup de penchant pour le catholicisme. La princesse de Lovvicz, membre de la congrégation , accej^ta facilement ces idées que lui suggérait la directrice de la société. Il y eut donc schisme dans la congrégation : l'Autriche perdit parla son influence occulte sur la Piussie ; les conciliabules avec l'abbé Passy (jiréposé des Liguriens à Vienne) , avec M. Pilât, [vGà^cÏQWY (\\\]o\iYnd\ T Observateur aulrichien) , et confident du prince de Metternioh, et avec le prince de Metternicli lui-même, se trouvèrent annulés.

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Mnis, en altondant, les ôvônomentsckvançnient également et la sagesse que la Russie avait montrée dans le traite d'Andrinople , et les sourdes menées de l'Autriche. Le moment d'une lutte décisive entre la nationalité et la conquête se rapprochait. Pour se venger des mauvais procédés de l'Autriche et la menacer au cœur, en même temps que pour se concilier les Polonais, Nicolas s'était fait couronner à Varsovie. Ce n'est pas à Paris seulement (ju'on da?isait sur un volcan; Nicolas apprécia la disposition des esprits , il comprit ce superbe silence, unique peut-être dans l'histoire, avec lequel les deux Chambres répondirent au primat de l'Église qui proclamait Nicolas roi de Pologne : il comprit cette froideur , ce dédain, cette fierté avec laquelle ce brave et noble peuple de \ arsovie accueillit la fête que lui offrit l'autocrate de toutes les Russies. Nicolas et son frère Constantin surent très bien apprécier alors la position de la Pologne et de son chef, qu'elle suivait avec tant de docilité depuis le jugement national du sénat : aussi l'empereur Nicolas, mécontent de la diète, dit au prince Adam Czartoryski : «Je )) sais d'où vient le mal, je vous rends responsable de » tout ce qui s'y passera. » Lne autre fois le grandduc Constantin, montrant au prince Adam la belle tenue des troupes, finit par lui dire : <( ^ oilà ce que » les Polonais me doi\ent, et à vous ils devront les » échafauds que vous leur préparez. »

Enfin, l'heure sujirême sonna, et la France donna le signal du combat entre la nationalité et la conquête. En moins de trois jours , le principe de la conquête qui souillait le grand peuple, vaincu et brisé, fil jdace à la natlcnalilé Iriomphanle qui, plantant son éclalanle l)annlère sur les délris des abus vaincus, confia les

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destinées d'un peuple libre et victorieux à une dynastie nationale. La nationalité, ce mot jusqu'alors vide de sens, existant plutôt dans les régions insaisissables de l'utopie, à la révolution de Juillet devint une réalité Aujourd'hui tout le monde comprend que la nationalité est le })rincipe de vie de la société, tandis que son principe de mort est la conquête. La nationalité est l'union , la fusion de toute la population d'un pays en une seule, indivisible unité ; la rationalité est la plus grande liberté, unie à la plus grande énergie du pouvoir : c'est l'indépendance individuelle lu plus large , avec le plus grand ordre public, le plus grand respect pour la loi ; c'est l'honneur, la dignité et l'indépendance nationale la plus complète et la plus respectée au-dedans , comme au-dehors ; c'est l'identité des vues, des intérêts et des désirs des gouvernés avec le gouvernement ; c'est la liberté également assurée contre la licence et contre le despotisme, par l'avènement au trône d'une dynastie nationale ; c'est, en un mot, la. France de juillet, avec la dv>astie d'Orléans.

Le sentiment qui venait de remporter une victoire aussi complète en France était tellement universel, son besoin tellement urgent, que l'Europe entière salua avec transport ce mouvement. Bientôt sur différents points il se répéta , mais avec un succès divers. La Belgique, adossée à la France, sortit victorieuse de la lulte. — En Allemagne, des efforts partiels ne purent être couronnés de succès. — Ils furent comprimés aussi en Italie; mais le sang fut versé, et les deux bannières de la nationalité et de la conc[uète, c'est-à-dire de la France et de l'Autriche, se trouvèrent en présence. EnfinYarsovie leva l'étendard du combat, et la Pologne,

cette antique nationalité de l'Europe orientale , entra clans l'arène avec le czarisme , représentant de la conquête, au nord.

CiC n'est qu'après dix mois d'une lutte sanglante et glorieuse que la nationalité fut vaincue. Le czarisme triom])ha, mais affaibli, mais effrayé de sa victoire mémo, car la lutte réveilla chez les Russes le généreux sentiment de la nationalité. Elle a succombé, en Pologne , par suite de beaucoup de fautes; des fautes militaires, et surtout des fautes politiques. La faute politique fut énorme; car elle péciiait contre le principe même. Lu bannière de la nationalité est lourde, il laut un bras vigoureux pour la porter : le gouvernement débile de plusieurs ne peut la soutenir : un tel gouvernement représente une faction et obéit à des partis. Parce que la nationalité polonaise arrivant au combat n'a pas été représentée par une dynastie nationale, parce qu'elle n'a pas été identifiée, personnifiée dans un Roi, elle est restée dans les régions vagues de l'utopie, et elle devait être vaincue par la conquête. Tel est le tableau succinct des événements qui devan- I cèrent, qui préparèrent l'époque où nous vivons. La lutte entre le principe de la nationalité et celui de la conquête s'y manifesta franchement. Maintenant, quoiqu'elle ne soit pas jKjtento, elle a grandi d'une manière redoutable. Dansci.acjue question palpitante, la diplomatie la rencontre, et n'ose plus nier son existence. La crise de colle lutte approche certainement, mais la génération présente en \erra-l-elK: la solution?., c'est une question lro|) grave et trop comj)liquée pour vouloir y répondre.

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