INDICATIONS DE LA SONDE A DEMEURE
Ce sont tous les prostatiques en état de rétention chronique avec distension et urines claires.
Parmi ceux-ci nous distinguons tout d’abord ceux qui constituent une indication formelle de la sonde à débit ralenti, ceux chez qui la cystostomie est contre-indiquée.
En principe, on ne doit jamais pratiquer de cystostomie qui ne soit le premier temps d’une prostatectomie. Elle doit donc cesser d’être un simple procédé de dérivation des urines comme avant la prostatectomie, hormis les cas où le cathétérisme est impossible.
19 Nous avons parlé dans un des chapitres précédents, des prostatiques cancéreux, qu’on ne doit pas affliger par surcroît de la cystostomie. Ces malades, lorsqu'ils entrent en distension chronique doivent être traités par la sonde à débit ralenti qui améliore leur état général jusqu’à pouvoir supporter les sondages.
29 D’autres distendus chroniques à urines claires porteurs d’une hypertrophie prostatique simple, se trouvent être trop âgés pour courir les risques d'une prostatectomie même en deux temps. Ceux-
là doivent aussi bénéficier de la simplicité de la
sonde à débit ralenti qui abaisse rapidement leur azotémie. Bientôt, ils pourront apprendre à se sonder pour éviter de retomber dans la distension.
39 Le troisième groupe de distendus comprend des malades relativement jeunes qui ont bien des chances de supporter une prostatectomie en deux temps, mais dont l’état général et l’intoxication urémique plus ou moins marquée aggravent le pronostic de la cystostomie.
C’est surtout sur les malades de ce groupe de prostatiques que le traitement par la sonde à débit ralenti le dispute à la cystostomie d’urgence. Mais, on n’a, pour trancher la question, et opter pour la sonde à débit ralenti, qu'à se rappeler d’une part les risques et les complications que comportent la cystostomie chez de tels sujets affaiblis, et d’autre part, l’extrême simplicité de la méthode préconisée par notre maître, le Prof. Marion, et qui a, en outre, l'avantage d’être à la portée du
médecin.
Observations
Os. I (Drs Nora et Marion). — M. S..., artiste lyrique, âgé de 76 ans, vient consulter le Dr Nora en mai 1927 pour fréquence anormale des mictions, et perte involontaire des urines pendant la nuit. Ces troubles remontent à plus d’une année. Il est soigné depuis 3 ou 4 ans pour cardiopathie, troubles digestifs et amaigrissement. L’état général est grave.
À l’examen on trouve une vessie d’un développement extraordinaire. Elle remonte jusqu’à l’appendice xyphoiïde qu’elle projette en avant. Au toucher rectal : hypertrophie prostatique de moyen volume. Malade fatigué, très amaigri. Urée sanguine 2 gr. 20.
On hésite entre deux thérapeutiques : Cystostomie ou sonde à débit ralenti. M. Marion consulté conseille cette dernière, et sur la demande du Dr Nora fait rentrer le malade à la clinique de la rue de la Chaise. Une sonde à débit ralenti est mise en place, et au 7€ jour la vessie est asséchée. Urée sanguine : 4 gr. 92. La sonde à demeure ouverte est laissée pendant 15 jours environ : à ce moment Ur. : 0,52. À partir de ce moment: sondages 3 fois par jour.
Ogs. IT (Dr Nora). — Dr B..., consulte pour élévation brutale de la température après un sondage pratiqué en ville. Il avait été consulter pour incontinence nocturne, remontant à 6 mois environ, et pour atteinte progressive de l’état général.
À lexamen : vessie globulaire. Les urines sont louches,
La palpation rénale droite est douloureuse. Au toucher rectal : hyÿpertrophie prostatique nette. Température à 39°, mauvais état général. Le diagnostic de pyélonéphrite chez
‘un distendu chronique ne fait aucun doute.
Sonde à demeure à débit ralenti: assèchement de la vessie en 3 jours. Chute de la température.
Le 30 septembre, Ur.: 0,37, K: 0,094, Phénolsulfonephtaléine 11 %,. Le malade conserve la sonde à demeure jusqu’à la cystostomie pratiquée par M. le Professeur Marion, suivie au bout de 2 mois d’une prostatectomie secondaire. Revu en décembre 1931 en parfait état.
Cette observation montre assez clairement les inconvénients du cathétérisme chez les distendus. Un seul sondage a suffi à déclancher chez ce malade une pyélonéphrite qui a failli lui être fatale.
