ORIGINE DE LA TOXINE
Il résulte de ce qui précède, que la toxine est primitivement contenue à l’intérieur des bacilles. Elle s’en échappe ensuite peu à peu par dialyse, quand les microbes se trouvent au contact
de certains liquides comme l’alcool à 20° ou encore le milieu de,
peptone.
J'ai dit que le sérum du sang de bœuf n’acquérait pas de propriété toxique bien manifeste par la culture du charbon. La toxine ne se trouvant pas ici dans le liquide, je l’ai alors cherchée pour les cultures de charbon asporogène dans les bactéries qui avaient poussé dans ce sérum. Pour cela, une fois la culture bien développée, je la filtrais d'abord sur papier, puis sur une
bougie Chamberland. J'ai donné les résultats fournis par le.
liquide filtré sur porcelaine. Le filtre de papier avait retenu une grande partie des microbes. Il était mis à macérer dans l'alcool à 20° pendant vingt-quatre heures au moins. Puis je filtrais et le liquide filtré était mis au contact de 4 fois son volume d'alcool
fort. Le précipité qui se formait ainsi était séparé par filtration, lavé à l’alcool absolu, puis à l’éther et enfin séché dans le vide en présence de l'acide sulfurique.
Inoculée à des lapins, la substance ainsi préparée tuait ces animaux à des doses de 40 milligrammes par kilogramme. Les animaux maigrissent beaucoup et se cachectisent peu à peu.
Voici, comme exemple de cette action, l'expérience :
E.rpérience. — Lapin de 1,750 grammes, reçoit 70 milligrammes de cette substance. Les poids du lapin, pris le lendemain, puis tous les trois joues, ont été successivement :
4er jour 1,760 1,680 1,600 1,670 43e jour 1,580 1,410 1,070
Ce lapin est morte 20e jour el pesait 1020 grammes. A l’autopsie la rate n'était pas augmentée de volume; les ensemencements faits dans du bouillon et sur de la gélose nutritive avec du sang, de la pulpe de foie, de la pulpe de räte sont restés stériles.
Les autopsies des autres lapins, morts par suite de l’inoculation de cette même substance, ont donné des résultats identiques.
Pour les cultures dans le milieu de peptone, les résultats de l’inoculation aux animaux de la toxine extraite du milieu sont différents suivant que la culture a été faite à 36° ou à basse température. J’ai opéré avecles microbes de chacune de ces deux
sortes de culture asporogène comme avec les bactéries qui
avaient poussé sur sérum. La macération dans l’alcool faible, uis la précipitation par l’alcool fort m'ont donné de même deux nouvelles substances.
* Elles ont été inoculées à des lapins. Les expériences que j'ai faites de cette façon sont trop peu nombreuses pour en tirer des conclusions bien formelles. J'ai constaté que l'extrait des bactéries qui ont cultivé à la température de 20°ne produit pas grand effet aux animaux. Le cas le plus favorable m’a donné chez un lapin de 1,940 grammes une perte de poids inférieure à 60 grammes pour l’inoculation d’une dose de ce produit égale à 210 milligrammes, soit 108 milligrammes par kilogramme.
Au contraire, la substance provenant des microbes développés à 36° conserve une certaine activité qui s’est manifestée sur les animaux par de l’amaigrissement marqué. Sur quatre lapins
Pa
# L2 * ba) à A + + » + … 48 SUR LA TOXINE CHARBONNEUSE..
inoculés, un est mort pour une dose'de 80 milligrammes par kilog. Par conséquent, la comparaison de ces cultures faites dans le même milieu, à deux températures différentes, nous.donne : pour la culture faite à 36°, un liquide faiblement toxique et des microbes ayant conservé à leur intérieur une notable quantité de toxine; pour la culture faite à 20°, un liquide contenant une grande
quantité de toxine et des bacilles chez lesquels il m’a été impos- 3
sible de révéler la moindre trace de toxine. A cette température de 20°, la bactéridie est certainement dans de mauvaises conditions d'existence. Probablement beaucoup d'individus meurent avant que les cultures soient traitées pour l'extraction de la toxine, laissant ainsi diffuser dans le liquide de culture la totalité des poisons qu'ils renfermaient. | |
Ainsi, il existe dans le Bacillus anthracis ‘une toxine; mais celle-ci reste contenue à l’intérieur du microbe dans le plus grand nombre des milieux où se développe la bactéridie. +
M. le professeur Duclaux pense que les toxines sont excrétées par les microbes quand ceux-ci se trouvent dans des conditions défavorables d'existence ‘.
Il me semble que les expériences que je viens de rapporter pourraient être interprétées dans ce sens. A la température de 36», la bactéridie donne dans le sérum de sang de bœuf de très belles cultures, mais le milieu ne contient pour ainsi dire pas de toxine. À la température,de 20°, les cultures dans une solution de peptone se font lentement et sont maigres; par contre, on retire de cette ” solution une toxine active.
Ilen est de même pour les cultures faites dans le bouillon à la température de 36°. Ces cultures ne sont nullement toxiques et” n'aménent pas la moindre perte.de poids des animaux en expérience.
Le fait de la moindre toxicité du milieu de peptone, quand le développement de la bactéridie s’y fait en présence d'une grande quantité d’air fréquemment renouvelée, tient peut-être, non à
de meilleures conditions de vie du microbe mais à une oxydation ;
1. M° A. FerNsac à déjà montré que pour l'Aspergèllus higer, le passage
de la sucrase à l’extérieur des cellules subit l'influence d’un état de souffrance de ces cellules.
A. Fernsacu, Recherches sur la sucrase, diastase inversive du sucre de canne, (Thése doct. ès sciences, 1890, p. 50.)
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delatoxine, oxydation qui diminuerait l’activité de cette substance.
La toxine que j'ai préparée, renfermant probablement beaucoup de matières étrangères entraînées mécaniquement lors de sa préparal'on, il m'a semblé illusoire de chercher à quelle classe de corps elle pourrait appartenir au point de vue chimique.