PANSEMENT
Lorsque j’ai communiqué à la Société de chirurgie le cas de trépanation que j’avais pratiquée avec succès à l’hôpital de Lariboisière, j’avais ajouté que j’avais pris les principales précautions de la méthode antiseptique, et je leur attribuais une bonne part de mon succès dans des salles infectées à cette époque par l’érysipèle et l’infection purulente. Mais je disais déjà que si on observait la méthode antiseptique parfaite, alors on enlèverait à l’application du trépan toute sa gravité en tant qu’opération, proposition formellement repoussée par M. Duplay à la Société de chirurgie. Aujourd’hui, fort de mon expérience de la chirurgie antiseptique, je puis me permettre d’affirmer que l’accès de l’air qui imprime la gravité à l’intervention opératoire, sera désormais une action sans danger.
N’ai-je pas démontré en France, qu’à Paris et à l’hôpital, comme en tout autre pays du reste, on peut ouvrir toutes les séreuses, même les articulations, et en particulier l’articulation du genou sans aucun inconvénient?
A l’encontre des prévisions théoriques, j’ai montré que l’action de l’acide phénique sur le péritoine, la tunique vaginale, les séreuses, n’entraînent pas de complications inflammatoires, les prévenant bien plutôt.
Sur les méninges ou le cerveau, l’action de la substance antiseptique ne saurait être plus malfaisante, mais elle est tout aussi protectrice.
La preuve de ces faits est à peu près faite par les observations de M. Jules Boeckel et par les miennes, bien que ce ne soit qu’à une époque récente que M. Boeckel ait rigoureusement appliqué le pansement de Lister. Pour lui comme pour nous, les avantages ne paraissent pas contestables.
Si nous n’avons pas d’observation personnelle récente de trépanation traitée par la méthode antiseptique, nous avons des plaies de tête, des décollements du cuir chevelu traités par suture ; nous avons enlevé des tumeurs sur la tête, des loupes en grand nombre ; nous avons même fait de la suture, et nous sommes assurés encore par là qu’en ce qui concerne les téguments, nous sommes beaucoup plus tranquilles que par le passé, et cette assurance a bien une certaine importance.
Déjà avec un pansement antiseptiquement fait, on avait une notable supériorité. Il n’est pas inutile de remarquer que sur les quatre cas de succès obtenus pour latrépanation dans les hôpitaux de Paris, Broca, 1866; Lucas-Ghampionnière, 1874; Ch. Périer, 1875; Terrillon, 1876, les opérés de M. Broca et de M. Terrillon, -pansés à la mode ordinaire, ont eu chacun un érysipèle. Mon opéré, comme celui de M. Ch. Périer, pansé avec certaines précautions et par l’emploi de substances antiseptiques énergiques, ont guéri sans complication.
Les faits, bien entendu, ne sont pas assez nombreux pour conclure, mais le renseignement a bien quelque valeur.
D’après mon expérience de la méthode antiseptique, je
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suis absolument en droit de dire que les dangers liés aux complications des plaies ne doivent plus compter pour la trépanation faite dans ces conditions.
De là pour moi la conviction absolue que la trépanation verra son champ singulièrement agrandi. Des traumatismes on passera à certains abcès spontanément développés, comme celui dont j’ai donné l’observation d’après le docteur Little, puis peut-être à la cure de maladies qui n’ont encore paru justiciables d’aucun traitement direct, parce qu’on n’en pouvait exactement reconnaître le siège ; puis même celui-ci reconnu, on était en droit de redouter de formidables complications opératoires.
Le pansement doit être pratiqué en suivant les indications données dans les publications du professeur Lister et dans mon travail.
Voici les recommandations sur lesquelles j’insiste pour en assurer le succès :
Raser très-exactement la tête dans la plus grande étendue possible.
Laver le champ opératoire très-soigneusement, car il est gras et souvent malpropre, employer la solution aqueuse d’acide phénique forte, au vingtième, à la rigueur l’eau savonneuse d’ahord.
Laver hardiment la plaie et ses parties profondes avec une solution assez forte, pour changer le sang de couleur, lui donner la teinte chocolat caractéristique.
Le drainage sera fait avec grand soin, très-surveillé, plutôt en employant plusieurs tuhes de petit calibre, qu’en en appliquant un seul volumineux.
La suture sera faite avec soin. Les doubles de gaze antiseptique, placés sur la tête, seront nombreux. Au-dessus d’eux, l’imperméable formera une véritable calotte, et pardessus cette calotte, un bonnet de femme bien ajusté devra maintenir en place le pansement.
Pendant les premiers jours, il devra être très-exactement changé et visité chaque jour, parce qu’il est d’expérience pour les pansements antiseptiques du crâne, qu’il faut se défier des accumulations de sérosité.
Bien entendu toutes ces manœuvres ne seront faites que sous la protection de la pulvérisation antiseptique, avec les précautions habituelles pour les instruments , éponges , aides, etc. *.
En terminant ce chapitre qu’il me soit permis de signaler une observation curieuse que le professeur Lister a bien voulu me communiquer. Il a fait une trépanation à un homme qui, à la suite d’une plaie au sommet de la tête, avait conservé des douleurs intolérables. M. Lister le trépana juste sur la ligne médiane, au niveau de la cicatrice. Au cours de l’opération le sinus longitudinal supérieur fut ouvert. Une hémorrhagie terrible fut arrêtée en tamponnant l’ouverture crânienne, avec des brins de catgut. Le malade guérit sans suppuration, sans complication aucune et ses douleurs disparurent pour ne plus revenir.
Ces terminaisons heureuses, même dans les circonstances les plus graves, seront habituelles pour les adeptes de plus en plus nombreux de le méthode que je préconise.
1. Voir la Chirurgie antiseptique, chez J. -B. Baillière, in-18 de 200 p.