O8s. III (DT Nora). — M. C.…, vient consulter en août 1931 pour dysurie avec pollakiurie diurne et nocturne et pour phénomènes douloureux à type radiculaire dans les membres inférieurs. Urines claires, vessie non saillante. Au toucher : noyaux durs dans le lobe prostatique droit ; fermeté du lobe prostatique gauche, pédicule sus-prostatique droit ; fermeté du lobe prostatique gauche, pédicule sus-prostatique net à droite. Mauvais état général. La névrite des membres inférieurs est du type sciatique. Mauvais état pulmonaire, emphysème et catarrhe chronique.
En octobre le malade revient consulter parce qu’il perd ses urines. Son état général est devenu nettement mauvais. À ce moment la vessie remonte jusqu’à l’ombilic, les urines sont claires. :
Pose d’une sonde à demeure à débit ralenti. Assèchement progressif de la vessie en 8 jours. Légère élévation de
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la température au 3° jour qui tombe au 5€. On retire la sonde au 42€ jour. À ce moment, Ur. : 0,18.
M. Marion consulté confirme le diagnostic de néoplasme prostatique, déconseille la cystostomie, et recommande les sondages journaliers bi-quotidiens.
Sondages bi-quotidiens. Nous avons appris que le malade est mort 2 mois après de pneumonie.
Oss. IV (Dr Nora). — M. M.., malade du D? Sauphar, vient consulter en août 4928, parce que depuis une quinzaine de jours il perd ses urines aussi bien le jour que la nuit. Cette phase d’incontinence a été précédée de dysurie et de pollakiurie surtout nocturnes remontant à une année environ. Le malade s’est soigné (pour maladie de cœur) depuis ce moment-là.
A l'examen : vessie volumineuse formant un globe considérable qui remonte jusqu’à la région épigastrique. Les urines sont parfaitement limpides. Au toucher rectal : prostate dure avec noyaux, pédicule infiltré qui ne laisse aucun doute sur la nature néoplasique. Mauvais état général, azotémie : 1,10.
Le malade est mis en clinique ; la vessie est évacuée en 8 jours par la pose d’une sonde à débit ralenti. Pendant cette période aucune élévation de température. Le 10 septembre l’azotémie est de 0,74 par litre de sérum sanguin. On retire la sonde et on sonde régulièrement le malade matin et soir.
Les urines deviennent troubles ; brusquement élévation de la température. Remise de la sonde à demeure. Azotémie le 20 septembre 0,23, mais dans les urines on trouve : pus, hématies, débris épithéliaux, innombrables bactéries, colibacilles.
Consultation avec M. le Professeur agrégé Chevassu et
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M. le Dr Papin qui confirment le diagnostic de néoplasme prostatique et préconisent la cystostomie après quelques jours de sonde à demeure pour ramener la température à la normale, afin d’éviter le retour de pareils incidents de sondage.
Cystostomie pratiquée le 25 septembre 1928. Bien que l’état général ait diminué très progressivement, que le développement de l’épithélioma prostatique n’ait fait qu’augmenter et que les caractères de la prostate au toucher ne permettent aucun doute sur la nature de la néoplasie, le malade vit encore en janvier 1932.
OBs. V. — M. R.., 70 ans, Civiale n° 39, entre le 30 août 1930 pour de la dysurie et de la pollakiurie diurne et nocturne, surtout depuis 1 mois (toutes les heures). Pas d’incontinence. Urines claires.
A l’examen : vessie distendue, remonte jusqu’à l’ombilic. Au toucher rectal : hypertrophie prostatique très nette et assez volumineuse. D’autre part, le malade présente depuis 3 semaines une phlébite de la jambe gauche avec adénopathie inguinale bilatérale. L’état général est tel qu’on n’ose tenter une cystostomie.
On met en place une sonde à demeure à débit ralenti. Le 3 septembre, c’est-à-dire 4 jours après, la vessie est vidée. En même temps disparition complète de l’œdème du membre inférieur. Le 10 septembre l’état général est considérablement amélioré. Le dosage de l’urée sanguine : 0,18 ; K : 0,072.
Devant cette amélioration, la cystostomie est faite le 17 septembre sans incident, et le malade quitte le service guéri, le 11 octobre 1930.
Os. VI. — M. A.., 70 ans, Civiale n° 49, vient le 13 octobre 1930 pour incontinence d’urine apparue il y a 4 jours.
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Le malade perd ses urines goutte à goutte sans pouvoir les retenir, Depuis plusieurs mois déjà, il se plaignait de dysurie et se levait plusieurs fois la nuit. Conditions générales médiocres, troubles digestifs consistant en constipation, inappétence, langue sèche, teint pâle. Urines limpides.
A l'examen : "vessie dépassant l’ombilic en haut. Au toucher rectal : prostate volumineuse étalée, mais paraissant de consistance normale.
