‹ Sur la trépanation du crane = La trépanation guidée par les localisations cérébralesChapitre 9 sur 27 · Matin, 37“,2, soir · texte numérisé non relu

Matin, 37“,2, soir

L’observation qui précède ne saurait se passer de quelques commentaires, car il est de toute nécessité de mettre en relief certains points déjà fort mal interprétés par ceux qui l'ont lue et même publiée.

On doit voir d’abord qu’il ne s’agit pas d’une fracture du crâne avec plaie, ce qui eût beaucoup simplifié la ques-

tion du trépan. En effet, la plaie qui existait était toute superficielle, dermique. Elle ne correspondait en aucune façon à la fracture du crâne. Non-seulement les tissus n’avaient pas été coupés jusqu’à ce foyer; mais ce foyer n’était pas placé directemen au-dessous de la lésion tégumentaire ; le foyer de fracture était situé beaucoup en avant. Selon toute probabilité cet homme avait reçu quelques coups d’un instrument contondant et on l’avait laissé pour mort sur la place. Le coup qui avait déchiré les téguments n’était vraisemblablement pas celui qui avait enfoncé le crâne.

La paralysie de cet homme était un phénomène primitif; je m’en suis assuré de différentes façons et en particulier en revoyant à côté des notes de mon observation celles que m’avait remises M. Moizard, alors interne fort distingué dans le service.

Le siège de la blessure n’est pas très-nettement indiqué dans mon observation, parce qu’il y avait eu de ma part une première erreur d’observation tenant à l’insuffisance première de mes connaissances sur la topographie du crâne. Si simple que puisse paraître cette dernière donnée ; connaître, à travers les téguments, les limites des os de la voûte du crâne, on se trompe beaucoup. J’ai convaincu de ces erreurs des anatomistes émérites. Inévitablement on place le pariétal trop en avant et on ne recule pas assez ses limites en arrière. On l’estime au-dessous de son étendue réelle. J’ai commencé par tomber dans l’erreur commune, puis je me suis convaincu par la nature même des manœuvres opératoires, par l’inspection que j’ai faite bien des fois depuis sur l’homme guéri, que l’enfoncement et la trépanation ont bien porté sur le pariétal antérieur comprenant à coup sûr la partie moyenne et inférieure de la ligne Rolandique, la plaie étant située sur le crâne, au-dessus et en avant du pavillon de l’oreille.

On pourrait me demander aussi pourquoi je n’avais pas,

dès le début, mieux tenu compte des phénomènes d’aphasie. Ceux-ci ont été complexes, et dans ces traumatismes graves du crâne ils ont moins de valeur qu’on ne peut le croire au premier abord. En effet, dès le début, le coma, l’assoupissement étaient fort prononcés, et bien des gens ne sont pas aphasiques, qui, dans le même état ne profèrent aucune parole. Ce n’est donc qu’après le réveil, la résurrection qui a suivi l’opération, que j’ai pu remarquer chez le blessé son impuissance et ses efforts pour parler, puis le retour progressif de la faculté du langage.

Sur la nature des phénomènes convulsifs on discuterait en vain. Ces convulsions étaient généralisées, très-analogues à celles d’une attaque franche d’épilepsie, avec pâleur de la face et écume à la bouche. Elles étaient violentes, et si des chirurgiens ont vu dans les convulsions générales, un signe de contusion cérébrale, d’inflammation méningo-encéphalique étendue, les donnant comme une contre-indication à l’opération, celles-ci étaient absolument dans ce cas.

Si ces convulsions généralisées ont été précédées de convulsions limitées, je ne saurais le dire. Mais, comme à aucun instant je n’en ai observé dans le membre paralysé, j’ai tout lieu de croire qu’elles ne s’y étaient pas montrées d’abord.

L’influence de l’opération ici n’est pas contestable, la mort était imminente, les convulsions se succédaient avec une activité désespérante. L’opération faite sur ce malade qui ressemblait terriblement à un cadavre, les convulsions disparaissent. Ce voyant, on essaye de le faire boire, et ce malade si déprimé, qui ne pouvait avaler une goutte de liquide avant l’opération, peut avaler des liquides doucement introduits. Sa température en quelques heures remonte d’un degré. Enfin chacun des symptômes engendrés par l’esquille disparaît progressivement.

La température a, dans ce cas, suivi la marche la plus

eu rieuse dont l’explication me paraît encore difficile à trouver .

Les symptômes graves commencent, la température n’est pas élevée; ils s’aggravent, les convulsions se multiplient ; elle s’abaisse à un degré très-inférieur. Les parties osseuses déprimées qui engendrent les accidents sont relevées; la température remonte.

Puis, surtout dans les jours qui suivent, tandis que chez tous les malades la température du soir s’élève, ici elle ne s’élève pas, et le plus souvent s’abaisse, quelquefois jusqu’à 36°. L’apparence du malade est du reste toujours moins bonne. Une seule fois, sous l’influence d’un écart de régime il présente un véritable accès de fièvre.

J’ai fait prendre le mois suivant (janvier) la température durant quelques jours. Celle-ci était d’habitude moins basse et de plus elle n’avait plus la même tendance à l’abaissement. Elle n’était plus descendue au-dessous de 36°, 8, mais elle avait été quelquefois encore inférieure à celle du matin.

Page 1