‹ Sur la trépanation du crane = La trépanation guidée par les localisations cérébralesChapitre 10 sur 27 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CONSIDÉRATIONS QUI ONT CONDDIT A UTILISER LUS LOCALISATIONS CÉRÉBRALES DANS LA TRÉPANATION

Quiconque voudra lire attentivement cette observation, verra que j’ai opéré, dans ce cas, comme tous ceux qui ont fait la trépanation du crâne jusqu’à nous. J’ai obéi à des indications classiques ; je n’ai pas redouté les convulsions ni le coma, comme le font des chirurgiens contemporains; je n’ai pas été arrêté non plus par la coexistence possible d’une fracture de la base du crâne. Mais j’ai agi empiriquement, presque au hasard, sachant que la lésion était à gauche, parce que la paralysie était à droite, et supposant une fracture de la table interne au voisinage du point où il existait une lésion des téguments. Le diagnostic fracture était exact. Elle était un peu plus loin. Une étude très-attentive de la surface osseuse m’a guidé; mais j’aurais pu facilement me tromper pour si peu. Je dirai plus, tout en me félicitant d’avoir agi et d’avoir réussi, j’avais la conscience d’avoir agi trop tard. Eu égard aux besoins du cerveau, si j’avais eu plutôt un guide quelconque pour l’emplacement à choisir, j’aurais trépané plus tôt, et la guérison eût été infiniment plus rapide.

J’avais bien étudié chez mon malade la monoplégie brachiale droite et sa disparition ultérieure; puis, lorsque les phénomènes comateux s’étaient dissipés, j’avais pu suivre l’aphasie et le retour de la parole.

La marche des phénomènes rendait évidente une lésion des parties superficielles du cerveau entraînant des locali-

sations paralytiques. J’étais tout porté à comparer mon observation à certaines expériences faites sur les animaux ; car c’était bien l’exemple le plus évident que l’on pût donner d’un paralysie expérimentale .

Ce qui la distingue, en effet, de la plupart des observations analogues, c’est que la paralysie immédiate n’a pas été précédée ni suivie de phénomènes convulsifs dans le membre atteint. Il ne s’agissait pas d’un centre excité, irrité, puis paralysé; c’était un centre absolument anéanti, comme dans les expériences où on étudie les centres moteurs par destruction. Plus tard, des convulsions traduisant des irritations des parties voisines, sont survenues; mais l’état du centre d’une partie du bras n’a pas été modifié.

A cette époque, on commençait à connaître les centres moteurs corticaux, à les étudier d’une façon précise ; aussi, je conçus la pensée que toutes les fois qu’un de ces centres serait touché par un traumatisme, on pourrait se guider sur ces phénomènes, conséquences de la lésion, pour rechercher d’une façon exacte le siège de cette lésion.

Je crus 'd’abord qu’il suffirait de chercher sur le crâne trois points de repère fixes, de mesurer la distance de ces points et des centres, et d’appliquer ces mensurations à la tête des blessés. Tous ceux qui ont mesuré des crânes concevront combien rapidement je fus détrompé. Un semblable procédé n’avait que les apparences de la précision. On pouvait commettre des erreurs grossières, et l’étude des travaux si remarquables sur la topographie crânio-cérébrale, me confirmèrent dans cette pensée, et me fournirent des inspirations bien plus heureuses.

Je pensais aussi que les traumatismes du crâne n’étaient jamais représentes par un point, que l’intervention chirurgicale occupait une surface importante, que, plutôt que de chercher la situation d’un point, le problème chirurgical à résoudre était celui-ci : trouver sur la voûte crânienne une

surface correspondant à la zone motrice, et choisir sur cette surface les points correspondant environ aux centres moteurs. Dans le cas de paralysies traumatiques, on trépanerait dans cette région, plus haut ou plus bas, selon les centres paralysés.

Figure 2. — Cette figure, tirée du mémoire de Turner, représente un crâne supposé ouvert à demi ; mais des lignes irrégulières marquent les sutures des os en place; des lignes courbes régulières subdivisent le crâne en dix régions. Les régions S. A. P. pariétale antéro-supérieure et I. A. P. pariétale antéro-inférieure recouvrent les circonvolutions de la région motrice. Le pariétal est divisé en deux par une ligne courbe passant par le sommet de la bosse pariétale ; R. sillon de Rolando (1).

En étudiant le bien remarquable mémoire de Turner, sur

(1) En montrant la figure de Turner, je rappelle que pour celle-ci, comme pour celle que j’ai fait imiter, il est regrettable que le côté droit soit représenté, car pour comprendre tous les centres connus, il faut toujours supposer que l’on a affaire au côté gauche, où se trouve le centre de la parole.

les rapports des circonvolutions du cerveau humain avec la surface du crâne je fus frappé de voir comme les rapports delà surface motrice avec la région dite pariétale antérieure ou post-coronale étaient intimes.

Je dois à l’obligeance de M. Broca, la figure 2, tirée

Fig. 3. — On voit sur cette figure la ligne courbe passant par la bosse pariétale et divisant le pariétal en antérieur et postérieur. Au-dessous du pariétal antérieur sont en blanc les circonvolutions motrices f 3, pied de la troisième frontale et au-dessus le pied des deuxième etpremière frontales, puis /a frontale ascendante, pa pariétale ascendante.

du mémoire de Turner. Sans entrer dans aucun détail on voit facilement comment les circonvolutions motrices

(1) On the relations of the convolutions of the human cerebrum to the outer surface ofthe Skull and Head, par W. Turner (Journal of anatomy and physiology. London, nov. 1873 and may 1874.

répondent à la moitié antérieure du pariétal S. A. P.

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