Sonde à débit raienti. Le 17 octobre la vessie est à sec, l’état général est très amélioré, pas de température,les urines sont claires. Le dosage d’urée donne 0,32 par litre, K:,0411,
Le 28 octobre on pratique la cystostomie. Le 9 novembre le malade quitte le service.
Ogs. VII. — M. P.., 65 ans, Civiale 26 bis, entre le 21 octobre pour de la pollakiurie très marquée (8 fois la nuit), dysurie, œdème des jambes. Etat général médiocre. Pas de température. Le début remonte à plusieurs mois.
A l’examen on découvre à la palpation la vessie distendue remontant au-dessus de l’ombilic. Au toucher, la prostate est extrêmement dure quoique encore bien limitée, Cependant, le néo prostatique semble très probable. Les urines sont claires.
On place une sonde à débit ralenti. La vessie est à sec au bout de 4 jours. L’état général est sensiblement amélioré. Pas de température. Les urines sont toujours limpides.
Le malade quitte le service le 6 novembre 1930.
Os. VIIT. — M. C..., 69 ans, Civiale 52, entre le 31 juillet 1931 pour de la pollakiurie diurne et nocturne, Les urines sont limpides.
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À l'examen, on sent un globe vésicäl énorme atteignant l’ombilic. Le toucher montre une grosse hypertrophie prostatique. Devant un état général franchement mauvais, on n'ose pratiquer de cystostornie.
On place une sonde à débit ralenti qui vide la vessie en 5 jours. À ce moment on débouche la sonde et l’état du malade s'améliore sensiblement mais pas jusqu'à permettre d'envisager une prostatectomie. Le 10 août on retire la sonde, et on sonde le malade 2 fois par jour.
Le malade quitte le service le 13 août après avoir appris à se sonder.
Os. IX. —- M. J.., 64 ans, Civiale n° 2, entre le 4 août 1931 pour de la pollakiurie diurne et nocturne très marquée (tous les 1/4 d’heure depuis 8 jours) et de la dysurie depuis 3 ans. Urines parfaitement limpides. Etat général médiocre.
A l’examen, globe vésical à l’ombilic. Au toucher rectal : petite prostate molle, sillon médian en voie d’effacement.
On place une sonde à débit ralenti qui met la vessie à see en 4 jours. On la débouche alors. Le malade reprend des forces, les urinés sont toujours claires, et il n’y a pas de température. Le 12 août l’üurée sanguine : 0,23, K : 0,80. On laisse la sonde à demeure ouverte quelques jours, et le 2 septembre on pratique la eystostomie qui se passe bien. Le 19 septembre Ur. : 0,18 ; K : 0,60. Le 23 septembre on pratique lé 2€ témps qui se passe aussi sans incident, et le malade quitte le service en parfait état le 20 octobre.
Os. X.— M. C..., 62 ans, Civiale 43, entre le 8 septembre 1931 pour incontinence d’urine depuis 6 jours, précédée d’uné période de plusieurs mois pendant laquelle lé malade se levait 5 à 6 fois la nuit ; le jour il urinait toutes les
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2-heures. Les urines sont limpides. Pas de température. Les conditions générales sont médiocres.
A l’examen : globe vésical dépassant lombilic. Au toucher, adénome prostatique de moyen volume.
On place une sonde à débit ralenti. L'état général du malade s’améliore peu à peu. Le 3 octobre : cystostomie sans incident.
Le 20 octobre Ur. : 0,37. Le 28 octobre : 2€ temps qui réussit parfaitement, et le 27 décembre le malade quitte le service.
Ogs. XI. — M. M..., 73 ans, Civiale 8, entre le 28 novembre 1931 pour de la pollakiurie très marquée depuis plusieurs mois et de la dysurie. Etat général médiocre. Pas de température, urines claires.
A Pexamen : vessie distendue. Le toucher rectal montre une volumineuse hypertrophie prostatique.
Devant ce tableau, on n’ose pas faire de cystostomie. Mais on place une sonde à débit ralenti qui met la vessie à sec en 3 jours, en l’absence de tout incident. Mais le 30 novembre l’urée sanguine était encore à 1,02 par litre.
Le malade s'améliore suffisamment pour apprendre à se sonder, et il quitte le service le 12 décembre.
Ogs. XII. — M. D.., 90 ans, Civiale n° 19, entre le 2 janvier 1932 pour incontinence d’urine survenue depuis 8 jours, précédée d’une longue période de pollakiurie diurne et nocturne, et de la dysurie.
A l’examen, l’aspect du malade est celui d’un azotémique, langue sèche, teint pâle, soif intense. Pas de fièvre. Les urines sont claires. A la palpation : vessie fortement distendue remontant à l’ombilic. Hydrocèle gauche depuis 26 ans. Au toucher rectal : adénome prostatique assez volumineux,