GRÈVES
Le droit de grève : encore une noix vide. Où il y a le fait, c'est folie de chercher le droit. Vous et vous, avez un droit égal, fiit-il contraire : le droit à la vie. L'État veut vivre, et il se défend contre une classe qui ne connaît qu'elle. La classe ouvrière veut vivre, et elle ne tient pas compte de l'État. Tant que la nation a plus de force qu'une classe seule, elle confère son droit supérieur à l'État, qui en use et en abuse, car l'usage de la force à l'égard du faible est un abus. Rien ne vaut contre un tel droit.
Ce n'est pas son droit qui a sauvé l'Etat, tant qu'il se sauve ; mais sa force. Quand le nombre saura se servir de sa force, il aura raison de l'État. Guerre.
La violence est le nom de la force qu'on n'a pas, et dont on subit la contrainte. Le droit est le nom de la violence qui triomphe. Entre les deux, les vrais politiques ceux qui savent où est encore la force, tout en sachant où bientôt elle sera. Grands politiques, ceux qui assurent, sans trop de heurts, le transfert de la force, puisqu'il est inévitable. Nécessaire, ce qu'on ne peut éviter.
Gouverner, c'est voiler la violence.
L'hypocrisie de la force, tout l'art du règne est là. S'il montre la violence, le maitre est un despote. S'il l'enveloppe, c'est un bon prince. S'il la fait désirer, c'est un grand homme.
NOIX DE BUUMAIRE 49
L'hommage que le vice rend à la verlu, la violence le rend à la force, sous la forme du droit.
L'anarchie est la politique de chaque esprit libre, la morale de l'individu, quand il ne daigne plus mentir, seul à seul avec soi. Le pouvoir despotique est toujours, plus ou moins, la politique de l'État. L'État est le cercle des intérêts : voilà son privilège, où chacun cherche le sien. La Cité est l'ordre nécessaire à la vie. Et l'individu, s'il est nécessaire, après tout ne l'est qu'à soi.